‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 42 sur 64 · J52 DISSERTATION · texte numérisé non relu

J52 DISSERTATION

contradiction , puisque l'infinie perfection est une conséquence essentielle de la wé* cessité d'exister. a 0 Conçoit* on qu- un être qui, par son intelligence infime, voit ce qui est bon , puisse par 6a volonté le détester? qu'aimant nécessairement ses propres perfections, il les haïsse nécessairement dans les autres? Il serait prodigieusement malheureux, cet être dont l' i ntelligence et la volonté seraient sans cesse entraînées de deux côtés opposés, et qui se trouverait dans la nécessité de combattre ce qu'il serait dans la nécessité d'approuver. 3° Qu'est-ce qui pourrait l'engager à ne faire que du .mal? Il n'y;a que deux causes à cette funeste disposition , l'ignorance ou l'intérêt. Mais ni l'une ni l'autre ne peut influer sur un être à qui ion suppose toutes les perfections , hormis la boiaté. 4° Aucun de ces deux êtres suprêmes ne pourrait posséder plusieurs des attributs que nous avons ym découler de l'existence absolument nécessaire-: ils n'auraient ni la tqute^sciepce , Vm ne pourrait pénétrer les pensées dç l'autre ; ni la toute-puissance, ils s'arrêteraient m^HU^Uenxeat dans leurs^opérations . Us se H imiteraient : réciproquement sur tout; ils seraient dafleiw* malhew M daim une continuelle affliction ties/cttœtra^ viétésquils se^qrâîtf épvàmm* j ii, -*>ym

sur l'existence de DIEU. 253

IV. Voici , contre ceux qui voudraient encore soutenir ce malheureux système, une autorité du plus grand poids; c'est l'aveu positif de son plus ardent et plus habile défenseur. Bayle, puissamment combattu , et ne pouvant résister à la force victorieuse des raisonnemens qu'on lui opposait , a cherché à se justifier d'avoir soutenu ce système, dont il a reconnu nettement la fausseté. « L'obr- » servation, dit-il , que je faisais et que j'& » tendais suffisamment dans la remarque (D) » de l'article Manidiéens > contient tout ce » qui est nécessaire pour dégoûter du dogme » des deux principes tous ceux qui ont du :

» jugement. Je disais que la bonté d'un sysn tème consiste à ce qu'il ne renferme rien » qui répugne aux idées évidentes , et en ce » qu'il donne raison des phénomènes ; j'a- » joutais que le système manichéen n'a tout » au plus que l'avantage d'expliquer plt*- » sieuçsphénoraènesqui embarrassent étr an- » genient les sectateurs de l'unité de prin* » cipe ; mai* qu'au reste il porte sur une » supposition qui répugne à nos plus claires » idées, au lieu que l'autre système est âp* » puyé sur ces notions-là. Par cette seule ^remarque, je dodoe la supériorité aux uni- « taires, et je VAtie aux dualistes : car tousu ceux qui tseï connaissent en uaiscw&nemeat

» demeurent d'accord qu'un sistème est » beaucoup plus imparfait, lorsqu'il man- * que de la première des deux qualités dont » j'ai parlé ci-dessus, que lorsqu'il manque » delà seconde. S'il est bâti sur une supposi- » tion absurde, embarrassée, peu vraisem- » blable, cela ne se répare point par l'expli- » cation heureuse des phénomènes; mais s'il » ne les explique pas tous heureusement, cela » se répare par la netteté, par la vraisem- » blance , et par la conformité qu'on lui » trouve aux lois et aux idées de l'ordre ; et » ceux qui Font embrassé à cause de cette » perfection, n'-ont pas accoutumé de se re- » buter, sous prétexte qu'ils ne peuvent pas » rendre raison de toutes les exDérienc

» Le système des dualistes rend mieux raison » de certaines expériences que celui des uni- » taires ; mais d'autre côté il renferme des » absurdités monstrueuses , et directement » combattues par les idées de l'ordre. Le » système des unitaires jouit de la perfection » opposée à ce défaut-là j et airçi , tout bien » compté et rabattu, il est préférable à l'au- » tre. Cela pouvait en quelque façon suffire, » mais je ne m'en contentai pas : j'ohser-

était conforme à l'Écriture, et que celui des dualistes était réfuté invinciblement

sua l'existence de dieu. 255

» par la parole de Dieu. Que peut-on sou- » haiter de plus fort et de plus démonstratif » pour s 9 assurer que le système des unitaires » est vrai, et que l'autre est faux (ao3)? »

V. Le manichéisme,de l'aveu même de son défenseur, péchant évidemment parle principe, renfermant des absurdités monstrueuses, et devant à ce titre être rejeté, a-t-il du moins le faible avantage que Bayle lui attribue d'expliquer heureusement l'origine du mal? J'ai dit, et je vais le prouver, que sous ce second point de vue il est encore absurde.

Ou les deux principes agiraient chacun de leur côté, d'après la nécessité de leur nature; ou, comme Bayle le prétend, ils auraient fait entre eux un traité, dans lequel chacun des deux, cédant à l'autre quelque chose, le bien et le mal se trouveraient mêlés ensemble dans le monde. Ces deux hypothèses sont également absurdes.

D'abord, si les deux principes agissent chacun de leur côté et nécessairement, il n y a plus de liberté ni dans eux, ni dans les hommes, qui sont nécessités par la force impulsive soit de l'un, soit dé l'autre. Sans liberté, il n'y a point de moralité : ainsi on prétend expliquer l'origine du hien et du mal par un système dans lequel il ne pourra y avoir ni bien ni mal moral.

IdG, BISSEKTATIO*

Deux élres agissant nécessairement en sens contraires, et sans concert, ce ne sera pas un mélange, une combinaison, une compensation de bitns et àe maux qui résultera ; il n'y aura que confusion, désordre, instabilité : l'un détruisant sans cesse ce qu'aura fiait l'autre, rien ne pourra avoir de la consistance et de la suite.

Deux causes également puissantes, agissant nécessairement de toutes leurs forces, ne peuvent pas produire des effets inégaux .

Tous les êtres seraient donc égaux dans ce système ; et d'où viendraient les inégalités que nous voyons entre eux ?

Deux forces égales et opposées s' élident et se détruisent mutuellement; il ne peut rien résulter de leur conflit. L,e produit de l'égalité et de l'opposition des deux principes serait donc zéro, serait le néant; il n'existerait ni bien ni mal, il n'existerait rien.

Pour échappe* à ces^conséquences évidentes, se retournera -t-on vers la seconde hypotfoèsç du traité de partage entre les deux premiers principes? il en résultera de tout aussi absurdes.

Dans cette supposition, il n'y aura pas plus de liberté, et par conséquent pas plus de bien et de mal moral que dans l'autre, puisque l'homme sera toujours nécessité à

•ogle

Sttt L EX1STENCE M DIÉt. 25f

faire ce que l'un ou l'autre des êtres suprêmes aura ordonné en vertu du traité.

Le motif qui fait recourir au système manichéen est qu'un être nécessairement bon ne peut pas permettre le mal. Mais dans ce' système il le permettrait encore, puisque la condition de l'accord serait l'agrément qu'il y donnerait.

Dans ce bel arrangement , aucune des deux parties n'atteint son but : le bon principe laisse le mal s'établir, le mauvais ne s'oppose plus à l'établissement du bien.

Il y a une manifeste contradiction à dire que deux principes nécessités pat leur nature, l'un au bien, l'autre au mal, consentent librement à ce qui contrarie cette nécessité de nature. Qu'est-ce qu'une nécessité dont on peut se départir ? Sont-ils libres? ils ne sont donc pas nécessités soit au bien, soit au mal. Sont-ils nécessités ? il ne peut donc pas y avoir entre eu* de concert.

Il ne reste, pour achever de démontrer la fausseté de ce système, qu'à répondre aux argumens par lesquels Bayle prétend prouver qu'il est nécessaire pour expliquer l' origine du mal ; c -est ce que nous allons, faire dans le chapitre suivant.

Di

Page 1