I. Plularch., vbi supra
DE L’HISTOIRE ROMAINE
nature forme un préjugé bien fort contre la vérité de l'histoire romaine; et si les historiens nous trompent sur un fait si important, quel fond pourrons-nous faire sur le reste de leur narration? Si le fond de l’histoire est faux, il n’est plus surprenant que les auteurs varient sur les circonstances. Maîtres de leur sujet, chacun l’ornait de tout ce qu’il croyait propre à relever la gloire de sa nation. Pour qu’on soit encore mieux convaincu de l'incertitude qui y règne, je m'arrêterai sur les trois circonstances les plus brillantes de cette guerre, lesquelles, en s’attirant toute l’attention des lecteurs, les éblouissent sur le reste.
1. Il n’y a guère d’action 1 qui réveille plus notre admiration que celle d’IIoraliusCoclès, qui, seul, soutint assez longtemps l’effort des ennemis, pour donner aux Romains le temps de rompre le pont qui était derrière lui. La valeur d’un Romain si illustre aurait dû mettre son sort à couvert de l’oubli. Nous trouverons cependant qu’on varie du moins autant sur ce fait que sur les autres*. Tite-Live, Florus, Yalère Maxime et Sénèque nous le représentent comme sortant victorieux de ce combat, sans avoir reçu la moindre blessure. Plutarque, Denys d’IIalicarnasse, Dion Gassius et Servius sur Virgile nous apprennent qu’il fut blessé à la cuisse; et les deux premiers assurent même qu’il en resta boiteux pendant le reste de sa vie. Mais ces auteurs conviennent du moins en ce qu’Horacc, aprèsavoir soutenuscul avec la plus grande intrépidité les efforts de toute l’armée ennemie, jusqu’à ce qu’on eût rompu le pont, se jeta dans le Tibre, se sauva à la nage, et reçut les récompenses que méritait sa valeur. Cependant
i; l.ivius, lil>. Il, cap. x. — Dion. Halicarn., liv. V, p. 298. — IMularch, . in Pop/., p. 104, E.