‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 184 sur 222 · I . Ub. VIII, cap. ult · texte numérisé non relu

I . Ub. VIII, cap. ult

DF. D'HISTOIRE ROMAINE

place, puisqu'il est entièrement dépourvu de vraisemblance. C’est ce qu'il ne sera pas difficile de prouver. Voici ce conte, tel que nous le donne Tite-Livc.

M. Fabius, patricien, avait deux filles qu’il avait mariées : l’aînée 5 Servius Sulpicius, patricien; la cadette à Licinius Stolon, homme considérable, mais qui était de famille plébéienne. Un jour que la cadette était venue faire visite à son aînée, et qu’elles causaient ensemble, un licteur vint frapper avec violence avec sa verge à la porte, pour la faire ouvrir à Sulpicius, qui alors était tribun militaire, dignité substituée au consulat. Ce bruit causa de la surprise et quelque effroi à la cadette, et sa soeur n’y répondit que par un souris malin, qui semblait lui reprocher qu’elle ignorât une coutume qui s'observait toujours à l’égard des consuls et des tribuns militaires. La foule des gens qu’elle vit encore venir faire leur cour à sa sœur lui fit regarder avec un œil d'envie son mariage et le rang où il l’élevait au-dessus d’elle. Le chagrin que cela lui causa fut si violent qu’elle ne put le cacher à son père; et il la pressa si fort de lui en découvrir la cause, qu’elle ne put s’en dispenser. Il entra dans la passion de sa fille, lui promit de mettre tout en œuvre pour la contenter, et d’employer tous ses soins et tout son crédit pour que son mari eût accès aux mêmes dignités, et qu'il ne cédât en rien à son beau-frère. Il communiqua ses vues à Licinius, son gendre, et à L. Sextius, plébéien aussi, mais ambitieux et entreprenant, et qui ne pouvait souffrir qu'il y eût quelque dignité au-dessus de ses espérances. Ils prirent des mesures ensemble pour faire admettre les plébéiens au consulat ; et enfin, après dix ans de troubles et de disputes, la cadette Fabiaeut lieu d’être satisfaite ; et ils firent passer en loi que, des deux consuls, il yen aurait toujours un plébéien.

Tout ce conte n'est fondé que sur une supposition mani-

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festement fausse, qui est queServius Sulpicius, le mari de l'ainée de ces deux sœurs, était revêtu d’une dignité dont la qualité de plébéien excluait le mari de la cadette. Or Sulpicius était tribun militaire, dignité à laquelle les plébéiens étaient admis aussi bien que les patriciens. Elle n'avait même été introduite que pour les satisfaire. Les patriciens, voyant les efTorls que faisaient les plébéiens pour s’ouvrir l’accès au consulat, ne pouvant se résoudre à leur en faire part, et craignant qu’enfm ils ne vinssent à bout de le leur arracher, imaginèrent ce moyen de les contenter en quelque manière, et il y avait près de cinquante . ans qu’on n’avait créé que fort rarement des consuls. Licinius n'était donc point exclu de la dignité dont son beaufrère était revêtu, et rien ne l’empêchait de la briguer et de l’obtenir. Plusieurs autres du même nom et de la même famille avaient été tribuns militaires avant lui. Le nombre de ces tribuns n’était pas fixe, et il n'était pas déterminé combien il devait y en avoir de patriciens. 11 élait môme déjà arrivé' que de six il n’y en avait eu qu'un patricien ; et même, trois ans après, ils furent tous six plébéiens. Il est vrai que la plupart du temps les patriciens l'emportaient sur les plébéiens; mais aussi il n’est pas moins vrai que ceux-ci, en se saisissant de quelques circonstances favorables, pouvaient l’emporter sur les patriciens, comme l'expérience le prouvait.

La jalousie de la cadette l’abia était assez mal fondée , puisque rien n’excluait son mari Licinius de la charge de tribun militaire dont son beau-frère Sulpicius était revêtu. Disons plus : elle n’avait aucun sujet d'envier cette dignité au mari de sa sœur, puisque le sien avait exercé la cbarge de tribun militaire l’année d’auparavant. Tite-Livc 2 nous

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