DIEU EST UNIQUE
Le dogme de l'unité de Dieu est combattu par deux systèmes différens : par le polythéisme, qui admettait la pluralité des dieux, et par le manichéisme, qui supposait deux premiers principes également nécessaires, également éternels, également puissans, auteurs de tout ce qui existe dans le monde , l'un du bien , l'autre du mal ; dont l'un est souverainement bon, et l'autre souverainement méchant.
Je commence par prouver!' unité de Dieu contre le polythéisme (19G).
I. J'abserve d'ahord que , quoique l'opinion de la pluralité des dieux fût générale parmi les peuples, c'était cependant ùne^ doctrine adoptée par tous ceux qui avalent quelques lumières, qu'entre ces divinités il y en avait une supérieure aux autres, et qui leur commandait; qu'ainsi, dans le fait, l'unité d'un être suprême était reconnue. Que l'on donnât le nom de dieux à des êtres supérieurs à l'homme , mais soumis à un dominateur universel , cela est indifférent ; le nom ne change pas la chose j le principe est le même, quoique diversement énoncé. QUe ce fût la religion commune, sinon àè ïa classe populaire et absolument ignorante , mais au moins de tous les hommes instruits , c'est ce qu'il serait facile de prouver par de , nombreux passages des écrivains de tout oindre, philosophes, historiens, poètes, orateurs, etc. Mais ce détail, qui nous mènerait très-loin, n'est pas nécessaire pour établir la vérité de notre dogme. Je me contenterai donc de citer quelques-uns des Pères qui attestent ce fait comme une chose indubitable (197).
IL Dieu est l'être nécessaire, c'est-à-dire l'être qu'on ne peut pas concevoir non exis-
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tant. Tout être dont on conçoit la non-existence possible n'existe pas nécessairement d'une nécessité absolue. Ii répugnèrait qu'il n'existât pas tin être nécessaire, parce que, s'il n'y en avait pas un, aucun être ne pourrait exister ; mais je ne conçois cette nécessité de l'existence , cette répugnance de la non- existence, que sur un seul éthe, parce que je conçois qu'un seul a staffipoUr créer tous les autres. La non-existence de tous lés autres êtres, celui-là excepté, n'implique point contradiction ; elle est donc possible : ils sont donc ttfùs , hors celui-là seul , contingens.
Dieu est infiniment parfait ; or plusieurs infinies perfections répugnent (198). Dirat-on que ces êtres parfaits jusqu'à l'infini se ressemblent absolument et en tout? Ils ne seront donc pas plusieurs : la - distinction des êtres suppose en eux quelques différences. Dira-t-on qu'ils ne *e ressemblent pas?
Les uns auront donc des perfections qui manqueront aux autres ( 1 99) .
S'il y a plus d'un Dieu, il doit y en avoir une multitude infinie. Il n'y a pas de raison pour qu'il y ten ait plutôt deux, trois ou dix, que cent, que mille, que des millions. L'infini est , comme npus l'avons vu , une propriété commune à tous les attributs divins ;
si donc il y a pluralité, Dieu doit être infitt en nombre comme dans tout le reste. D'ailleurs, qui est-ce qui limiterait ce nombre?
Serait-ce un être extérieur ? quelle puisance est supérieure à Dieu? Serait-ce sa nature?
niais elle est infinie ; et loin d'opposer quelque limitation , elle les exclut toutes.
Ces divinités différentes , ou seraient nécessitées à avoir toujours la même volonté, et, dans ce cas, elles ne seraient ni libres ni indépendantes; ou elles pourraient vouloir des choses opposées, et, dans ce second cas, elles ne seraient pas toutes-puissantes. 11 répugne dans les termes que la toute-puissance soit contrariée ou divisée (aop).
Outre la nature de Dieu , la considération de son ouvrage nous prouve son unité. Nous avons observé plusieurs fois Tordre admirable du monde , le rapport de ses diverses parties, soit entre elles, soit avec leur tout. L'unité de conseil et de dessein que nous y voyons, suppose une seule intelligence ordonnatrice. Plusieurs conceptions diverses n'auraient pas produit un ensemble aussi exactement lié , des parties aussi parfaitement correspondantes (201). ;
De toutes ces raisons, nous concluons avec Tertulien , que multiplier l'Etre suprême, c'est l'anéantir (202);
III. Le second système opposé à l'unité de Dieu est le manichéisme , autrefois victorieusement réfuté par S. Augustin , resté depuis pendant douze siècles dans les ténèbres du mépris, et que le trop célèbre Bayle a entrepris de ranimer par la subtilité de sa dialectique , en prétendant que c'est le seul moyen d'expliquer l'origine des maux qui affligent le monde. Ce système peut
être considéré dans son principe et dans ses conséquences, relativement à la Divinité et à l'œuvre de la Divinité. Est-il conforme aux notions certaines que nous avons de la nature divine? explique-t-il d'une manière satisfaisante l'origine du mal ? Je dis que sous l'un et l'autre rapport il est insoutenable.
D'aboi* , un être nécessaire souverainement mauvais est une chose contradictoire. Dira-t-on qu'il est opposé en tout point à l'être infiniment bon , qu'il a toutes les propriétés contraires aux siennes? Il n'a donc ni intelligence, ni puissance, ni immensité, ni liberté, ni indépendance ; il est soumis à l'autre ; ce qui détruit le système. Prétendra-trOn que cet être méchant a tou£ les mêmes attributs que l'autre > excepté labonté? Autre source d'absurdité. i°Un être nécessaire essentiellement imparfait est une*