II. Voici une autre de leurs difficultés
« Ge que Ton appelle dans Dieu attri- » buts, perfections, ne sont que des qualités » humaines, avec cette différence qu'on les » pousse jusqu'à l'infini. L'homme a fait son » Dieu à son image : les livres mêmes que » l'on dit inspirés de Dieu le représentent » revêtu des affections et des passions des » hommes. »
III. i° II est faux que tous les attributs divins soient des qualités humaines : l'éternité, l'immutabilité, que nous avons déduites de la nécessité d'exister, et d autres perfections encore que nous aurons occasion de considérer, ne sont certainement pas dans les hommes.
IV. a* Qu'y art-il de répugnant à ce que Dieu ait donné à une de ses créatures quelques-unes de ses perfections? De ce qu'en,
Dieu elles sont infinies, il ne s'ensuit nullement qu'elles ne puissent pas se trouver dans l'homme dans un degré limité.
3° Nous savons fort bien que les perfections nécessairement infinies de Dieu ne sont pas la même chose que les perfections nécessairement bornées de l'homme : si nous employons les mêmes mots pour exprimer les unes et les autres, ces expressions, selon le langage de l'école , ne sont pas univoques à l'égard de Dieu et de l'homme ; elles ne sont qu'analogues. Les attributs que nous concevons dans Dieu ne sont pas des qualités distinctes de sa substance , des modifications ajoutées à sonessence; ils sont l'essence même de Dieu, absolument et parfaitement simple (102). Notre esprit borné ne peut embrasser dansune seuleperception cette unité infinie, ni même ce qu'il lui est donné d'en concevoir ; il est en conséquence forcé de distinguer par des abstractions ces divers attributs, et de les exprimer parles noms dtfférens. Mais, plus imparfait encore que nos idées, notre langage nous refuse des expressions qui correspondent non-seulement à l'infinité des perfections divines, mais au peu que nous en connaissons. Nous apercevons dans plusieurs attributs de Dieu quelque rapport avec des perfections que nous
sur l'existence de dieu. 173
connaissons dans T homme; et, dans la disette où nous sonimesde termes assez dignes, nous employons pour signifier les attributs divins les mêmes mots qui nous.servent à indiquer les qualités humaines j ainsi, nous appelons dans Thomme, bonté, son inclination à faire du bien ; justice^ sa disposition à rendre à chacun ce qui lui appartient-; sagesse, la qualité par laquelle il dispose les choses avec ordre : voyant Tordre admirable du monde, sentant les bienfaits de notre créateur, persuadés qu'il nous jugera selon nos mérites , nous lui attribuons la sagesse, la bonté, la justice. Mais en les appliquant à Dieu et aux hommes, nous savons très-bien qu'elles sont différentes dans lui et dans eux : les expressions sont humaines r les choses exprimées sont divines (io3).
V. C'est parla même raison que nos livres sacrés appliqtfent souvent à Dieu des affections et des opérations humaines. L'Etre suprême daignant parler aux hommes, veut bien rabaisser son langage à des expressions qui soient à leur portée : pour se faire mieux entendre , il exprime ses infinies perfections , ses ineffables opérations, par des termes analogues à ce que nous connaissons, à ce que nous voyons dans nous-mêmes. Ainsi , dans ces mêmes saintes Écritures, il est fait quel-
quefois mention de la main de Dieu, de son bras , etc. Toutes ces expressions sont des métaphores proportionnées non pas à la dignité de l'objet, mais à l'intelligence des lecteurs (io4).
VI. « On nous objecte encore que sur tous » ceux des attributs divins qui ne sont pas » des qualités humaines, nous n'avons que » des idées négatives; que nous ne savons » pas ce que Dieu est ; que nous disons tout y> au plus ce qu'il n'est pas. »
VII. Ce n'est pas là une objection. En admettant à cet égard tout ce que Ton voudra , il en résultera seulement qu'il y a dans Dieu beaucoup de choses que notre esprit borné connaît plus par l'absence de l'imperfection , que par l'idée positive de la perfection ( i o5). Toutes ces idées que l'on dit négatives ne présentent que des négations d'imperfections ; elles nous montrent quft Dieu ne peut pas avoir les défauts qui sont en nous.. En traitant de l'infinité de Dieu, j'ai montré que l'expression était nég'ative, mais que l'idée était très-positive (106). Il en est de même des autres attributs. Prenons pour exemple l'immutabilité. Le mot énonce grammaticalement la négation de changement ; mais l'idée qu'il fait nattre à l'esprit n'est certainement pas négative : la permanénee dans le
même état est une chose très- positive : c'est, au contraire, l'instabilité qui est négative. Le changement de manière d'être consiste dans la négation de la première, et dans son remplacement par une autre.