‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 38 sur 64 · IV. Si toutes les actions de Dieu sont né · texte numérisé non relu

IV. Si toutes les actions de Dieu sont né

SUR L'EXI&TfcNCE DE DIEU.

cessaires comme son existence , tout ce qui existe existe nécessairement dans sa forme actuelle , de la manière dont il est , et existe ainsi non d'une nécessité hypothe'tique, mais cPane nécessité absolue. L'acte de créer étant absolument nécessaire > la création, qui en est l'effet , Test pareillement. Tous les êtres, . dans ce système, sont nécessaires comm eDieu même, puisqu'ils le sont par sa nécessité. En admettant que Dieu se détermine librement à créer, les êtres qail produit deviennent:

nécessaires d'une nécessité conditionnelle * f c'est-à-dire que , d'après l'hypothèse de sa détermination, il est impossible qu'ils ne reçoivent pas l'existence. Mais si Dieu est nécessité dans lajcréation, ce n'est point d'à-

tent, puisque le principe de leur existence ne peut pas absolument ne pas être,

Ponr soutenir ce système , on est contraint d'aller jusqu'à dire qu'on ne peut pas concevoir le monde non existant ; qu'on ne peut pas le concevoir existant autrement ; qu'on M peut pas concevoir qu'il y eût dans ses diverses parties, soit pour le nombre, soit pottr la forme , soit pour la disposition , la plus légère différence; qu'on ne peut pas côncetoir, par exemple, qu'il y eût dans le ciel une étoile, sur la terre une plante

de plus ou de moins; et qu'il serait impossible , absurde , répugnant , contradictoire , de supposer la plus petite particule de matière manquant à l'univers, ou autrement placée. Ces conséquences immédiates et inévitables du système qui nécessite les actions divines , en montrent la fausseté , et en font sentir le ridicule.

y Autre conséquence également certaine :

tous les êtres existant nécessairement auront tous les attributs que nous avons vus appartenir essentiellement à l'être nécessaire: l'immutabilité , l'éternité , la perfection infinie , etc. Dira-t-on que chacun des êtres qui composent l'univers est doué de ces propriétés?

L'être qui agit par la nécessité de sa nature n'est pas le maître de se retenir, et fait nécessairement tout ce que sa nature est capable de produire. Comme la nature de Dieu est infinie , il faudra donc que tous ses ouvrages, c'est-à-dire tous les êtres existans, le soient.

Partout où nous voyons du conseil , du dessein, une fin, et des moyens qui y sont adaptés, nous devons croire que c'est une volonté libre qui a réglé cet ordre. L'être qui agit en vertu d'une nécessité impérieuse, qui n'a pas le pouvoir de. se déterminer luimême , est dans l'impuissance de se proposer

utie fin. Le choix des moyens lui est également impossible ; le choix suppose la faculté de choisir. Les fatalistes ont senti la force de ce raisonnement; car, pour établir leur dogme de la nécessité, ils ont nié la doctrine des causes finales ; ils ont soutenu que l'œil n'était pas fait pour voir, l'oreille pour entendre, l'estomac pour digérer* Ainsi, lorsque nous avons prouvé la vérité des causes finales (174); nous avons établi le dogme de la liberté divine. • • •

Dans les choses où Dieu est nécessité, on ne peut pas dire jqu' il soit actif. Ce n'est pas lui qui se donne l'existence , la connaissance et l'amour de lui-même. A tous ces égards, on ne peut le regarder que comme passif. Il en sera ainsi de la création. S'il ne s'y est pas déterminé de lui-même, on aura tort de l'appeler la cause de l'existence des êtres ; il en sera tout au plus l'instrument. Il n'y aura, dans ce système, aucune cause active ; tout sera effet sans cause.

On ne peut se dissimuler que la liberté est en soi une perfection. L'être qui les possède toutes ne peut donc pas être dépourvu de celle-là. •

Enfin , s'il est vrai que l'homme soit libre, comment pourrait-il l'être, son auteur ne l'étant pas ? comment l'homme , s'il était le

produit de la nécessité , pourrait-il ne pas être nécessité lui-même? Lorsdonc que nous prouverons la liberté de l'homme, nous ajouterons une nouvelle démonstration à toutes les autres, de là liberté de Dieu,

V. « Dieu , disent les incrédules, est im- » muable ; ses propriétés le sont comme lui : » sa volonté l'est donc ; elle ne peut pas vou- » loir une chose et une autre : elle n'est donc » pas libre. »

VI. D'abord, quand nous serions dans l'impuissance de concilier. la liberté et l'immutabilité de Dieu , ce ne serait pas une raison pour contester l'un ou l'autre de ces attributs. J'ai déjà montré, et il est inutile de le répéter,, que quand deux vérités sont démontrées elles ne peuvent pas se contrarier, et que leur apparente opposition n'est autre chose que la faiblesse de notre esprit (i ^ 5). L'objection proposéelaisse subsister les preu* ves de ces deux dogmes ; elle ne prouve donc par leur contrariété.

Mais est-il vrai que nous n'ayons aucun moyen de concilier la liberté de Dieu avec son immutabilité ? • . ' • .

VII. D'abord, dans l'opinion très-^oeiréditée et très-fondée de Y éternité non-successive, il n'y 2> point d'opposition entre ces deux attributs. Dans cet instant indivisible

StJR L'EXISTENCE ÔE DÎÉtJ. 233

qui compose toute son éternité. Dieu veut librement tout ce qui existe; et il ne peut plus changer, puisqu'il n'y a pas d'autre instant où le changement puisse s'opérer.

L'acte de sa volonté est toujours le même ; car, dans le même moment, il ne peut pas avoir deux volitions opposées. Tout changement exige une succession ; et un vouloir, comme toute autre chose, ne peut pas être en même temps le même et différent. Cette réponse suffirait encore pour résoudre l'objection proposée. On n'est pas fondé à nous opposer une incompatibilité d'attributs , s'il y a un système raisonnable dans lequel il* soient compatibles*

VIII. Mais je vais plus loinr; et supposant V éternité successive, je dis que, même 'dans ce système, il n'y a point d'opposition entre la liberté et l'immutabilité. L'objection est fondée sur une fausse idée de la liberté divine. La question n'est pas de savoir si Dieu, ayant formé de toute éternité la détermination de créer le monde tel qu'il est, a pu depuis former une détermination différente; il s'agit de savoir si cette résolution , prise par lui de toute éternité, l'a été librement , ou s'il y a été alors nécessité par sa nature. La liberté de Dieu ne pouvant. pas, comme nous l'avons observé, contrarier ses autres

attributs, est et doit être.différente de celle de l'homme. L'homme qui a formé une résolution peut en changer, parce qu'il peut lui survenir de nouveaux motifs, de nouvelles connaissances, de nouveaux intérêts, de nouvelles passions. Mais rien de tout cela ne peut atteindre Dieu ; il ne peut donc pas avoir de raison pour changer. Primitivement, éternellement, Dieu a voulu , par un seul acte de sa volonté, tout ce qui est et tout ce qui sera à jamais. Cet acte originaire a-t-il été libre? voilà ce dont il s'agit. Les incrédules ne prouvent certainement pas que Dieu a été nécessité à ce décret éternel , en disant que Dieu , après l'avoir rendu , n'a pas pu le changer : ils dénaturent l'état de la question , et ne prouvent que ce qui ne leur est pas contesté. Ainsi, même dans le système de l'éternité successive , se concilient pleinement les deux dogmes de la liberté et de l'immutabilité divines. Dieu a exercé sa liberté endormant le décret universel de la création de tous les êtres ; il manifeste son immutabilité par l'invariable permanence de ce décret : il a voulu librement que le monde fût tel qu'il ést, il le veut immuablement. ' . v

« Mais, dira-t-on, Dieu, dans cette, ex- » plication, n'a été libre qu'au moment où.

» il a formé la résolution de créer : il ne Test » plus maintenant, et toutes ses volitions » sont nécessaires. »

Dieu ayant ordonné librement dans son éternité tous les êtres , tous les évenemens qui devaient à jamais avoir lieu, n'a plus eu d'emploi à faire de sa liberté, il n'a pu rien ajouter à son décret , puisqu'il avait tout décrété; il n'a eu rien à y changer, puisqu'il avait tout réglé avec sagesse , et qu'il n'a pu lui survenir de motifs de changement. Il n'est plus libre, c'est-à-dire sa liberté n'a plus d'objeL II en a fait tout l'usage qu'il voulait à jamais en faire. Ses volitions actuelles sont nécessaires; elles le sont d'une nécessité non absolue, mais hypothétique ; elles sont les conséquences nécessaires de sa première volition , librement formée; elles sont , à proprement parler, non pas nécessaires, mais nécessitées par sa propre volonté. Cette nécessité ne détruit donc pas la liberté de Dieu , puisqu'elle est l'effet de l'usage que Dieu a fait de sa liberté.

IX. Voici une autre objection. « Dieu est » nécessairement ce qu'il est; ainsi tout ce » qui est dans lui est nécessaire; il ne peut » rien y avoir en lui de contingent : mais » une volition libre est contingente, puis- » qu'elle pourrait être autrement; si donc

» Dieu s'est déterminé librement à la créa- » tion, il a été modifié contingemment.»

Lorsque j'établissais, dans un de$ chapitres précédens, que l'être nécessaire est nécessairement ce qu'il est, j'avertissais que je ne parlais pas de ses opérations, des actes de sa volonté : c'étaient ses propriétés, que je disais être en lui toutes essentielles. Une volition n'est pas une manière d'exister.

Supposons que Dieu., au lieu de créer le monde tel qu'il est , eût voulu ou ne pas le créer, on le créer autrement j ne serait-il pas de même totit ce qu'il est ? On confond deux choses absolument différentes : la modification et la volition. Il ne peut pas y avoir dans Dieu de modifications, accidentelles, parce qu'elles sont les suites de sa nature nécessaire ; il peut y avoir des déterminations accidentelles, parce qu elles sont le produit de sa volonté libre.

X. « Dieu, disent encore les incrédules, » n'est pas libre, puisqu'il est nécessité par » sa sagesse à faire ce qui est le meilleur et » le plus parfait. »

Le prétendu axiome que Dieu est tenu de se déterminer à ce qu'il y a de plus parfait, est absolument faux. Comme la perfection peut toujours aller engraissant , Dieu serait donc obligé de donner à chaque être qu'il

créerait l'infinie perfection, ce qui répugne dans les termes.

Réduisant donc le principe de l'objection à sa juste mesure, je dis qu'en vertu de sa sagesse, d'abord Dieu ne peut pas faire ce qui ne serait pas sage ; ensuite , qu'il doit opérer ou ne pas opérer, produire telle ou telle chose d'après des vues sages , et /aire à cet égard ce que sa suprême intelligence lui montre être au fond le meilleur. Enfin , entre diverses résolutions également bonnes en elles-mêmes, il se détermine librement à celle qu'il veut. Lorsque, de toute éternité, il a décrété la création , tous les mondes possibles ont été présens à son intelligence» Dîra-t-on que, dans ce nombre infini de mondes , il ne s'en est pas trouvé d'aussi bons en eux-mêmes", d'aussi sages et dans leur fin et dans leurs moyens , que celui dont nôus faisons partie? Si on le nie, quelle raison pourra-t-on en apporter? Dieu a pu choisir celui-ci comme il aurait pu choisir un des autres. Ce que nous disons de ce monde en général, nous pouvons l'appliquer à ses diverses parties. Nous concevons qu'il eût été aussi sage de faire mouvoir les

leur donner la direction contraire ; nous, sentons que là sagesse divine n'était pas in-

'.m DISSERTATION

téressée à ce qu'il y eût sur la terre quelques plantes ou quelques animaux de plus ou de moins. Il en est ainsi de toutes les autrès parties de l'univers ; il en est ainsi de la création ou de la non-création. Nous ne pouvons douter que Dieu ne fût également sage, quand il se serait déterminé à ne tirer du néant aucun être.

Est-il vrai d'ailleurs que la liberté de Dieu soit détruite, parce qu'il est tenu à ce qu'il y a de plus sage ? Il ne faut pas confondre deux choses ; se déterminer par un motif, être déterminé par un motif. L'être passif, un corps, par exemple, est déterminé par une impulsion à'tej mouvement; l'être actif se détermine lui-même d'après le motif qui lui est présent. Le motif extérieur n'est pas la cause de sa détermination; c'est la volonté qui en est la cause réelle. Ainsi , la volonté active et sage de Dieu est la cause de sa détermination. De ce qu'elle est active, elle se détermine d'elle-même, et, par conséquent, librement. De ce qu'elle est sage , elle se détermine infailliblement au meilleur. La liberté est dirigée et non ôtée par la sagesse. •

Qu'est-ce qui est le meilleur ? C'est certainement ce que Dieu juge tel et rend tel , c'est-à-dire ce qui est le plus conforme à la

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fin qu'il se propose, et aux moyens propres à l'atteindre. Or, entre ces diverses fins sages, il est le maître de se proposer celle qu'il veut : il l'est également de rendre des moyens propres à atteindre une fin # Il est donc en son pouvoir de rendre une chose la meilleure : la nécessité de faire ce qui est le meilleur ne nuit donc pas à sa liberté.

CHAPITKE NEUVIÈME.

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