‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 43 sur 64 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

RÉPONSE AUX DIFFICULTÉS CONTRE LES ATTRIBUTS DE DIEU TIRÉES DES MAUX QU'ON VOIT DANS LE MONDE.

I. Je commence par renouveler une observation que j'ai déjà faite plusieurs fois. Quand il nous serait impossible de concilier avec le dogme de la Providence l'existence d'aucune espèce de mal, nous ne serions pas fondés à rejeter la Providence, parce qu'il est tout naturel que nous ne comprenions pas toutes ses œuvres. Cette vérité est évidente, soit que l'on considère l'effet, soit qu'on lève les yeux vers la cause. De quoi s'agit-il? de l'univers; de qui s'agit-il? de Dieu. Nous ne pouvons ni embrasser dans nptre esprit la totalité de. l'un, ni pénétrer dans la profondeur des conseils de l'autre : ■ il doit donc y avoir, soit dans l'un et dans l'autre,soit dans les rapports de l'un à l'autre,

SUR L'ÊXISTfiNCË DE DIEU. 25Ô

beaucoup de choses qui passent notre dotapréhension.

Avant d'entrer dans lé détail des .maux qu on nous objecte, commençonspar examiner une difficulté générale, et qui en comprend les diverses espèces. '

II. « On ne peut juger delà nature d'une » chose que par ses effets; et dans le fait, » c'est par l'ordre qu 1 an dit régner dans le » monde, que Ton prétend* prouver l'exis- » tenceW'une Providence sage, bonne, qui » l'a créé et qui le gouverne. Mais en con * » cluant d'un effet à sa cause, nous devons » les proportionner l'un à l'autre : il ne nous » est pas permis d'attribuer à la cause plus » de qualités qu'il n'en faut exactement pour » produire l'effet. Un corps de dix onces » s'élève dans u^e balance ; cela prouve que » son contre-poids excède dix onces, mais » cela ne prouve nullement qu'il excède cent » onces. Lès êtres doués d'intelligence et de » raison ne diffèrent point, à cet égard, de » la matière brute et insensible ; les causes » n'étant connues que par leurs effets, nous » ne pouvons leur attribuer d'autres qualités » que celles qui sont précisément requises » pour la production de ces effets. En accor- » dant que Dieu soit l'auteur de l'existence » de l'univers et de Tordre qui y règne, il

» s'ensuit qu'il possède ce degré pirécisd'in- » telligence, de pouvoir, de bienveillance, » qui éclate dans son ouvrage ; mais il n'en » résulte rien de plus. Ilest contraire à toutes » les règles de la logique de lui attribuer une' » sagesse, une bonté, une justice, une sain- » teté, qui ne se font point sentir dans ce » monde plein de désordre, de maux, d'in- » justices et de vices ; le seul dont nous ayons » connaissance. »

Le principe sur lequel porte to^te cette objection est qu'on ne peut juger de la nature d'une cause que par ses effets ; assertion fausse en elle-même, plus fausse encore appliquée à l'Etre suprême.

III. En premier lieu, un être qui en produit un autre peut être considéré ou en lui-même, ou relativement à son effet ; ou comme être, ou comme cause. Considéré comme cause, on peut juger ses facultés, ses moyens de produire, ou par son effet, ou par ce qu'on en connaît d'ailleurs. Je conviens que quand on juge une cause uniquement d'après son effet, on ne peut pas affirmer qu'elle ait une force, une capacité plus grande que celle qui est strictement nécessaire pour produire cet effet ; mais ce serait raisonner aussi mal, que d'assurer, à la vue d'un effet quelconque, que la cause qui l'a

opéré n'a pas une force, une capacité supérieure à ce qu'exigeait strictement l'opération. La raison en est simple : c'est qu'une cause peut très-bien ne pas déployer toutes ses facultés dans la production d'an tel effeti Je vois un ouvrier feire un tournebrocbe ; je n'en conclurai cèrtâinement pas qu'il puisse aussi faire une montre ; mais je raisonnerais tout aussi kiconséquemment en prononçant qu'il en est incapable. Nous voyons tous les jours autour de nous des gens faire des choses qui n'exigent pas l'emploi de toutes leurs forces, soit corporèltes, soit spirituelles. Un portefaix, capable de porter de lourds fardeaux; se charge quelquefois de poids très-légers. Quand J.-J. Rousseau éo^ piait de la mitsique^ il ne faisait assurément pas usage de tous ses tale'ns. Ainsi, tout ce que Von peut conclure à l'inspection d'un effet, c'est que l'auteur y » employé tel d#gré de puissance. Mais dans l'objection on va plus loin ; cm veut juger par l' effet, rmtseulement de ce que sa cause a érapteyé dfe facultés, mais de ce» qu*eHet en pouvait emiployer ; de c?e qu'elle a fàity on prétend conclure ce qu'elle était capable de faire ; op veut que son ouvrage donne la mesure de *on pouvoir. i • L' objection pèche encore en ce qu'elle pré-

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