‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 32 sur 64 · DIEU EST SPIRITUEL, ET PRÉSENT A TOUT · texte numérisé non relu

DIEU EST SPIRITUEL, ET PRÉSENT A TOUT

I. Je réunis dans un même article deux attributs de l'Etre suprême, précisément parce que le premier aperçu présente, entre l'un et l'autre, une sorte d'opposition dont les incrédules tirent une de leurs difficultés les plus familières. Considérons d'abord successivement ces deux vérités; et lorsque nous les aurons établies, nous les concilierons facilement, en montrant que l'ubiquité, ou la présence universelle, non-seulement ne contredit point la spiritualité, mais ne peut se trouver que dans un être spirituel.

II. Tout être est ou matériel, c'est-à-dire composé de parties, ou spirituel, absolument simple et sans aucune composition. Les matérialistes rejettent non-seulement l'existence, mais jusqu'à la possibilité de toute substance spirituelle. Nous avons donc contre eux deux choses à établir : i° que la

substance absolument simple et spirituelle est possible ; 2 0 que Dieu est de ce genre.

Le possible est ce qui ne répugne pas, ce qui ne renferme pas dans son concept des idées contradictoires. Mais une substance simple n'implique pas plus contradiction, ne présente pas plus dans son idée l'être et le non-être, que la substance composée. De tous les attributs dont je la regarde comme essentiellement revêtue, je ne vois aucun qui exclue les autres ; je suis donc contraint de la regarder comme possible.

III. Il n'en est pas ainsi, disent les incrédules. « Si nous demandons ce que c'est » qu'un esprit, les modernes nous répondent » que le fruit de toutes leurs recherches mér> taphysiques s'est borné à leur apprendre » que c'est une substance d'une nature in- «connue, tellement simple, indivisible, » privée d'étendue, invisible, impossible à » saisir par les sens, que ses parties ne peu- » vent être séparées même par l'abstraction » ou par la pensée. Mais comment concew voir une pareille substance, qui est une » négation de tout ce que nous connaissons?

» L'idée d'une substance, immatérielle, ou » privée d'étendue, n'est qu'une absence d*i- » dée, une négation de l'étendue; et lorsj> qu'on nous dit qu'un être n'est pas ma-

» tière, on nous dit ce qu'il n'est pas, et on » ne nous apprend pas ce qu'il est. Et en di- » sant qu'un êtt e ne peut tomber sous nos » sens, on nous apprend que nous n'avons » aucuns moyens de nous assurer s'il existe » ou non. » J'ai copié les propres expressions d'un athée de nos jours, afin qu'en voyant cette difficulté si légère, on n'imputât pas de l'avoir affaiblie (i25).

Elle réunit, confond et présente, comme ayant le même sens, deux propositions absolument différentes, et toutes les deux fausses, savoir ; que nous n'avons aucune idée d'une substance immatérielle , et que nous n'en avons qu'une idée négative.

IV. Je dis en premier lieu que c'est à tort que l'on confond ces deux choses, l'absence d'idée et l'idée négative.

Avoir de quelque chose une idée néga- * tive, c'est , comme oale dit dans l'objection même, savoir ce que cette chose n'est pas, mais ignorer ce qu'elle est. Il y en a beaucoup de ce genre,. spécialement celles que nous ne connaissons que par leurs contraires. L'idée que nous en avons, quoique purement négative, est très-réelle et trèsprécise, puisque nous les distinguons positivement dé tous les autres êtres- N'avoir pas l'idée d'un être c'est, comme nous l'avons

expliqué, en connaître l'impossibilité ; c'est y découvrir de la répugnaiice. Nous n'avons de la matière magnétique qu'une idée négative : nous savons ce qu'elle n'est pas ; nous ne savons pas ce qu'elle est. Le matérialiste oserait-il dire qu'il n'a aucune idée d'une chose dont l'existence lui est assurée?

En second lieu, je dis que les deux propositions sont absolument fausses.

V. i° Il est contraire à la raison de soutenir que nous n'avons aucune idée d'un être spirituel > d'un être parfaitement simple. Quelle eontradiction peut-on trouver dans l'absolue simplicité? Qu'y a-t-il d'incompatible entre les attributs qui forment sa notion? C'est ici une fausse application du mot idée. On confond cette pure opération de l'entendement avec les représentations de 1 ? imagination. Sans doute nous ne pouvons nous faire une image corporelle de l'être incorporel.. Mais autre chose est se représenter une image ; autre chose, concevoir une vérité.

La raison par laquelle les matérialistes prétendent prouver que nous n'avons pas d'idée de l'être spirituel, est qu'il ne tombe pas sous les sens. Je m'imagine entendre un aveugle traitant d'insensés ceux qui croient à la lumière. Ce n'est point par les sens

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que nous connaissons les esprits ; c'est par là raison, par la réflexion. Nos adversaires commencent pâr établir comme un axiome certain, que nous ne pouvons avoir d'idée que des choses sensibles ( 1 26), c'est-à-dire qu'ils mettent en principe ce qiri est en question. Combien de choses au contraire sont certaines même pour eiii, que cependant nos Sens rie peuvçntpaS atteindre (1 ^7) ! Ont-ils vu, entendu, touché, senti, goûté la matière électrique, la magnétique? ils en reconnaissent pourtant la réalité d'après les effets qui en résultent. Ils ont donc l'idée de 'choses qui n'affectent pas leurs seiïs. On peut donc avoir l'idée de l'esprit, quoiqu'il ne tombe pas sous les sens.

VI. 2° Il est pareillement contraire à la vérité d'avouer qu'on ne peut, avoir de la stfbstancé spirituelle qu'une idée négative.

Que lorsqu'on parie à un enfant ou à un homme du peuple d'un être spirituel et ab* solument simple, il s'en forme une idée négative; que comparant l'être dont on lui parie avec la matière <}ui est le seuligenre de substance qu'il connaisse, il. conçoive plus ce que cet être n'est pas que ce qu'il est r cela est tout naturel. Mais que des hommes qui se disent philosophes prétendent n'avtitr pas dë la substance simple une idée positive,

cela est extraordinaire . Le simple se connaît par lui-même , x sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'idée du composé. Nous connaissons l'unité aussi positivement que la divisibilité : nous ne pouvons même concevoir la divisibilité, sans avoir l'idée de l'unité.

VII. Mais, disent les incrédules, la nature de l'esprit est absolument, inconnue. Ce qu'il y a de vrai- dans cette assertion, c'est que nous .ne connaissons pas pleinement toute l'essence de l'être spirituel. Mais savent-ils quels sont tous les attributs essentiels delà matière? et cependant ils croient bien avoir de la matière une idée positive. Ne pas connaître, toute la nature d'un être, ou en avoir une idée négative, sont deux choses différentes.

. Et quand^même, je le répète, il serait aussi vrai qu'il est faux que nous n'avons de l'esprit qu'une idée négative qu'en concluraient les matérialistes contre sa possibilité, contre son existence , puisque de leur aveu il existe beaucoup de choses dont on n'a que ce genre -d'idées, que l'on connaît parce qu elles ne sont pas, et dont on ignore ce qu'elles sont.

VIII. Ce que nous venons d'exposer réponde une autre difficulté qu'on est étonné d'entendre proposer par qui se

piquent de philosophie : c'est que ce qui n'a pas d'étendue, n'est rien ; que l'étendue est ee qui constitue l'essence des êtres, et que s^ns étendue il ne peut y avoir ni substance, ni mode. Cette assertion , digne au plus de gens grossiers et sans instruction , est d'abord une pétition de principe , et suppose ce qu'il faudrait prouver; ensuite elle est évidemment fausse. L'essence des choses est ce sans qtooi on ne peut les concevoir ; on conçoit une substançe simple : l'étendue ne constitue donc pas l'essence de substance.

IX. Après avoir prouvé suffisamment, à ce que je crois , qu'on ne peut pas opposer à la spiritualité de Dieu l'impossibilité, je passe à la preuve du dogme , et je vais établir qu'il est absolument simple etspirituel( 1 28).

Pour soutenir que Dieu est matériel, il faut prétendre de trois choses Tune: ou qu'il est la totalité de la matière de l'univers dans lequel nous vivons ; ou qu'il est un Corps particulier faisant partie de l'universalité ; ou enfin qu'il est une matière d'ua genre différent de- toutes celles que nos sens nous, font connaître; qu'il est,;cofllme l'ont pensé d'anciens' philosophes, l'espace infini, dans lequel se meuvent tous les corps; trois systèmes absolument insoutenables.

Nous avons , dans la première partie de

cette dissertati on , employé un article à prou-

pas Dieu ; qu'elle n'a nil'asséité, puisqu'on peut la supposer en tout ou en partie non existante , ni l'immutabilité, puisqu elle éprouve des changemens, ni la toute-puissance , puisque de sa nature elle est inerte , ni l'infinie perfection , puisqu'elle se perfectionne et se détériore sans cesse : il est inutile de revenir sur ce point (i 29).

Dire que Dieu est un corps particulier, c'est prétendre qu'il est resserré dans des limites, ce qui est une imperfection , et qu'il est resserré par ses propres créatures , ce qui; est une absurdité.

. Reste la troisième proposition, que Dieu?

est la même ctose quel'espace, proposition si contraire à la raison que les matérialistes modernes , quoiqu'ils la trouvassent avancée parleurs devanciers, n'ont pas osé la renouveler. D'abord c'est une question entre les philosophes de savoir si l'espace est une chose réelle, ou une abstraction de notre esprit. Ensuite , Locke , le grand défenseur de ft réalité de l'espace, convient qu'il ignore ce que c'est (i3o). Enfin en supposant l'existence de cet espace, il ne peut pas être Dieu. Cette matière subtile qui forme l'espace ne peut pas être où se trouve la

matière grossière des corps qui roulent dans elle : par leur impéuéirabilité , ils empêcheraient Dieu d'être dans les lieux qu'ils occuperaient ( 1 3 1 ) ; par leur œoumuent > ils le chasseraient successivement. des lieux où il serait. D'ailleurs, cet espace serait-il en mouvement? il n'aurait donc pas l'immu-r tabilité, puisqu'il changerait de manière d'être. Serait-U en repos? il n'aurait alors nulle puissance; car çe n'est que par le mouvement, par l'impuUion, que la matière peut agir.

Dieu est un être intelligent et pensant ; nous venons de le voir : or, un être matériel ne peut pas avoir l'intelligence. et la pensée. Cette matière, quelle qu'on la suppose, soit l'universalité des corps r soit uq corps particulier, soit tout l'espace, est essentiellement composée de parties. Dira-t-on que toutes les parties sont pensantes ? il y aura une infinité de ^lieux. Dira-t-on qu'elles ne le sont pas ? comment un être pensant sera-t-il composé de parties non pensantes ?

Se rabattra-t-on à dire que dans cette immensité de particules il n'y en a qu'une seule qui pense ? celle-là sera dgne la seule nécessaire, éternelle , créatrice de toutes les autres. Cette particule esthelle simple ? alors la question entre les matérialistes et nous n'est que de nom; l'être simple et pensant

est ce que nous appelons un esprit. Cette particule est-elle composée? alors revient la question que nous faisions tout-à-l'heure : toutes les parties de cette particulepensentelles; n'y en a-t-il qu'une seule qui pense; aucune n'a-t-elle la faculté de penser? Que le composé soit plus ou moins grand , notre raisonnement a toujours' la même force.

J'aurai occasion de le reprendre et de le développer, quand je traiterai de la spiritualité de l'âme humaine.

X. Voici contre la spiritualité de Dieu urie objection que les matérialistes modernes affectent de regarder comme triomphante , et qu'ils ne cessent de répéter : « Il faut coh- » sentira ne pas s'entendre soi-même, ou il » faut avoir des idées matérielles d'un Dieu » que l'on suppose le créateur, le moteur, » le conservateur de la matière. L'esprit y> humain a beau se mettre à la torture , il ne » comprendra jamais que des effets matéri els » puissent partir d'une cause immatérielle, » ou que cette cause puisse avoir des rapports » avec des êtres matériels — Comment un » être sans étendue peut-il être mobile , et » mettre <te la matière en mouvement?

» Comment unesubstance dépourvue de par- » ties peut-elle répondre àdtfférentes parties » de l'espace (i 3a) ? »

XL Tout ce grand argument se réduit à rien. Nous ne comprenons pas l'action d'une substance immatérielle sur la matière, donc cette action ne peut pas avoir lieu. Je le répéterai toujours, et nos adversaires n'auront rien à y répondre : ce qui nous fait juger qu'une chose est impossible, ce n'est pas d'ignorer comment elle peut être, c'est de savoir positivement qu'elle ne peut pas être; c'est d'y voir de la répugnance, de la contradiction. 11 ne suffit donc pas dédire qu'on • ne comprend pas l'acfion d'une puissance immatérielle sur la matière : il faudrait prouver qu'il répugne à une cause immatérielle de produire des effets matériels ; qu'il y a de la contradiction à ce qu'un esprit mette un corps en mouvement. Voilà ce que les matérialistes devraient et ne peuvent pas prouver, puisqu'ils sont réduits à alléguer uniquement leur ignorance de la manière dont se fait cette opération, leur impuissance à la comprendre. •

Et nous disons : combien ny a.-t-il pas d'effets dont vous connaissez les causes, sans cependant comprendre la relation, la connexion de ces effets avec ces causes? Sûrs qu'une chose est produite par une autre, vous ignorez comment elle peut en être le produit. Pour en donner un exemple analo-

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gue à nôtre sujet, savez-vôus comment la matière elle-même peut agir sur une autre matière j comment un corps meut un autre corps? Faites-nous connaître ce que c'est que la force d'impulsion; expliquez cette vertu secrète qui est dans le choc, pour opérer un déplacement. Vous convenez vous-mêmes de votre impuissance à le comprendre ( 1 33)j vous ne pouvez donc pas nier Faction de V esprit sur la matière, parce que vous ne • comprenez pas comment elle se fait.

Noûs voyons, répdhdent-ils, l'action d'un corps sur un autre, nous ne voyons pas celle de l'esprit. Je leur réplique : vous éludez la difficulté, vous ne la résolvez pas. Votre réponse même est un aveu que vous pouvez croire des choses que vous ne pouvez pas comprendre ; d'où il résulte évidemment que vous n'êtes pas autorisés à nier une chose sur le simple fondement que vous nela comprenez pas ; et, par une conséquence ultérieure, également certaine, que vous avez tort d'opposer, à # l'action des esprits sur la matière, votre impuissance à la comprendre.

On ne voi pas C2tte action comme celle des corps. Mais il est de la nature d'une substance simple de ne pas tomber sous les sens ; elle est dope invisible : ses opérations le sont donc. Ce n'est pas à la manière des

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corps, ce n'est point par impulsion que les esprits agissent sur la matière ; s ensuit- il de là qu'ils ne peuvent aucunement y agir?

Qu'importe que ce soit par les sens, ou par 1 e raisonnement, ou par le sentiment , qu'une vérité ooussoit connue? Dè&quenons sommes assurés d'une manière quelconque qu'une chose est, nous 'devons le croire, quoique uous ne comprenions pas comment elle est; or, nous sommes certains de l'action de l'esprit sur la matière , non pas par les sens, mais par notre sentiment et par notre raison,

XII. D'abord.par le sentiment. Je distin gue parfaitement le mouvement spontané du mouvement forcé ; le mouvement que ma volonté imprime à mon bras, de celui que lui communique une force étrangère qui le pousse^ Je ne comprends pas mieux comment 1 acte de ma volonté opère l'un de ces deux mouvemens, que comment l'impulsion d'un corps étranger produit l'autre; mais je sens très-bien que c'est ma volonté qui l'opère, sans qu'il y ait aucun choc corporel. Je suis, aussi sûr de ce que je sens que de ce que je vois.

XIII. Mais ensuite ma raison me mène plus loin : elle me fait connaître que le mouvement primitif ne peut être imprimé à la matière que par une substance spirituelle.

Nous avons vu que la matière est, par sa nature, passive, inerte, indifférente au mouvement et au repos (i 34); il faut donc, pour qu'elle éprouve le mouvement, qu'elle le reçoive d'ailleurs; mais, hors des substances matérielles, il n'y en a que de spirituelles. Ce qui induit en erreur à ce sujet, c'est que l'on voit des corps mettre en mouvement .d'autres corps : on ne prend pas garde qu'ils y avaient été mis eux-mêmes, on ne distingue pas le mouvement communiqué du mouvement primitivement donné.

Les corps né peuvent donner que le mou* vement qu'ils ont eux-mêmes reçu. Ce peut être par d'autres corps qu'il leur soit venu; ceux-là l'avaient eux-mêmes reçu d'autres :

ainsi nousvoyonsdansla nature des séries de mouvement ; mais nous avons montré qu' elles ne peuvent pas remonter à l'infini (i 35); il faut donc qu'il y ait une cause première du mouvement : cette cause ne peut être matérielle, puisque toute matière est indifférente a*u mouvemenl ; le premier moteur n'est donc pas matériel, il est donc spirituel. Ainsi, non-seulement c'est sans raison que les matérialistes répètent, jusqu'à satiété, qu'un esprit est incapable de faire mouvoir un corps ; mais, au contraire, nous démontrons que pour mouvoir la matière

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il faut des substances spirituelles, et que tout corps mu Ta été, soit médiatement et primitivement, par Un esprit.

XIV. On nous dit qu'un être sans étendue ne peut pas être mobile. Nous rie prétendons pas qu'il ait la mobilité des êtres étendus : il agit sans se mouvoir physiquement; l'acte de la volonté n'est pas un déplacement,

XV. On ajoute qu'un être sans parties ne peut pas correspondre aux diverses parties de l'espace. Le mot correspondre est équivoque : l'être spirituel ne correspond pas par une application de parties à des parties, puisqu'il n'en a point ; mais il peut y correspondre par son action. .La correspondance de cause à effet n'exige pas un rapport de parties.

XVI. Voici une autre objection commune des matérialistes. « Pour exister, il faut être » quelque part ; ainsi la substance spiri- » tuelle n'occupant aucun lieu, n'est nulle » part, elle n'existe donc point. Dira-t-on » que l'être spirituel correspond par ses » diverses parties aux divers points de l'esw pace ? il a donc des parties ; il n'est donc » pas spirituel? Soutiendra-t-on qu'il est » tout entier dans chaque partie de l'espace? » c'est une absurdité : le même être ne peut » pas exister dans deux endroits à la fois :

» là substance qui occupe le point A, et » celle qui occupe le point B, sont néces- » sûrement différentes. »

XVII. Cette difficulté nous conduit à la seconde partie de notre article, savoir, à la présence de Dieu dans toutes les parties de l'espace. Qu'est-ce que Ton appelle son immensité ou son ubiquité? Mais, pour répondre à l'objection, et pour donner la preuve de cet attribut divin, il faut préalablement exposer la manière dont un esprit peut être présent à un lieu.

Les philosophes disputent sur l'espace, ainsi que nous l'avons dit. Mais nous n'avons pas à entrer dans leurs systèmes ; que l'espace soit un être réel ou une abstraction de l'esprit, cela est indifférent à notre question. Quant au mot lieu, il exprime certainement une abstraction ; il signifie la partie de l'espace qu'occupe un corps relativement aux parties occupées par d'autres corps ; il énonce un simple rapport, une comparaison entre deux espaces* Le corps considéré en lui-même remplit un espace; considéré relativement aux corps environnans, il occupe un lieu ; il ne peut pas exister sans être dans un lieu (i36): c'est ce qu'on appelle l'existence locale. L ? esprit, qui n'a pas d'étendue, ne peut pas occuper d'espace; il n'a pas une

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existence locale (137). Mais n ous di sons qu i 1 peut être présent, soit à une partie, soit à la totalité de l'espace, sans l'occuper phyqueraent et localement (1 38), Il y. est présent par deux de ses facultés : l'une est son intelligence, par laquelle il connaît ce [qui se passe dans l'espace ; l'autre sa volonté, par laquelle il produit des effets dans l'espace. Ainsi, pour appliquer ce-principe à Dieu, quand nous disons qu'il est présent à tout, nous entendons que sa toute-science lui rend présente la totalité de l' espace, et que sa toutepuissance y opère toutcequ illui plaît(t 39).

Il résulte de cette manière d'être des esprits relativement à l'espace et aux corps , qui $'y trouvent , que c'est improprement qu'on dit qu'un esprit est quelque part. Le mot quelque part est le synonyme dé quel-* que lieu , et la substance immatérielle n'occupe pas de lieu. C'est aussi une façon de parler impropre , de dire qu'un esprit est dedans ou dehors de quelque chose, par exemple que l'âme est dans le corps ou dans telle partie du corps. Les mots dedans et dehors expriment des lieux; et, comme l'observe ui) saint Père , il faudrait dire d'un esprit, non qu'il est dans un lieu, mais qu'il y opère (1 4o). Ce$t pour cette raison qu'au lien de dire, comme on s'exprime vulgaire^

ment , que Dieu est partout , j'ai dit que Dieu est présent à tout; expression plus exacte, et qui s'applique avec une égale justesse à une présence spirituelle et à une présence matérielle. :

XVIII. D'après cette explication, ledogme de l'immensité de Dieu n'est pas difficile à établir. Il est même déjà tout établi par ce que nous avonsprôuvé précédemment. Nous avons démontré la toute-science et la toutepuissance de Dieu (i40 : or * son immensité n'est pas distincte de ces deux attributs. Un esprit étant présent aux choses matérielles , par sa science et par sa puissance f l'esprit qui sait tout et qui peut tout est présent à tout. Et qû'on ne dise pas qu'en faisant Dieu immense par sa connaissance et son activité , nous excluons l'immensité de sa substance.

Les attributs d'une substance ne sont pas distincts d'elle ; ils ne sont que cette substance elle - même considérée dans ses propriétés : la distinction que nous en faisons n'est qu'une abstraction de notre esprit, qui a besoin de diviser pour mieux concevoir :

il sépare en plusieurs perceptions ce qu'il ne peut embrasser en une seule : la toute-science est Dieu connaissant tout ; la toute-puissance, Dieu pouvant tout; Fimmertsité, Dieu présent à tout ( ifa).

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Ou Dieu est présent à tout, ou sa présence est limitée à quelques parties de l'espace :

mais la limitation est une imperfection , et nous avons vu qu'il est infiniment parfait (i4 S); D'ailleurs, une substance ne peut être limitée que par une autre ; quelle substance créée et contingente aurait le pouvoir de limiter l'être nécessaire et créateur?

Dieu est l'être absolument nécessaire : il est donc également nécessaire partout ( 1 44) ; sa nécessité d'exister est la même dans un lieu et 4?ns un autre. S'il était présent uniquement à quelques parties de l'espace , et non à d'autres, sa nécessité d'exister serait resserrée dans ces lieux-là; elle ne serait donc plus absolue : dépendance de localités, elle ne serait que relative à certains lieux.

Pour échapper à ces contradictions, dirat-on que Dieu est à la vérité présent à tous les lieux, mais successivement, et que passant de l'un à l'autre il les parcourt tous?

Ce serait une nouvelle absurdité. Il ne serait plus immuable, puisqu'il changerait continuellement de position (i45).

Il reste donc certain que Dietf est immense,, c'est-à-dire présent à tout l'espace (i46); qu'il y est présent, non par parties, comme les corps, mais à la manière des esprits, indivisiblement, et tout entier (i47)« •

XIX. Ainsi la difficulté que nous avons exposée est nulle. Elle consiste en ce qu'une substance spirituelle ne peut être ni divisée entre les divers points de l'espace , ni tout entière dans tous ces points. Nous convenons du principe : la substance spirituelle n'est nullement comme les corps dans l'espace; mais elle le connaît, elle sait ce qui s'y passe, elle y agit ; c'est là ce que nous appelons être présent à un lieu. C'est cette sorte de présence dont il faudrait prouver l'impossibilité, et on n'y parvient certainement pas en prouvant une impossibilité toute différente de celle-là.

Il est naturel de penser que la manière d'être des substances simples doit être différente de celle des substances composées.

En conséquence, pour connaître la nature, les propriétés, les opérations d'un esprit quelconque, il. faut absolument détacher sa pensée de toute idée de la matière (4 1 8) ; il faut se défier de l'imagination , qui présente sans cesse des idées corporelles, et c'est ce que l'habitude des choses sensibles rend difficile à beaucoup de peisonnes (i49)« Si on veut raisonner solidement par analogie, ce n'est pas de la matière à l'esprit, c'est d'esprit à esprit qu'il* faut raisonner. Par exemple , je sens que mon âme connaît ce qui se

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passe dans les diverses parties de mon corps, et qu'elle les fait mouvoir à son gré ; d'après cela, je dis qu elle y est présente, quoiqu'elle ne les occupe pas localement. Cette considération me fait sentir que l'être infini et créateur connaît tous les êtres auxquels il a donné l'existence , et en dispose à son gré.

Celte universalité absolue de science et de puissance me montre sa présence universelle, son ubiquité, son immensité (i5o).

XX. La difficulté proposée prouve une vérité bien contraire au système de ceux qui nous l'objectent : c'est qu il n'y a qu'un être spirituel qui puisse être immense. Le composé ne peut pas être présent à tout ; sa manière d'être présent à un lieu s'y oppose :

il l'est par l'application de ses parties, ainsi il ne peut, avoir qu'une partie présente à chaquê partie de l'espace. Qu'onle suppose , par impossible , infini : il occupera , dans sa totalité, tout l'espace, mais sa totalité n'en occupera aucun point; il n'aura, dans chaque partie de l'espace, qu'une existence partielle : sa substance n'y sera pas entière , puisqu'elle sera divisée comme l'espacé sur lequel elle sera répandue. Il n'en est pas ainsi d'une substance spirituelle. N'occupant pas une partie de l'espace plus qu'une autre , elle peut être présente à plusieurs à

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la fois puisqu'elle peut savoir ce qui se passe en même temps dans plusieurs points, et y exciter des mouvemens. Si elle peut avoir ce genre de présence seulement dans deux points, elle peut T avoir dans trois , dans dix , daqs cént . Je conçois donc que Y esprit infini exerce sa connaissance , manifeste sa puissance, déploie sa présence sur la totalité de l'espace. Ainsi, la présence universelle, inconciliable avec l'idée de la matière, est très-possible dans la substance spirituelle : l'ubiquité ne peut appartenir qu'à elle.

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