Lib. VI, cap. xxxix. — Vid. lib. X, cap. vin
DR L'HISTOinF. DOMAINE.
apprend que le Licinius, qui fut nommé général de la cava- Jerie peu après par le dictateur Manlius, était le même qui avait été tribun militaire quelque temps auparavant. Or il le nomme adssi ailleurs C. Licinius Stolo, en disant qu'il avait été le premier plébéien élevé à la dignité de général de la cavalerie. Ce qui achève de lever tous les doutes de ce sujet, et prouve que ce Licinius était le même que le gendre de Fabius, c'est que Plutarque dit bien expressément 1 que ce fut ce même Licinius Stolon, auteur de la sédition, que Manlius nomma général de la cavalerie.
Licinyis Stolon, mari de la cadette Fabia, avait donc été revêtu de la dignité de tribun militaire, et par conséquent sa femme devait être accoutumée à voir, dans sa maison, tout ce qui causa sa surprise chez sa sœur et réveilla sa jalousie contre elle. Mais, quand la supposition sur laquelle ce conte est fondé serait vraie, savoir que Licinius n’avait jamais été tribun militaire, et que même il était exclu de cette charge par sa naissance, la surprise de la cadette Fabia ne pouvait venir que de ce qu'elle ignorait l'usage qui y donna lieu, et de ce qu’elle n’était pas accoutumée à ce qui se pratiquait chez les gens qui étaient revôlus de cette dignité. Il faudrait donc encore supposer, pour que cela eût quelque vraisemblance, qu’elle était d’une maison où ces dignités n’étaient pas ordinaires.
Cependant nous voyons qu’elle était d’une famille patricienne des plus illustres de Home, où les principales dignités étaient comme héréditaires, et que son père môme y avait exercé celte charge. D’ailleurs une maison si considérable ne pouvait manquer d’avoir de grandes alliances; et Fabia avait sans doute bien d’autres parentes que sa sœur, où elle aurait pu voir pratiquer la même formalité. Quelle
, lu Cutnillo , p. 150, U.
apparence y a-t-il donc qu’elle ait trouvé rien d'étrange à ce qui se passait chez sa sœur, et que ce soit à la jalousie qu’elle conçut de la voir élevée à un rang auquel elle ne pouvait prétendre, que l’on doive attribuer l’ardeuravec laquelle les plébéiens travaillèrent à arracher un consulat aux patriciens et le succès avec lequel ils vinrent à bout de vaincre leur obstination?
Ces raisons suffisent pour nous faire regarder ce conte comme un de ces épisodes intéressants dont les anciens aimaient à orner leurs histoires. Plutarque, qui, dans la Vie de Camille , a suivi Titc-Live en plusieurs choses, n’a pas cru devoir le suivre en ceci; et, parlant des troubles qu’excitèrent Sextius et Licinius, tribuns du peuple, pour ouvrir aux plébéiens le chemin du consulat, il n’a garde de dire que le motif qui les fit agir ait été une aventure aussi peu vraisemblable.
En effet, ce trait d’histoire fait peu d’honneur au jugement de Tite-Live; et, pour peu qu’il l'eût examiné enclitique, il en aurait aisément découvert la fausseté.
J’ai donné diverses preuves de l’ingénuité avec laquelle cet historien reconnaît, en d'autres occasions, quel'fi/s/otre qu'il écrivait était accompagnée de beaucoup d’incertitude. Pour ne pas passer pour trop crédule, il aurait bien dû avertir scs lecteurs qu’il n'ajoutait pas foi à de pareils contes, comme il l'a dit à l’égard de la fondation de Rome. Quoi qu'il en soit, il me serait facile de rassembler encore divers traits, tirés de cet historien, qui montrent combien l’histoire du cinquième siècle est incertaine. Il parle, à la fin de son septième livre, d’une sédition qui s’éleva dans l’armée, et qui eut de si grandes suites qu’il semble qu'on devait en savoir jusqu'aux moindres circonstances. Cependant, apres avoir rapporté assez au long l’hisloire de la sédition, telle qu’il l'avait trouvée dans quelques auteurs, il
convient que, dans d’autres écrivains, elle se trouvait rapportée d'une manière entièrement différente, et pour le fond et pour les circonstances. De sorte qu’il est obligé d'avouer 1 * qu’il n’y avait rien de certain dans tout ce qu’on en disait, sinon qu'il y avait eu une sédition, et qu’elle avait été apaisée. Il est cependant surprenant qu'on eût si peu de lumière sur un événement de celte importance, car on voit que cette sédition avait eu de grandes suites et avait donné occasion à des changements considérables dans le gouvernement. Je renvoie à l'historien lui-méme, de peur d’étre trop long. Du moins cet événement, qu’il place sous l’an 413 de Rome, montre-t-il que l’incertitude régnait encore dans l'histoire romaine; et je pourrais y en ajouter encore d’autres exemples sur le reste de ce siècle; mais je me contente de les indiquer*, et de ce que j’ai rapporté des guerres des Gaulois dans le chapitre précédent.
Je passe à deux faits dont la mémoire nous a été conservée par des historiens étrangers, et qui ne se trouvent point dtjps Y Histoire de Tite-Live, soit qu’il n’en ait point eu connaissance, soit qu’il n’ait point trouvé à propos de les rapporter. Le premier se trouve dans Théophraste 3 . Il s’agit d’une expédition des Romains dans l’Ile de Corse, où ayant voulu faire une descente, les mâts de leurs vaisseaux se brisèrent, s’étant engagés dans les branches des arbres dont d’épaisses forêts bordaient les rivages de cette lie. Il semble que la perte que les Romains firent dans cette occasion et celle expédition même, qui fut apparemment la première entreprise qu’ils firent sur cette île, étaient des événements assez remarquables pour mériter une place dans
1. Adeo nihil, prsterquam sedllionem fuisse eauiquc coinposilam, inter antiques rerum auctores constat, l.ili. Vit. cap. ult.
ï. Vid. lib. IX, cap. tuv; lib. X, cap. tu, li.XXVl, xxx, XX'MI.
a. Mil. Plantai., lib. V, cap. ix.
l'histoire. Un n’en voit cependant aucune trace clans Y Histoire de Tite-Live, bien que les dix premiers livres qui nous en restent aillent au delà du temps auquel Théophraste écrivait son livre, et qui était l’an 4(10 de Rome, comme nous l’apprend Pline l’Ancien Le fait que Théophraste rapportait devait être, du moins, de quelques années antérieur, et par conséquent devait trouver place dans la première décade de Tite-Live que nous avons encore tout entière.
On pourrait croire que Théophraste, étant étranger et assez éloigné de Rome, n’était pas bien instruit, et n’avait rapporté ce fait que sur quelque bruit vague et sans en avoir approfondi la vérité; mais le témoignage que Pline lui rend détruit celte supposition. Cet auteur dit 2 que Théophraste est le premier étranger qui ait écrit avec quelque exactitude de ce qui concernait les Romains. Il est clair que Pline n’aurait pas loué son exactitude, s’il se fût trompé dans cette occasion, la seule où il parait avoir fait mention des Romains.
Peut-être est-ce à l’occasion de ce naufrage de la flotte romaine que la tempête fut déifiée à Rome, et qu’on ^ii éleva un temple. Ce qu’il y a de sûr est que, la flotte romaine ayant essuyé une furieuse tempête dans la mer de Corse, où elle pensa périr, on crut devoir à Rome se concilier cette nouvelle divinité en lui consacrant un temple. C’est ce qu’Ovidc nous apprend dans ces deux vers 3 :
Te quoque, Tempestas, meritam deltibra fatemur,
Cum pono ost Corsis obruta ctassis aquis.
Il est vrai que ses commentateurs rapportent à une autre occasion la consécration du temple de la Tempête ,