V. Si Dieu ne dirigeait pas l'ordre du
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monde, ce serait ou parce qu'il en ignorerait les moyens, ce qui répugne à sa toutescience ; ou parce qu'il ne le pourrait pas, ce qui es* contraire h sa toute-puissance; où parce qu'il ne le voudrait pas, ce qui serait indigne de sa sagesse et de sa bonté, qui lui font vouloir tout ce qui est bien ( i83).
Dieu est bon, nous l'avons montré. Mais quelle bonté aurait un être indifférent à tous les autres ? Si c'est sa bonté qui Ta engagé à donner l'être à des créatures , elle ne peut pas les lui laisser négliger ( i84).
Pouvons-nous croire que Dieu n'aime pas ce qu'il a créé? Si, comme on n'en peut douter, il chérit ses propres perfections, peut -on penser qu'il n'aime pas les êtres dans lesquels il en a imprimé quelques traits? S'il les aime, les abandonne^t-il ? et pouvant régler leurs destinées , les confiet4J au hasard ( i 85)?
VI. Nous avons dit que non-seulement ily a dans Dieu une providence, mais qu elle est universelle (t86). Les mêmes raisons qui Rétablissent prouvent qu'elle doit s'étendre à tous les êtres ; tous sont les créatures de Dieu, tous ont des relations établies par lui avec àk autres êtres, tous ont besoin qu'il maintienne ces relations particulières, nécessaires à l'ordre total. Ce que nous disons
sur l'existence de dieu. 245
des êtres est également vrai des événement Si on reconnaît que Die* en règle quelques* uns i ou doit avouer qu'il les dirige tous.
Il n'y a pas de raison pour qu'il soit Tau* teur des uns et non des autres : il a la même connaissance de tous, il a la même pinssance sur tous; qu'est-ce qui l'empêcherait d'avoir, a l'égard de tous, La même volonté?
J'ai répondu ailleurs à une objection des incrédules, que ne connaissant pas la destination de tous les êtres, /nous ne pouvons pas juger qu'ils sont dirigés pàr une providence sage (187); et j*ai fait voir que notre ignorance sur plusieurs des vues fet des qaoyens de la Providence f ne devait pas nous empêcher d*y croire (188).
Je répondrai aussi, dans un article particulier, à d'autres difficultés contre la Providence , que l'on tire des maux divers qui affligent le monde (189).
VII. Une autre objection plus digne d'un homme grossièrement ignorant que d'un philosophe, est cçlle que Cicéron met dans la bouche d'un épicurien de son temps, et que ceux du -nôtre n'ont pas honte de réchauffer. En chargeant la Divinité du gou^ vernement de toutes les choses du monde, on lui impose une charge énorme, et on l'embarrasse d'une muUittick d'affaires in-
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commodes et pénibles (190). Comme s'il pouvait y avoir quelque chose d'incommode et de pénible pour l'être qui connaît tout par une seule pensée , et qui peut tout par une seule volition ! Ils mesurent les facultés de l'être suprême sur les leurs propres, ceux qui font de pareils raisonnemens. S'il nous est permis de raisonner d'après nous-mêmes sur cet être incomparable et incommensurable, nous devons dire au contraire : limités comme nous le sommes , nous avons le pouvoir de régler plusieurs choses; celui qui est infini peut donc tout ordonner (191).
VIII. Quelques autres philosophes enseignaient qu'il est indigne de la Providence de s'occuper de choses petites et viles (192). d'après cela, il y en avait qui, bornant son influence aux chëses célestes, la disaient indifférente à celles de la terre ( 1 §'S). Ainsi il serait indigne de Dieu de conserver, de diriger, de gouverner des êtrè6 qu'il n'a pas été au -dessous de sa grandeur de créer ! Pour lui , il n'y a point de choses grandes et de choses petites. Les différences qui nous frappent disparaissent devant l'infini. Il n'y a dans la nature aucune partie qui soit vile en elle-même, qui le soit par rapport à son créateur. Gardons-xious, c'est la réflexion d'un philosophe païen, de rabaisser l'auteur
du monde au-dessous des ouvriers mortels :
plus ils sont habiles , plus ils s'occupent de perfectionner et d'adapter les unes aux autres toutes les parties, grandes et petites, de leurs ouvrages (194)} Dieu, admirable par sa puissance jusque dans celles de ses œuvres qui nous semblent les moindres, l'est encore par sa sagesse, qui les dirige et les conduit à leur fin (195).