‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 7 sur 64 · ARTICLE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE QUATRIÈME

L'être nécessaire est immuable.

VII. L'immutabilité de l'être nécessaire , c est-à-dire sa propriété de ne jamais changer, de rester toujours le même, est la conséquence immédiate de ce que nous avons établi jusqu'ici (22). Nous avons montré qu'il est nécessairement ce qu'il est ; il ne peut donc pas devenir autre qu'il est. Nous avons, dans le même article, établi que toutes ses propriétés lui sont essentielles : or, aucun être ne peut changer d'essence; ce qui lui est essentiel lai est tellement inhérent, qu'il ae peut pas ne pas l'avoir.

L'être contingent, qui peut être détruit, ne peut pas, tant qu'il subsiste, perdre son essence : l'essence de l'être nécessaire est indestructible, comme son existence.

Tout changement provient d'une cause externe ou interne. Il serait déraisonnable

SUR l'existence de DIEU. 27

6e prétendre que des êtres contingens eussent sur l'être nécessaire la puissance de changer sa nature ; il répugne également que la nécessité d'exister soit un principe <le variation.

Si Ton admet le système de l'éternité non successive, on aura un nouveau motif d'être persuadé de l'immutabilité de l'être nécessaire : où il n'y a pas de succession > il ne peut pas y avoir de changement : un être ne peut pas exister dans le même instant de deux manières différentes*

Je ne crois pas devoir insister plus longuement sur l'immutabilité de l'être nécessaire, relativement à sa nature, parce que ce point n'est pas contesté par les athées. Selon eux, la matière, qui existe nécessairement, est immuable dans sa nature, et ne varie v que dans ses formes. Nous discuterons leur système incessamment, quand nous examinerons si la matière est l'être nécessaire.

Nous avons ici contre eux une autre question à traiter : c'est de savoir si l'être nécessaire, reconnu immuable dans sa nature, l'est aussi dans ses opérations, dans ses volontés, dans ses pensées.

VIII. « L'être étemel, disent-ils, est un- » muable , si, par cet attribut, l'on entend » gu'il ne peut changer de nature. Car si

» l'on voulait dire par là qu'il ne peut point » changer de façon d'-être, on se tromperait » sans doute ; puisque, même en supposant » un être immatériel, on serait forcé de re-

» connaître en lui différentes manières d'ê- » tre, différentes volitions, différentes fa- » çons d'agir ; à moins qu'on ne le supposât » totalement privé d'action, auquel cas il » serait parfaitement inutile. En effet, pour » changer de manière d'agir, il faut néces- » sairement changer de façon d'être : d'où » l'on voit que les théologiens, en faisant » Dieu immuable, le rendent immobile, et » par conséquent inutile. Un être immua- » ble dans ce sens de ne point changer de » façon d'être ne pourrait évidemment » avoir ni des volontés successives, ni pro- » duire des actions successives (â 3). »

L'être qui existe nécessairement, qui est nécessairement ce qu'il est, qui a nécessairement la même manière d'être, ne peut pas avoir des pensées, des vouloirs, des façons d'agir différentes. Toujours le même, toujours il pense, toujours il veut, toujours il fait les mêmes choses. S'il pouvait lui survenir des volitions nouvelles, ce serait, ou parce qu'il acquerrait de nouvelles connaissances, du parce qu'il découvrirait de nouveaux motifs; ce qui répugne, comme nous

le verrons en traitant de sa toute-science. 11 a donc toujours les mêmes pensées, les mêmes volitions; et le vice de l'objection est de lui en supposer de différentes et de successives. Ce qui est, est parce qu'il le veut ; et ce qu'il veut, il le veut de toute éternité (a4). Ce qui sert de prétexte à cette imputation de changement est le changement continuel que l'on voit dans l'univers, et que l'on nous fait attribuer à des volontés diverses et successives de son auteur. D'abord, en admettant qu'il n'y a point de succession dans l'éternité, il est évident qu'il ne peut pas y en avoir dans les pensées de l'être éternel : ce qui se fait dans le monde en différens temps est, dans l'éternité, décrété et opéré en un seul instant indivisible. Ensuite, en supposant même l'éternité composée d'une série infinie de momens, de ce qu'il survient dans les créatures continuellement de nouveaux changemens, il ne résulte nullement qu'il survienne au créateur de nouvelles pensées différentes des précédentes ; il peut dans tous ces temps penser et vouloir la même chose : tout ce que nous voyons de vicissitudes dans l'univers peut très-bien procéder d'une seule et même volonté éternelle, continue, constante, qui les ait toutes ordonnées en même temps, et

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par un seul décret. Dira-t-on que la volonté d'un horloger relativement à son ouvrage est une continuelle variation, parce que l'aiguille de son horloge change de place à tout instant? Le même soleil éclaire un objet, en échauffe un autre, liquéfie celui-ci, endurcit celui-là, récrée l'œil sain, fatigue le malade ; et le tout dans le même moment et par la même action. La succession, la diversité des effets n'en suppose point dans la cause, puisqu'une cause fixe peut produire des effets successifs et variés. Dieu a donné à ses créatures les lois qui leur font exécuter toutes les révolutions par lesquelles elles passent : mais ces lois sont aussi anciennes, si on peut se servir de ce terme, elles sont aussi invariables que lui-même ; elles sont le dictamen éternel de son immuable volonté (2 5).

s Ici s'élève une nouvelle objection de& athées : Comment, prétendant que Dieu est nécessairement invariable dans ses volitions, pouvez-vous dire qu'il est libre ? Nous examinerons et nous résoudrons Cette difficulté, lorsque nous traiterons de la liberté divine (26).

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