In Tacito, cap. i
2. Ponlificibus permissa est poteslas memoriam rcrum gestarum in tabulas confercndi , et hos Annales appellant equidem Maximos, quasi a Ponlificibus Maximis factos. Sat., lib, HI , cap. ii.
dès les premiers siècles, n'aurait contenu que des faits attestés le plus authentiquement , et dont tout le peuple romain aurait, en quelque sorte, été garant. Mais quelques réflexions nous feront bientôt voir qu'il ne faut pas donner un sens si étendu aux paroles de Gicéron et de Servius , et que les quatre-vingts livres d'Annales dont parle ce dernier ne remontaient pas si haut qujon pourrait se le figurer sur leur nombre.
I. Il est sûr que la partie historique des Livres des Pontifes, on leurs Annales, si tant est qu'elles aient existé, périrent dans la destruction de Rome par les Gaulois. Tite-Live est si exprès là-dessus, qu'il nous ôte tout sujet d'en douter. En effet, cela paraît visiblement, si Ton fait attention à ses termes, lorsqu'il se plaint de la peine qu'il a eue -de débrouiller les ténèbres qui enveloppaient les temps précédents, tant à cause du peu de soin qu'on avait d'écrire l'histoire dans ces premiers temps, que parce que les mémoires, conservés dans les archives, qui étaient entre les mains des particuliers, ou qui faisaient partie des Livres des Pontifes, avaient été enveloppés dans la ruine de la ville. Et quod etiam si quœ in commentariis Pontificum^ aliisque publicis privatisque erant monumeniis , incensa urbe^ plerœque interiere. Il est ôlair que ce qu'il dit là ne peut regarder que la partie historique des Livres des Pontifes, comme la seule qui servait à son sujet. Il aurait eu tort de se plaindre que la perte de ces livres était cause de l'obscurité et de l'incertitude répandues sur l'histoire des siècles précédents, si l'on avait conservé des annales rédigées avec toute l'exactitude que Gicéron et Servius leur atribuent. Concluons de là que, n'y ayant rien dans leurs paroles d'où l'on puisse inférer qu'ils aient affirmé que les annales, qui existaient de leur temps, remontassent plus
haut que la prise de Rome par les Gaulois, ils ne contredisent point ce que nous pouvons assurer sur l'autorité de Clodius, de Tite-Live et de Plularque : que la partie historique des Livres des Pontifes, c'est-à-dire les Grandes AnnaleSy se perdit, avec quantité d autres monuments, dans le sac de Rome. Si quelque auteur ancien nous disait formellement le contraire , il contre-balancerait leur autorité , et nous ne saurions à quoi nous en tenir. Mais comme personne n'assure que les Grandes Annales^, commencées dès la fondation de Rome et continuées jusqu'à son temps, existassent en entier, nous ne devons donner aux passages de ces auteurs que le sens qu'ils renferment naturellement, et croire qu'ils ne contredisent point Tite-Live.
II. La manière dont Gicéron et Servius nous apprennent que se dressaient ces Annales, les soins que Ton prenait de n'y insérer aucun fait dont la vérité n'eût été, pour ainsi dire, attestée par tout ce qu'il y avait de citoyens à Rome, qui avaient droit d'en juger et de donner leurs avis sur ce qu'on' en devait retrancher, ou sur ce qu'on devait y ajouter, nous donne une idée des plus avantageuses de cette espèce d'ouvrage, et nous le ferait regarder comme le corps d'bisioire le plus complet et le plus authentique qu'on aurait pu désirer. L'on y transmettait à la postérité la mémoire des événements, lorsqu'ils étaient encore récents, et que chacun pouvait se souvenir des circonstances qui les avaient accompagnés. On les mettait par là à l'abri de toute contestation, et la vérité en était établie d'une manière indisputable. Que se peut-il de plus beau, de plus exact et de plus sûr, en fak d'histoire ?
Plus nous admirerions une pareille compilation-, plus
1 , . Poniificum Annales^ Annales Maximi,
nous aurions lieu d'être surpris qu'on n'en eût pas fait usage si elle avait existé. Que les plaintes des historiens sur l'obscurité qui couvrait les premiers temps de leur histoire^ que celles de Gicéron lui-même sur ce sujet seraient mal fondées! B'où vient qu'aucun, de ces écrivains ne citerait les Grandes Annales^ et d'où vient qu'ils auraient négligé de consulter le monument le plus précieux qu'il y eût à Rome, et. gui n'exigeait d'autre peine que celle de transcrire et de lier les faits? Denys d'Halicarnasse , qui a eu soin de nous indiquer dans quelle source il puisait, et qui entre dans un assez long détail sur les méinoires qu'il avait consultés , ne met point de ce nombre ces fameuses Annales ^ Y a-t-il apparence qu'après un séjour de vingt ans à Rome, employé à des recherches continueljâi^OTlrl histoire, ces Annales lui fussent restées inconnues? Si elles lui avaient été connues, eût-il négligé de les consulter, puisqu'elles pouvaient lui être d'un si grand secours ? On ne lui en aurait sûrement pas refusé la communication; et, s'il en avait fait usage, quelle apparence que dans le catalogue qu'il nous donne dès monuments qu'il a consultés, il eût omis' celui qui, par toutes sortes de raisons, devait y tenir le premier rang? Nous ne voyons pas, non' plus , que Tite-Live en ait eu connaissance , puisqu'il ne le cité jamais. S'il les avait consultées, il n'aurait pas eu tant de peine à démêler la vérité dans les auteurs qu'il cite, et à lever les difficultés qu'il y rencpntrait. Enfin, il ne se peut que ces auteurs n'en eussent appelé très-souvent à ces Annales , comme au garant le plus sûr qu'ils pouvaient donner des faits insérés dans leurs histoires. Ces raisons me paraissent prouver d'une manière évidente que les Annales en question n'existaient pas dans le temps que ces auteurs . écrivaient leurs histoires.