‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 191 sur 222 · I. i Satura ., Ilb. 1, cap. vi · texte numérisé non relu

I. i Satura ., Ilb. 1, cap. vi

DE L'HISTOIRE ROMAINE. 2R:i

ciennemenl les sénateurs romains avaient coutume, pour former de bonne heure leurs fils aux affaires, de les mener dès leur jeunesse au sénat, et ils y assistaient aux délibérations les plus importantes. Un jour qu’on y avait agité uniaffaire des plus épineuses et sur laquelle on n’avait pas pu prendre derésolulion avant que de se séparer, le sénat recommanda fort le secret sur cette affaire, et défendit qu’on n’en divulguât rien avant que le décret en eût été passé. Le jeune Papirius, qui avait accompagné son père au sénat, étant de retour chez lui, eut à essuyer les plus fortes instances de la part de sa mère, qui fit tout ce qu’elle put pour tirer de lui ce qui s’était passé dans le sénat. Plus celui-ci s’en défendait, sur ce que le silence lui avait été ordonné, plus il piquait la curiosité de sa mère. Elle le pressa tant que ce jeune enfant, pour se délivrer de son importunité, inventa le mensonge suivant. Il lui dit que le sénat avait délibéré s’il serait plus de l’intérét de l’État de permettre aux hommes d’avoir deux femmes, ou aux femmes d’avoir deux maris. Également surprise et émue de ce qu’elle venait d’entendre, elle sort aussitôt et court communiquera ses amies cette importante nouvelle. Le lendemain, une troupe de femmes s’assemble devant le sénat, et, arrêtant les sénateurs qui s’y rendaient, elles les conjurent avec larmes d’accorder plutôt deux maris à une femme que de permettre qu’un homme eût deux femmes. Les sénateurs, surpris de l’impudence de ces femmes, ne savaient ce que signifiait cette demande, lorsque le jeune Papirius, s’étant avancé au milieu du sénat, raconta la chose comme elle s’était passée, l’importunité de sa mère et ce qu’il lui avait fait accroire pour s’en délivrer. Le sénat, après avoir loué la prudence et la discrétion de cet enfant, fit un décret, dont il l’excepta, par lequel il fut défendu aux pères d’amener à l’avenir leurs enfants dans le sénat.

Il semble qu'il suffit d'enlendre raconter ln chose pour être convaincu que ce n’est qu’un conte fait à plaisir, et qui ne mérite pas qu’on se donne la peine de le réfuter. Cependant, si on fait réflexion que c’esi de Caton le Censeur, auteur grave s’il en fut jamais, qu'Aulu-GcIIe l'a emprunté', on aura de la peine à se persuader qu’un homme de ce caractère l’ait débité sans avoir été bien assuré de la vérité. Le peu de vraisemblance qu’on y trouve n’empqclte pas que le nom de Caton n'en impose, et on a de la peine à rejeter ce qui est appuyé d’une autorité si respectable. C’est par cette raison que M. Bayle n’a osé traiter de fable ce qui se disait de ce Papirius Prætexlatus 1 2 . « La seule autorité « d’Aulu-Gelle, dit-il, ne m’empécherait pas de m’ima- « giner que c’est un conte fait à plaisir; mais je n’ose me « persuader cela , quand je considère que c’est une chose « que le grave Caton le Censeur a débitée dans une haran- « gue. » C’est pourquoi M. Bayle a tâché d’éluder ou d'affaiblir les raisons tirées du peu de vraisemblance de ce conte, et dont on se sert pour le réfuter.

Si l'autorité de Caton le Censeur doit nous empêcher de rejeter trop à la légère un fait auquel il avait daigné donner place danà un de ses ouvrages, elle ne doit pas nous empêcher de remonter jusqu'à la source de ce conte ; el lorsque nous verrons de quels auteurs il l’avait emprunté, nous trouverons que l'autorité d’un homme de poids comme lui ne suflit pas pour le mettre à l’abri de la critique. Dans un passage de Polybe, que je vais citer, nous allons voir et la réfutation de ce conte et le cas qu’on doit faire des historiens qui les premiers l’ont débité, et desquels Caton l'avait

1. tllsloria de Papirio Prælextato dirla scriplaque est a M. Calone in oraliooo qua usus est ad milite* contra Galbam. Au.-Gell., lib. I, xxill.

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