CHAPITRE HUI
DIEU EST AGENT Llfc&E.
Avant d'établir la liberté de Dieu, je dois, selon mon usage, exposer Fétat de la question, spns cependant entrer dans lés diverses questions métaphysiques qu'on à élevées sut* la nature de la liberté ; mais en me
bornant à quelques notions simples, que je crois suffisantes à l'objet présent.
I. La liberté a deux branches, et peut se rapporter à deux objets, l'un intérieur, l'autre extérieur, La première sorte de liberté est la faculté, la puissance qu'a la volonté de se déterminer, selon son gré, à une chose ou à une autre ; la seconde espèce est la faculté, la puissance qu'a l'agent d'exécuter , la détermination de sa volonté. A ces deux genres de liberté sont opposés deux obstacles qui les détruisent : à la liberté de détermination, la nécessité-, à la liberté d'exécution, la contrainte : l'une empêche l'acte de la volonté, l'autre en interdit l'efficacité. Je ne suis pas libre de vouloir une chose, si je suis nécessité de vouloir la chose contraire. Je ne suis pas libre de faire ce que je veux, » si une force étrangère et supérieure m'en empêche. Par la nécessité de ma nature, je désire mon bonheur; je ne suis donc pas libre de vouloir être malheureux. J ? ai beau vouloir sortir de ma chambre; si j'y suis enchaîné ou enfermé, je ne suis pas libre d'ef-
fectuer ma, volonté.
IL La question sur laliberté divine se réduit donc à ces dëux points r.Dieu, dans tous ses actes, est-il ou nécessité par sa nature, ou contraint par une puissance ex-
térieure ? Je dis dans tous ses actes ; car je reconnais qu'il y en a sur lesquels il est nécessité, et par conséquent sans liberté,
i° Pans les actes qui lui sont intérieurs, il e$t certain que Dieu, agit par la nécessité de sa nature. Se connaissant et s' aimant nécessairement , il n'est pa$ libre de sç connaître ou de ne pas se connaître , de s'aimer ou de ne pass'aimer. Nous disons de même , d'après la révélation , que la génération du Verbe et la procession du Saint-Esprit sont des actes nécessaires et non libres. Ce n'est donc que sur les actes que nous appelons extérieurs, c'est-à-dire qui sont relatifs à ses créatures, que Dieu peut être libre.
a 0 En traitant de la toute-puissance , nous ayons vu que, tout infinie qu'elle est, elle ne s'étend pas à ce qui contrarierait ses- perfections ( 1 67). Ainsi il n'e$t pas. libre défaire ce qui est opposé à sa sagesse > à sa sainteté, à sa justice, à sa bonté. Sa volonté n'a pa$ plus d'étendue que sa puissance, puisque toutes les deux ne sont pas distinctes de luimême (168). Ceci répond à une objection des incfédules : Dieu n'est pas libre, puisqu'il ne peut pas faire le mal. Il n'est pas libre en ce point , nous en convenons ; mais ce n est pas plus un défaut de liberté qu'un défaut de puissance; c'çst une perfection de
sa liberté, qu'elle ne s'étende pas jusqu'il contrarier ses perfections (169).
Ainsi, de ne sont que les actes relatifs à ses créatures, et ceux qui ne sont point opposés à ses attributs, quo Dieu peut faire librement. Par exemple , c'est librement, et non par contrainte ou par nécessité, que Dieu acréélemonde, et qu'il Ta créé tel qu'il est ( 1 70) : voilà ce que nous avons à prouver.
IH* Je dis d'abord que Dieu ne petit pas éprouver la contrainte (17 ï); ou, ce qui revient au même, qu'il est absolument indépendant de tout autre. La dépendance suppose des besoins ; l'être infini ne peut pas en avoir (17a) : celui qui est nécessairement ce qu'il est, ne peut rien recevoir de nouveau de qui que ce soit ; le créateur ne peut pas être assujetti aux créatures.
Ce premier point n'est pas contesté par les incrédules. Ils conviennent qu'il est impossible de supposer que Dieu ait été forcé à créer par des êtres qui n'existaient pas encore, puisqu'il ne leur avait pas donné l'existence. Le point de la difficulté est donc de savoir s'il n'a pas été nécessité à la création par sa propre nature. Nous disons que sa liberté n'a pas été plus contrariée par la
nécessité que par la contrainte (1 7 3).