‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 183 sur 222 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

, DE L'AVENTL’ER OUI FIT ADMETTRE LES PLÉBÉIENS AU CONSULAT, ET DE QUELQUES AUTRES FAITS.

Tite-Live , qui , en bien des occasions, montre beaucoup d’esprit et de jugement, aurait eu toutes les qualités qui forment un bon historien, si la plupart du temps il n’avait écrit avec trop de précipitation. Il semble que, content de répandre sur son sujet tous les agréments du style et d’amuser ses lecteurs, il donne d’ailleurs un peu trop dans le merveilleux, et qu’il se plaît à donner un air de roman à son histoire. C'est ce qui est cause qu’adoptant sans beau-

coup d’examen divers faits, il y a souvent donné place à des fables peu dignes d’y figurer. Peut-être qu’un peu trop attaché à consulter les traditions des familles, il n’a pas eu assez de soin d’en écarter toutes les fictions dont elles fourmillaient, comme il en convient lui-même '.

C’est, je crois, sur ce pied-là que nous devons regarder le conte qu'il nous fait de la jalousie de deux sœurs, qui fournit aux plébéiens une occasion de s'ouvrir le chemin au consulat dont les patriciens avaient été jusqu’alors seuls en possession. Il y avait longtemps que les prétentions des plébéiens, qui voulaient être admis à celte dignité, et l’obstination des patriciens à la leur refuser, avaient mis la discorde entre ces deux ordres et avaient excité divers troubles dans l’État. C’est ce qui rendait cet événement très-intéressant, et lui faisait mériter une attention particulière.

Comme ce fut une femme qui fut cause qu'on chassa les rois de Rome et qu’on y établit la liberté, et que ce fut encore une femme qui donna occasion d’abolir la domination des décemvirs qui se préparaient à envahir l’autorité souveraine, ce sexe était, en quelque sorte, en possession de donner le branle aux principales révolutions de l’État. Les patriciens, chagrins de se voir enlever un consulat, et d’être obligés de partager celte dignité avec les plébéiens, regardèrent ce changement comme une révolution considérable, et cela fut cause peut-être que, dans la suite, on voulut donner part à une femme dans cet événement, et qu’on inventa le conte de la jalousie des deux filles de Fabius. Ce conte courait apparemment du temps de Tite- Live, et cet historien l’inséra dans son Uistoire sans autre examen. En effet, pour peu qu’il y eût donné d’attention, il aurait bien remarqué qu’il ne méritait point d’y avoir

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