DIEU EST INFINIMENT BON
I. Voici encore une perfection que nous exprimons par le même mot dans Dieu et dans les hommes, quoique noussachions parfaitement la différence entre l'une et l'autre. Infinie dans lui, bornée dans eux ; dans lui immuable, dans eux variable ; dans lui impassible, dans eux procédant d'un mouvement de sensibilité; la bonté n'a de commun, entre lui et eux, que l'effet, qui est de faire du bien. Mais nous .pouvons aisément concevoir deux vérités : que les principes suivis par h* bonté divine sont différens des règles auxquelles est soumise la bonté humaine, et qu'ils sont trop au-dessus de nos pensées, pour que nous puissions tous les connaître.
Quand nous disons que Dieu possède une bonté infinie, nous n'entendons pas qu'il fasse à toutes ses créatures un bien infini; ce serait une chose à tons égards répugnante ; répugnante du côté de la créature, l'infini ne peut pas être créé; répugnante du côté du créateur, la toute-puissance ne peut pas être épuisée, et elle le serait par la production de l'infini . Le bien que nous recevons de Dieu nous donne ridée de sa bonté, mais ne nous en apprend pas la mesure. Nous le croyons bon, parce qu il nous procure du bonheur ; nous le jugeons infiniment bon, parce que tout ce qu'il est il l'est infiniment.
Nous appelons bonté de Dieu sa volonté constante de faire du bien à ses créatures.
Elle prend différens noms, selon les différens objets auxquels elles'applique : on l'appelle bienfaisance, quand elle s'étend à l'universalité ; grâce, quand elle est gratuite ; miséricorde, quand elle pardonne aux pénitens; longanimité, quand elle attend les pécheurs au repentir.
H. La bonté est une perfection ; elle est donc essentiellement, infiniment en Dieu.
Dieu aimant nécessairement' ses perfections, ne peut pas ne pas aimer les créatures en qui il en a imprimé quelques traits.
On Dieu méchant ! cette idée révolte Tes-
prit. Et qu'est-çe qui pourrait le rendre tel? quelle passion r quel intérêt pourrait s'opposer à sa bonté? de toutes les causes qui étouffent cette vertu dans le cœur des hommes, aucune ne peut l'atteindre.
Enfin, rentrons en nous*mêmes ; considérons tous les biens qu'il nous a faits, et qu'il ne cesse de nous faire, et nous serons aussi insensés qu'ingrats de douter de sa bonté.
On objecte, contre la bonté divine, les maux de différens genres qui affligent l'humanité. Cette difficulté sera le sujet d'un article particulier.