DIEU A UNE PROVIDENCE UNIVERSELLE
I. Dieu ayant créé le monde , l'a-t-il abandonné à lui-même , et le laisse-t-il aller au hasard ? ou le conserve-t-il , le régit-il par la même puissance par laquelle il Ta créé? Telle est la question que nous avons à traiter (176). Les ennemis de toute religion , tant anciens que modernes, en ont senti l'importance. Plusieurs d'entre eux, sentant l'impossibilité de nier positivement l'existence de la Divinité , se sont rabattus
à contester sa providence. En faisant du Dieu qu'ils étaient forcés de reconnaître un être sans action, indifférent aux choses de la terre, ils ont par-là même établi l'inutilité absolue de tout culte. Affranchis de tout joug religieux , délivrés de la crainte d'une autre vie, ils se sont abandonnés librement à leurs passions, et ils ont atteint leur but par cette doctrine aussi efficacement que les autres par l'athéisme (1.77).
Ce gouvernement du monde que nous appelons providence a deux parties, ou , pour parler plus correctement, deux objets:
il s'étend aux êtres matériels et aux êtres raisonnables. Nous disons que Dieu régit les uns et les autres par des moyens différens et analogues à leur différente nature.
Aux uns, il donne des lois physiques ; aux autres, il dicte des lois morales ; il imprime à ceux-là la nécessité, il impose à ceux-ci l'obligation. Nous nous occuperons spécialement ici de la providence dans l'ordre physique, c'est-à-dire de l'administration du monde matériel. L'ordre moral sera l'objet d'une autre discussiôn , lorsque nous traiterons de la moralité des actions humaines et de la loi qui les règle.
Quand nous disons que par sa providence Dieu régit le monde et en règle les
événement, nous n* entendons pas .que pour chaque fait, pour chaque circonstance de chaque fait, Dteutfende un nouveau décret.
CW ainsi que 1'foomme est forcé d'agir ; il ne peut rien administrer que par une succession de volitions immédiatement appliquées à Chaque objet : mais la providence de Dieu, éternelle comme lui, infinie comme lui , a compris dans tm seul et même décret totft Tordre du monde, toute la suite des ^vénemens, tôut l'enchaînement des causes secondes. Si Ton admet que l'éternité de Dieu n'est pas successive , il est aisé de concevoir que cet unique décret se trouve à la fois éternel et contemporain de tous les événement temporels qu'il règle. L'instant indivisible qui forme l'éternité correspondant à la révolution des instans qui compo^ sent le temps, le décret qui , dans Dieu, est absolument simple et momentané, a dans les créatures des effets successifs : c'est dans le moment où Dieu les ordonne, que s'écaule le temps dans lequel ils se succèdent.
Dans le système coutrairej c est- à-dire en admettant l'éternité successive , Dieu , de toute éternité, dans un unique et, si on peut s'exprimer ainsi, primitif instant, a porté toute^ les lois physiques, ordonné toutes les causes secondes, d'après lesquelles
tout arriverait dans le monde. Les dérogations mêmes que sa sagesse a jugé devoir apporter à ces lois, ont été* en même temps déterminées. La providence de Dieu consiste donc dans ce décret originaire, créateur et ordonnateur de l'univers, et dans la constante volonté de le faire observer : elle ne diffère point de l'éternité et de l'immutabilité de la volonté divine.
II. Cette exposition prévient une objection familière aux incrédules , savoir, que Dieu se conduit non, comme les vils humains, par des lois particulières, momentanées, successives et changeantes , mais par des lois générales, éternelles et immuables.
Les lois divines sont en effet, comme je viens de l'expliquer f éternelles et immuables; mais elles sont de plus à la fois générales et particulières; elles embrassent la totalité des êtres , et s'appliquent à chaque individu : c'est un seul acte de la volonté divine qui ordonne tout l'ensemble et tout le détail ; et on s'exprimerait plus exactement eu disant qu'il n'y a qu'une seule loi, qui a prescrit en même temps tout ce qui devait à jamais arriver.
III. Nous disons donc qu'il est impossible d'admettre l'existence d'un Dieu, sans reconnaître sa providence (i 78). Et, en effet,
SUR l'existence de dieu. 243
les preuves qui établissent Tune , démontrent en même temps Y autre.
Nous avons vu l'existence de la Divinité prouvée par le consentement unanime du genre humain ; mais ce n'est pas une divinité étrangère aux choses de ce monde que tous les peuples ont adorée : leurs adorations mêmes prouvent qu'ils en espéraient du bien , qu'ils se flattaient d'en avoir reçu ; le culte est la conséquence immédiate de la foi d'une providence (179).
% IV. Et ce qui a inspiré à tout le genre humain cette persuasion de la Providence , et aussi ce qui lui avait principalement donné la certitude deVexistence de Dieu, c'est la permanence constante et imperturbable de l'ordre magnifique qui existe dans le monde (180). Nous ne répéterons pas ici ce que nous en avons dit ailleurs (181): mais nous en conclurons avec tout le genre humain que le hasard est aussi incapable de maintenir la disposition de l'univers que de là produire; qu'ainsi c'est la même volonté qui a tiré le monde du néant, qui le conserve aussi constamment le même (1 82) ; volonté que nous appelons toute -puissance relativement , à Fun de ces actes, providence par rapport à
l'autre.