‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 155 sur 222 · I . I.ib. II, cap. xili et xv · texte numérisé non relu

I . I.ib. II, cap. xili et xv

DE L’HISTOIRE ROMAINE

Il serait donc inutile de travailler à concilier les historiens. Il est plus sur de s'en tenir au témoignage de cette pièce, qui nous montre que Porsenna réduisit les Romains à une telle extrémité qu'ils furent obligés de se soumettre à lui, à des conditions assez dures, et que sans doute on lui rendit la ville, comme le dit Tacite. Si Porsenna no remplit pas les engagements qu’il avait contractés avec Tarquin, c’est que, voyant l’aversion que les Romains avaient de retomber sous le joug d’un roi, duquel la sévérité et la dureté avaient rendu le gouvernement insupportable, et que ses malheurs avaient encore aigri, il ne voulut pas irriter leur désespoir, en les forçant, comme il le pouvait, à le recevoir; surtout voyant qu’ils ne témoignaient aucune répugnance de se soumettre à lui, il ne crut pas devoir négliger ses propres intérêts. Il profita donc pour lui-même des avantages qu’il avait eus sur eux, et plutôt que de perdre une conquête facile pour lui, en s’opiniâtrant à maintenir les droits de Tarquin, il accepta les offres des Romains. Ils consentaient de lui rendre leur ville, de subir la loi du vainqueur; et, à l’exception du rétablissement de Tarquin, de souscrire ù toutes les conditions qu’il voudrait leur prescrire.

Ce qu’il y a de sùr, c’est que dès lors Porsenna n’en usa plus avec les Romains comme avec des enuemis, et qu’au contraire il les traita en anciens alliés ou en bons sujets 1 . Comme c’était la famine qui les avait forcés de se rendre, son premier soin fut de les pourvoir de vivres et de faire succéder l’abondance à la disette; selon les historiens, il abandonna aux Romains son camp qui était abondamment fourni de vivres. Du reste, la manière dont il usa de sa victoire et la douceur du joug qu’il leur imposa leur rendi-

t. Dion. Halic , Llîlus et Vrularcli., ubi supra.

rcntsa mémoire si chère, qu’on lui dressa une statue 1 qui subsista à Rome pendant plusieurs siècles.

Il parait à la vérité difficile de concilier ce que dit ce traité, que Porsenna avait interdit l’usage des armes aux Romains, avec ce qu’on trouve dans leur histoire, où l'on voit que, deux ans après, ils étaient en guerre avec les Sabins, cl que même ils remportèrent des avantages assez considérables sur cette nation. Mais comme Porsenna, d’abord après avoir conclu le traité en question, tourna ses armes contre ceux d’Àricie , guerre qui eut une malheureuse issue, puisque ses troupes, sous la conduite de son fils Aruns, furent entièrement défaites, il se peut que les Romains aient saisi cette occasion de secouer le joug , et que Porsenna affaibli par cet échec ne se soit pas trouvé en état de les châtier de leur révolte; peut-être aussi que, louché de reconnaissance de la manière pleine d’humanité dont les Romains avaient recueilli les débris de son armée, et avaient fourni toutes sortes de secours aux malades et aux blessés, il les remit en liberté et leur rendit le droit de faire la paix et la guerre.

Mais il est inutile d’entreprendre de concilier les historiens avec ce traité sur les circonstances de cette guerre, qui varient presque en autant de manières qu’il y a d’au teurs qui les rapportent. Il suffit de remarquer que, sur le point le plus essentiel, les historiens se trouvent en opposition avec une pièce originale, dont le témoignage ne peut être récusé; leur silence sur un événement si marqué ne peut contrebalancer le témoignage de Pline et de Tacite, dont la vérité se trouve attestée par le traité authentique qui fut conclu à celte occasion , et dont Pline avait lu l’original. Celte opposition avec une pièce de cette

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