DIEU EST INFINIMENT JUSTE
L Quand, par analogie, nous attribuons à Dieu les qualités morales que nous voyons
dans les hommes, nous faisons un raisonnement juste en soi : il est impossible que nous ayons l'idée d'une perfection, et que nous ne soyons pas persuadés que l'être infiniment parfait la possède. Mais cette analogie entre les perfections humaines et les perfections divines n'est nullement exacte : d'abord, dans Dieu , elles sont nécessairement infinies ; dans l'homme , nécessairement limitées. Ensuite, les règles que Dieu suit dans l'exercice de ses qualités ne sont pas les mêmes que celles auxquellés l'homme est tenu, et, sur bien des points, doivent être au-dessus de notre compréhension. Ainsi nous disons de la justice : i° que, comme c'est une perfection , il est impossible que Dieu en soit dépourvu (*6a); fc 0 .q*ie, puisr qu'il en est doué, il la possède dans un degré infini ; 3° qu'entre cette justice et la justice humaine , il est naturel qu'il y ait, outre la disproportion, des différences (i63); 4° qu'il est tout simple que les règles qu elle suit ne soient Jîas connues (iS'j.).
La justice a beaucoup de rapports avec la sainteté :Tune et l'autre supposent un ordre moral, et l'existence soit d'un bien soit d'un mal de cet ordre. Quiconque ne cçoit pas à la moralité, et regarde la vertu et le vice comme des mots vides de sens , ne
sua l'existence ikb dieu. 221
doit pas admettre les idées d$ sainteté et 4e justice. Nous établirons * dans une autre dissertation, l'existence et l'essentielle dis» tinction dfc bien et du mal moral : ici nous sommes forcés de supposer cette vérité, pour raisonner sur la justice divine.
II. Dieu déteste nécessairement le mal moral; il doit donc l'avoir en bprreur partout où il est. Lajustice diffère de Ja sainteté, enceqtie celle-ci est l'horreur que Dieu a de tout le mal moral dans sa personne , et celle-là, l'horreur qu'il en ar dans ses créatures. Aimant essentiellement Lsbien moral, et détestant le mal, il doit évidemment aimer l'un et détester l'autre dans ceux de ses ouvrages qui en sont susceptibles. Auteur des relations morales, il ne les a établies que pour qu'elles fussent observées ; il doit donc l'exiger* Il y aurait-contradiction dans lui, si , aimant souverainement le bien, et haïssant souverainement le mai, il ©'imposait pas à ses créatures, capables de moralité et d'obligation, l'obligation de pratiquer l'un et d'éviter l'autre. Sa sagesse réclame de lui, qu'imposant une obligation, il prenne les moyens de la faire remplir. Le moyen d'engager à l'accomplissement A' un devoir, est d'attacher des récompenses à l'observation, des peines à l'infraction; il est donc dans la
Di
nature de Dieu de chérir et de récompenser la vertu, de détester et de punir le vice.
Or, et c'est en ceci que consiste sa justice, dès qu'il inflige des châtimens aux actions criminelles, et qu'il accorde des récompenses aux actions vertueuses, il les répartit nécessairement avec une entière équité; il ne peut pas, sans manquer à ses divins attributs , et par conséquent sans se contredire lui-même, ne pas les distribuer exactement à chacun selon ses mérites.
Car il faut nécessairement que cette distribution soit équitable ou inique, quelle se fasse selon la justice ou contre la justice. Or cette seconde assertion répugne à toutes les notions du sens commun. Comment admettre un vice aussi révoltant dans l'être qui est tout perfection?D'ailleurs, ce qui fait porter des jugemens injustes est ou l'ignorance, ou la passion; incompatibles, l'une avec la toute-sçîence, l'autre avec la sainteté divine ( \ 65). Il y aurait inconséquence en lui, si, établissant une loi, il ne prenait pas le moyen nécessaire à son observation ; il y aurait contradiction, si , munissant sa loi d'une sanction de peines et de récompenses, il ne les répartissait pas avec une entière exactitude. , ...
On objecte, contrela justice divine, Finé-
gale distribution des biens et des maux dans ce rnonde^ et le don de la liberté, dont on prévoit l'abus. Nous examinerons ces difficultés dans un autre article.