‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 29 sur 64 · DIEU EST INFINIMENT INTELLIGENT · texte numérisé non relu

DIEU EST INFINIMENT INTELLIGENT

I. L'intelligence est une de ces propriétés <jue nous exprimons par le même mot dans Dieu et dans l'homme, quoique nous sachions parfaitement qu'entre l'intelligence divine et l'intelligence humaine il y a une immense différence. D'abord, il y a toute la distance qui est entre l'infini et le fini; en* suite, leurs opérations sont absolument diverses. La plupartde nos idées nous viennent par nos sens : nous formons nos jugemens par réflexion, nos raisonnemen9 par illation.

Mais nous faisons profession de croire que Dieu, qui n'a point de sens physiques, et à qui il ne peut survenir de nouvelles idées ,

n'est intelligent ni par sensation, ni par réflexion, ni par déduction (107) : nous disons que cette intelligence infinie réunit dans une seule pensée la connaissance absolue de tout, sans exception ; et que celte pensée, éternelle comme kii, embrasse T universalité des temps comme celle des choses ( 1 08). Qu'est-ce donc que l'int4lligence de Dieu? Comment connaît- il? A cette question je répondrai avec S. Augustin : Je n'ose pas le dire, parce que je ne puis pas le savoir (109). S'il est quelqu'un qui, de notre ignorance sur le mode de cet attribut divin , veuille faire une objection contre le dogme même, et attaquer la réalité de l'intelligence divine (1 10), qu'il nous explique la sienne propre.

II. Jen'ignorepasqueles divers docteurs ont présenté sur la science de Dieu divers systèmes : on a parlé d'une science de vision, par laquelle il connaît les êtres qui réellement ont été, sont ou seront; d'une science de pure intelligence, par laquelle il connaît les choses purement possibles : d'autres y ont ajouté unesciencemoyenne, qui lui découvre les futursconditionnels. Que Ton se serve de ces distinctions pour exprimer les çli vers objets sur lesquels porte la science de Dieu; que ceux qui les emploient disent qu elles

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leur sont utiles, parce qu'ils ne peuvent pas embrasser dans un seul concept l'idée de la toute-science ; à la bonne 'heure : je ne sais pourtant si ces subtilités n'ont pas plus obscurci la notion déjà bien imparfaite de la science infinie, qu'elles ne l'ont éclaircie. 11 n'y aurait cependant pas d'inconvénient, si on s'était toujours borné à regarder ces notions comme desimpies abstractionsde notre imagination ; mais il s'est trouvé quelques esprits plus subtils que solides qui ont voulu de ces abstractions faire des réalités , et qui ont raisonné comme s'il y avait dans Dieu effectivement plusieurs sciences. De là se sont élevées des questions sur le mode de chacune de ces sciences : on a demandé dans quoi Dieu voit une chose, dans quoi il voit une autre ; sans expliquer, ce qui serait difficile, ce que c'est pour Dieu que de voir dans quelque chose. On a dit qu'il se connaît lui-même sans moyen ; qu'il voit les possibles dans sa propre essence, et les êtres existans dans ses décrets. Quant aux futurs , . k spécialement ceux qui dépendent de notre liberté, on s'est divisé en divers systèmes.

11 me semble nécessaire , pour juger sainement de Dieu, de nous élever au-dessus de nos faibles conceptions, et de ne pas confondre les dissections, s'il est permis de se

servir dé ce terme, que la faiblesse de notre esprit nous fait faire de son opération, avec son opération ^Ile-même, essentiellement simple: Dieu a tout conçu de toute éternité, par un seul et même acte : ce ne sont pas des pensées distinctes survenues dans lui successivement : c'est une seule et même pensée qui lui a fait connaître , tout à la fois , luimême et ses créatures , les réalités et les possibilités , les choses présentes et les futures, les absolues et les conditionnelles : dès que sa connaissance est éternelle, elle est une.

Ce qu'il ne connaîtrait pas par cet acte unique et primitif, il ne le connaîtrait pas éternellement. Il n'y a donc pas dans Dieu réellement des sciences distinctes il ne connaît pas un objet par un tel moyen, ou dans une telle chose; un autre objet par un moyen ou dans une chose différente.

Dieu est infiniment parfait : l'intelligence est une perfection, donc Dieu la possède dans un degré infini. Cette seule preuve pourrait suffire : il est bon cependant d'entrer dans un examen plus approfondi de la question. Elle peut se diviser en deux : Dieu est-il intelligent ? l' est-il infiniment ?

III. De ces deux questions, la première^pour être décidée, n'a besoin que d'être exposée. Dire que lé créateur et l'ordonnateur

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du monde est un stupide qui ne connaît rien, qui n'a idée de rien, est une évidente absurdité. Il n'y a pas une créature qui , par son essence, par sa composition, par la place qu'elle occupe parmi les êtres , par sa coordination avec eux, ne donne une preuve frappante de l'intelligence dont elle émane.

Nous avons développé cette démonstration en traitant du magnifique ordre de ce monde .

IV. Dès que Dieu est nécessairement intelligent, il l'est infiniment; puisqu'il connaît quelque chose, il connaît tout (m). Si sa science n'est pas infinie, elle est limitée; si elle est limitée, c'est ou par quelque autre ou par la nécessité de sa nature : or, i° quel être étranger aurait pu donner dès bornés à la science de Dieu ? ce serait donc un être supérieur à Dieu ? De plus, l'intelligence, de même que les autres attributs , fait partie de son essence ; on ne peut donc pas la changer, la modifier. 2 0 II est également ridicule de soutenir que la nature de Dieu limite ses connaissances. La nécessité d'exister est compatible avec la science infinie ; elle ne peut donc pas être un principe de limitation de la science.

. Tout ce qui existe qu peut exister, est ou créateur ou créature* 'Or, dans tout cela , qu'est-ce que Dieu pourrait ignorer?

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