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prêtres de conserver ces recueils, qui contenaient tes mystères de leur religion, qui leur en enseignaient les cérémonies, et qui prescrivaient les formules dont on devait se servir suivant fes différentes occasions. Maïs de quelle utilité pouvaient-ils être pour rétablir l'histoire? Leur -antiquité devait les rendre précieux, puisqu’on prétendait quelle égalait celle du règne de Numa, Ils étaient absolument nécessaire pour conserver les traditions et les cérémonies religieuses établies par ce prince, et auxquelles les Romains paraissaient d’autant plus attachés, qu'ils les regardaient comme le fondement de la religion de leurs ancêtres. Pour ce qui est de l’histoire, quel secoprs pouvait-elle en retirer? Supposons pour un moment que nous vinssions il perdre tous les monuments qui peuvent servir à l'histoire des siècles précédents, pourrait-on espérer de. la rétablir par le moyen des bréviaires, des missels et même des canons des conciles? Je crois qu’on peut dire la même chose des Livres des Pontifes, dont l’usage devait être à peu près le même. Ce que ces livres avaient d’important ne concernait donc que les rites et les cérémonies de la religion, et, par cet endroit-là, ils n'ont que peu ou point de liaison avec l'histoire.
Il est cependant très-naturel que les Romains, dans le rétablissement de leur ville, aient donné leur principale attention à recouvrer tout ce qu'ils purent de ces livres.
« Dès que les consuls dè cette année, dit Tile-Live 1 , furent « feutrés dans l'exercice de leur charge, la religion fut le « premier objet qu'ils proposèrent pour les délibérations du « sénat. » Mais si les Romains nous donnent, en cette occasion, une preuve bien claire de leur attachement à la reli-
1 . Hi . quum magislralom missent , nulla de rc prius quam de religionibns, senalnm constituera. Uli. IV, cap. i.
gion de leurs ancêtres, par le soin qu'ils prirent de recueillir ces livres, ils n'eurent pas l;i même précaution à s'assurer de leur authenticité qu'ils avaient eue à l’égard de leurs lois, (l'est ce qui, ajouté à quelques autres raisons, pourrait faire naître quelques soupçons sur l'authenticité de ces Livres des Pontifes.
On a vu, dans le chapjtre précédent, de quelle façon on exposa publiquement à la lecture du peuple les lois des XII Tables, afin que chaque particulier pût se convaincre par ses propres yeux que c'étaient les mêmes lois selon lesquelles il avait été jugé jusqu'alors. Les pontifes en agirent d’une manière bien différente avec les livres de religion 1 . « Ils supprimèrent tout ce qui concernait le culte « religieux, atin de tenir les esprits du peuple dans leur « dépendance. » Ce moyen leur fournissait beaucoup de facilité à supposer ce qui n'existait plus, et à accommoder la religion avec leurs intérêts, selon qu'ils le trouveraient à propos. Celte précaution de se réserver la faculté d'en faire accroire au peuple, toutes les fois que leurs intérêts l’exigeaient, me parait suffisante pour rendre très-suspects tous ces Livres des Pontifes. Le secret qu'ils gardèrent en cette rencontre, et la coutume générale des prêtres de ne négliger aucune occasion d'étendre leur autorité, et de la fonder sur l'ignorance du peuple, ne confirment que trop ces soupçons. Cet artifice a été en usage de tout temps, et à Rome plus qu ailleurs. Les principaux de l'État \ étaient en même temps revêtus des charges de prêtrise. L'histoire romaine fournit quantité d'exemples que les grands faisaient servir la religion à leur poli tique, et tâchaient de tenir dans la dépendance, par le pouvoir de la superstition, ce peuple naturellement
1. Qumaulem ad sacra pertinebant, a ponliGcibus maxime, ni religione obilriclos liabercnl luultituüinis aniuius, suppreasa. Ibid.
DK L’HISTOIRE ROMAINE.
féroce, el qui ne portait le joug qu'avec peine. Le moyen le plus sûr, pour parvenir à ces tins, était de tenir ce peuple dans l'ignorance et de se réserver les moyens de lui faire croire ce que l'on voudrait, selon les occurrences. .
On sera convaincu que je n'avance rien sans fondement, et même on se persuadera aisément que tous ces livres de religion n'étaient pas aussi anciens qu’on le prétendait, si on veut faire attention à un fait attesté par plusieurs auteurs célèbres 1 , et que Tile-Live raconte avec toutes ses circonstances. 11 dit entre autres qu'un particulier, ayant découvert dans son fonds de terre le tombeau de Numa, y avait trouvé dans un coffre à part les livres de ce roi. Il les communiqua d'abord à un magistrat de sa connaissance, qui, après les avoir lus, jugea qu'ils ne tendaient qu’à détruire la religion. Il en fit son rapportait sénat, et offrit d’aflirmer par serment la persuasion où il était à cet égard. Le sénat, sursoit rapport, fit brûler ces livres dans la place publique.
Si nous considérons à présent que, de l’aveu même des Romains, ils tenaient toutes leurs créances et toutes leurs cérémonies religieuses de ce roi, comment concilieronsnous l’opposition qui se trouvait entre ces livres et la religion des Romains quelques siècles après? Ne sera-t-on pas obligé de convenir qu'il fallait que leur religion eût extrêmement changé de face, pour se trouver dans une opposition entière avec celui qui l’avait établie? Ce qui, joint aux raisons alléguées ci-dessus, ne confirme que trop les doutes qu’on peut se former sur l'authenticité de ces Livres des Pontifes.
Les Romains, il est vrai, ont toujours témoigné beaucoup d'attachement à la religion de leurs ancêtres ; mais ce que
I . Liv., lib. XL, cap. xxix. — Plln., Mb. XIII , cap. xm. — Val. Max., lib. I, cap. i , n. 12. — Plutarcli., in Numa , p. 7 t . — Kesluj. V. Numa, — Lactanl., de Fais, Brliij., lib. I , cap. xxn.
je viens de dire des livres de Nunia n'esl pas la seule preuve qu'on puisse donner des grands changements que cette religion avait soufferts. Plutarque, dans la vie de Numa 1 , nous apprend (pie ce roi avait défendu de représenter la divinité sous quelque forme que ce fût, et (pie les Romains avaient été cent soi\anle-dix ans sans avoir aucune image ni statue dans leurs temples. Ce même roi avait encore défendu les sacrifices sanglants. On ne peut donc disconvenir que la religion nait souffert de grands changements à Rome , et que, dans le sixième siècle, elle ne fût entièrement différente de la doctrine que renfermaient les livres de Numa, qu’on trouva alors. On ne pouvait donc les conserver sans que le peuple ne découvrit les changements arrivés dans sa religion, et qu’il' ne remarquât que celle que les pontifes lui enseignaient était très-différente de celle qui avait été enseignée dans les temps précédents. C'est sans doute ce qui lit prendre le parti de brûler ces livres, de peur qu'ils ne découvrissent la supposition de ceux des pontifes.
•le me suis un peu étendu sur les Livres des Pontifes, non que je croie que, quand nous serions assurés qu'ils sont xérilables et dignes de foi, ils eussept pu répandre beaucoup de jour sur l'histoire romaine; mais parce qu'ils nous fournissent de nouvelles preuves de la disette générale d'anciens monuments où étaient les Romains, puisque leurs livres de religion même, dont ils nous vantent si fort l’antiquité, paraissent forgés après coup aussi bien que le reste. Il s'en faut bien que cette partie des Livres des Pontifes soit d’une aussi grande importance à mon sujet que ceux qui sont connus sous le nom d ’ Annales des Pontifes ' 1 ou de Grandes Annales. Ceux-ci devaient former une chronique complète ; et si cet ouvrage, dressé avec toute l'cxac-