‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 26 sur 222 · I . Lit). XXXIV, rap. »iv · texte numérisé non relu

I . Lit). XXXIV, rap. »iv

DK L'HISTOIRE ROMAINE.

réduit à l'esclavage. Il est aisé de remarquer que l'amourpropre des Romains aurait trop souffert d'un pareil aveu et que les historiens ne pouvaient accommoder leurs récits ampoulés à des circonstances si flétrissantes. Ils ont mieux aimé adopter les narrations fabuleuses auxquelles l'ignorance et la vaine gloire avaient déjà donné cours.

Quel jugement porter après cela d'une histoire qui se trouve démentie sur des faits si importants, par des pièces dont personne ne peut contester l'authenticité! Il semble que ce grand nombre de siècles qui se sont écoulés depuis devaient la mettre à l'abri de la critique; mais on voit qu’elle n'est pas même à l’épreuve de l'examen le plus superficiel.

Nous avons vu que les Romains avaient employé leurs premiers soins, tant à la recherche de leurs lois, qu'à recueillir tous les traités qu’ils avaient faits avec leurs voisins. Il est à présumer qu'ils sauvèrent un assez bon nombre de res derniers, parce qu'ils étaient gardés dans le temple de Jupiter, au Capitole, qui demeura à l’abri de la fureur des Gaulois. Ceux qui, dans la suite, s’appliquèrent à écrire l'histoire, ce qui ne fut que vers le milieu du sixième siècle de Rome, auraient trouvé des secours considérables dans ces pièces originales, s'ils s'étaient donné la peine de les consulter. Elles auraient répandu de grandes lumières sur leurs ouvrages, en leur donnant un degré de certitude qui les eût mis à l'abri de toute contradiction. Par malheur, ce n’est pas dans des sources aussi pures qu'ils ont puisé, et nous leur voyons très -rarement alléguer de telles preuves de ce qu'ils avancent. Un traité que Polybe nous a conservé en entier, et qui est apparemment un des plus anciens de la république, puisqu'il fut conclu sous les premiers consuls, ne sert qu'à nous aider à découvrir diverses bévues dans Tite-Live, et une opposition manifeste entre ce nionu-

ment et tous les historiens, qui se trouvent contredits sur les faits les plus considérables.

Un autre traité, cité par Pline, nous apprend que Porsenna avait imposé aux Romains, dans ce traité, des conditions telles, qu’on pourrait en inférer qu'il les avait assujettis à sa domination , puisqu'on ne peut désarmer un peuple qu’on ne l’ait subjugué. Il y a grande apparence que cela est arrivé, et même que Porsenna n’a point levé le siège de Rome, mais qu’il se rendit maître de cette place, comme je me propose de le prouver plus au long dans la seconde partie de cette dissertation. Il faut absolument qu’on en vienne, ou à dire que ces traités sont supposés, ce qu’on ne peut faire sans de fortes raisons (et je ne vois pas qu’on en ait aucune pour douter de leur authenticité); ou que l’on convienne de lionne foi que tout ce qu’on nous débite dans l’histoire romaine n’est qu’incerlitude, et qu’on n’y peut compter sur rien, puisque, sur les faits les plus importants, elle se trouve démentie par des pièces originales qui en démontrent la fausseté.

On sera surpris, et avec raison, que les principaux historiens aient été comme étrangers dans leur propre histoire, et qu’ils n'aient pas eu la moindre connaissance de ces monuments, qu’ils étaient à portée de consulter et qui devaient servir de base à leurs histoires. Cependant Tile- Live et Dcnys d’Halicarnasse, comme on le voit par leurs histoires, ne les avaient point consultés. Il est vrai que l'on aura lieu d’étre moins surpris que ces traités aient été inconnus à des ailleurs du huitième siècle de Rome, si nous faisons réflexion sur ce que Polybe dit à ce sujet 1 : « Il y « a tant de différence entre l'ancienne langue latine et celle

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