CHAPITRE II
QU ON NK PRIT FIXER AVRC QUILQÜI CERTITUDE L’ÉPOQUE DE LA FONDATION DK ROME ,
Si l’on ne peut rien dire de certain sur le fondateur de Rome, il n’y a. pas plus de certitude dans tout ce qu'on nous débite sur l’époque de sa fondation. Dès qu’on entre dans un examen un peu détaillé sur ce sujet, on est bientôt convaincu que les anciens et les modernes sont aussi peu fondés les uns que les autres dans leur chronologie. Je m’appuie encore de l’autorité de M. des Vignoles, et voici le jugement qu’il en porte'. « Le temps fabuleux des Romains. « dit-il, a un autre désavantage. C’est qu’il est impossible « de fixer, avec quelque certitude, l’époque de cette fon- « dation prétendue, qui pourtant a été le fondement de leurs « dates historiques. Ce n’est que sur des suppositions arbi- « traires qu’ils l’ont réglée; et, par cela même, ils ne sont « pas d’accord entre eux. Pour la commodité des calculs, « nos chronologistes modernes ont convenu de s’en tenir au « sentiment de Yarron, ou à celui des marbres du Capitole, « qui ne diffèrent que d’un an. Mais quand on veut recher- « cher le fondement de l’un ou de l’autre, on ne découvre « rien dans leurs plus anciennes histoires sur quoi l’on « puisse s’appuyer. Comment le pourrait-on. puisqu'on
>. Chronolnrj. sacrée, !. Il, p. 8$8.
« ignore quantité de choses touchant la manière dont on a « mesuré le temps, depuis le règne de Romulus jusqu'à « l’empire de Jules César. »
Ou’on consulte encore Dodwell, De veteribus Grœcor. et Romanor. Cyclis, dissert. X, S 74-75 et 109 : Scaliger, De Emendat. temp ., pag. 1, 384 et seq.; Marsliam, Canon. chronic.Ægypt., p. 499elseq.,et Temporarii demonstratioties chronolog ., lib. III, pag. 199 et seq. Dans tous ces auteurs, on verra de trés-fortes raisons de douter de la véritable époque de la fondation de Rome, et qu'ils sont persuadés qu’on ne peut la lixer avec quelque certitude.
L’incertitude où l’on est par rapport à cette époque ne doit avoir rien de surprenant, après ce que j’ai prouvé de la disette où l'on était à Rome de monuments et d'historiens contemporains sur les cinq premiers siècles. Les faits étant très-incertains, il est naturel que les dates en soient encore plus incertaines. C’est donc là la première et la principale cause de ce que la chronologie de Rome est si embrouillée.
JL Puisque, pendant cinq siècles et demi, on n’eut à Rome aucun compilateur, aucun historien, il y a bien de l’apparence que, pendant tout ce temps-là, on s’y embarrassa fort peu de la chronologie. Il parait aussi que les premiers historiens se mirent fort peu en peine de la débrouiller; et que même ce ne fut que fort tard qu'on s’avisa de rechercher l’époque de la fondation de Rome. Caton fut le premier qui tâcha de la fixer, si nous en croyons Denvs d’Halicarnasse 1 . Mais, s’il est permis de juger de l’exactitude des autres historiens par l’exemple de Tite-Live, ils avaient fait bien peu d’attention à la chronologie dans leurs Histoires. Cet historien 3 , qui devait trouver cette route aplanie, ne nous