Lib. VI, cap. iv
DE l'histoire romaine. 289
jusqu'à nous. Sempronius Tuditanus, c'est ainsi que se nommait le plus ancien des deux, raconte que les Carthaginois, avant que d^envoyer Régulus à Rome sur sa parole, lui avaient donné un poison lent qui le minait insensiblement, afin qu'il ne vécût qu'autant de temps qu'ils supposaient qu'il en fallait pour qu'on fît l'échange des prisonniers. Ce fut, selon cet historien, une des raisons que Régulus allégua au sénat pour le détourner de l'échange que proposaient les Carthaginois. Il ajoute que Régulus étant de retour à Carthage, on l'y fit mourir à force de veilles. C'est aussi l'opinion de Cicéron^ qui à la vérité renchérit beaucoup sur Tuditanus. Car il dit que les Carthaginois avaient coupé les paupières à Régulus, et l'avaient enfermé dans je ne sais quelle machine, apparemment un coffre, armée de pointes de fer en dedans. ^Elius Tubéron, aulre historien à peu près comtemporain de Tuditanus, et dont Aulu-Gelle nous donne le fragment dans le même chapitre, ne parle point de ce coffre armé de pointes, quoiqu'il exagère fort la cruauté des Carthaginois. Il dit qujls enfermèrent Régulus dans une fosse fort profonde où le jour ne pouvait pénétrer, et qu'après l'y avoir laissé assez longtemps, on l'en retirait pour l'exposer aux rayons du soleil le plus ardent; que là on l'obligeait d'ouvrir les yeux et de fixer ses regards sur le soleil , et qu'afin qu'il ne pût fermer les yeux, on lui avait cousu les paupières au-dessus et au-dessous. Voilà trois auteurs d'opinions assez différentes. Tite-Live
rapportait sans doute ce fait avec quelques nouvelles circonstances; mais, dans l'abrégé qui nous reste de son dixhuitième livre, on ne détermine pas le genre du supplice de Régulus ; il y a simplement que les Carthaginois le firent mourir. Supplicio a Carthaginie?îsibus de eo sumpto