‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 31 sur 222 · Virp., Æncid lib I, v · texte numérisé non relu

Virp., Æncid lib I, v

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Maximos appellarunt. — « Voici la manière dont se dres- « saicnt les Annales. Le grand pontife faisait faire tous « les ans une table blanchie, au liant de laquelle il mettait « les noms des consuls et des autres magistrats de l'année.

« Ensuite, il y marquait chaque jour tout ce qui arrivait de « remarquable, tant dans la ville qu'à l’armée, ou sur terre « ou sur nier. Les anciens ont fait une collection de cet ouït vrage en quatre-vingts livres, qu'ils ont intitulée Grandes « Annales , parce qu’elles avaient été rédigées parles grands « pontifes. » Ajoutons encore le témoignage de Yopiscus 1 et de Marrobe®, qui témoignent l'un et l’autre que les grands pontifes étaient chargés de recueillir l'histoire de leur temps.

Quelle ressource pour l’histoire , si un pareil ouvrage, commencé dès la fondation de Home, cilt échappé à la fureur des Gaulois ! Quels mémoires plus silrs aurait-on pu trouver pour en rétablir l’autorité? Ou plutôt l'histoire ne subsistait-elle pas en son entier? Je ne puis donc croire que Cicéron et Servius veuillent dire qu’un pareil ouvrage, commencé dès les premiers temps de Home, et continué jusqu'au pontificat de P. Mueius, existât de leur temps. Ils veulent simplement dire que cette coutume avait été observée, sans déterminer jusqu'à quelle époque remontait ce qu’on en avait de leur temps. Il n'y a rien, dans ces deux passages, qui puisse nous déterminer à fixer au juste à quel temps commençait cette ample collection, ou à quel temps elle se terminait. Il est vrai que du premier coup d’œil on serait porté à juger très-favorablement de l'histoire romaine, laquelle, si une pareille coutume eût été observée

t. In Tacito, cap. i.

2. Ponliflcibu» pcrm?*«a est poleslas memoriam rcrum ge&tarum in tabulas confcrendl , et hoa Annales appcllant equidetn Maximos, quasi a Pontilicibus Maxiuiis facto*. Sal ., lih. III , cap. n.

DE L HISTOIRE ROMAINE

dès les premiers siècles, n’aurait contenu que des faits attestés le plus authentiquement , et dont tout le peuple romain aurait, en quelque sorte, été garant. Mais quelques réflexions nous feront bientôt voir qu'il ne faut pas donner un sens si étendu aux paroles de Cicéron et de Servius-, et que les quatre-vingts livres d’ Annales dont parle ce dernier ne remontaient pas si haut qu’on pourrait se le ligurer sur leur nombre.

I. Il est sûr que la partie historique des Livres des Pontifes, ou leurs Annales, si tant est qu’elles aient existé, périrent dans la destruction de Rome par les Gaulois. Titc-Live est si exprès là-dessus, qu’il nous ôte tout sujet d'en douter. En ellet, cela parait visiblement, si l’on fait attention à ses termes, lorsqu'il se plaint de la peine qu'il a eue de débrouiller les ténèbres qui enveloppaient les temps précédents, tant à cause du peu de soin qu’on avait d’écrire l'histoire dans ces premiers temps, que parce que les mémoires, conservés dans les archives, qui étaient entre les mains des particuliers, ou qui faisaient partie des Livres des Pontifes, avaient été enveloppés dans la ruine de la ville. Et qnod etiam si quœ in commentariis Pontificum, aliisque publicis privatisque erant monumenlis, incensa tirbe , plerœque interiere. Il est clair que ce qu’il dit là ne peut regarder que la partie historique des Livres des Pontifes, comme la seule qui servait à son sujet. Il aurait eu tort de se plaindre que la perte de ces livres était cause de l'obscurité et de l’incertitude répandues sur l'histoire des siècles précédents, si l’on avait conservé des annales rédigées avec toute l'exactitude que Cicéron et Servius leur atribuent. Concluons de là que, n'y ayant rien dans leurs paroles d'on l'on puisse inférer qu'ils aient affirmé que les annales, qui existaient de leur temps, remontassent plus

haut que la prise de Home par les Gaulois, ils ne contredisent point ce que nous pouvons assurer sur l’autorité de Clodius, de Tite-Livc et de Plutarque : que la partie historique des Livres des Pontifes, c'est-à-dire les Grandes Annales, se perdit, avec quantité d'autres monuments, dans le sac de Home. Si quelque auteur ancien nous disait formellement le contra Ère, il contre-balancerait leur autorité, et nous ne saurions à quoi nous en tenir. Mais comme personne n’assure que les Grandes Annales', commencées dés la fondation de Home et continuées jusqu'à son temps, existassent en entier, nous ne devons donner aux passages de ces auteurs (jue le sens qu’ils renferment naturellement, et croire qu'ils ne contredisent point Tite-Live.

II. La manière, dont Cicéron et Servies nous apprennent que se dressaient ces Annales, les soins que l’on prenait de n'y insérer aucun fait dont la vérité n'eut été, pour ainsi dire, attestée par tout ce qu'il y avait de citoyens à Home, qui avaient droit d'en juger et de donner leurs avis sur ce qu'on en devait retrancher, ou sur ce qu'on devait y ajouter, nous donne une idée des plus avantageuses de cette espèce d’ouvrage, et nous le ferait regarder comme le corps d'histoire le plus complet et le plus authentique qu’on aurait pu désirer. L’on y transmettait à la postérité, la mémoire des événements, lorsqu’ils étaient encore récents, et que chacun pouvait se souvenir descirconstances qui lesavaient accompagnés. On les mettait par là à l’abri de toute contestation, et la vérité en était établie d’une manière indisputable. Une se peut-il de plus beau, de plus exact cl de plus sûr, en fait d’histoire?

Plus nous admirerions une pareille compilation , plus

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