Lib. Vit , cap. III
f.li INCERTITUDE DES PREMIERS SIÈCLES
d'usage de récriture, si dès lors on avait dressé des journaux aussi exacts de tout ce qui arrivait? Cet historien aurait-il dit qu'on ne se servait que de clous pour marquer les années, si l'on avait dressé des mémoires aussi sûrs et aussi complets que l’étaient ces journaux.
Mais enfin, quand on aurait prouvé qu’on avait pris ce soin dès les temps les plus anciens, il s’agirait encore de prouver que ce monument avait échappé à la fureur des Gaulois. A moins qu’on ne nous le puisse prouver, tout nous oblige d étendre les paroles de Tite-Live et de Clodius jusqu’il ce monument, et de croire qu’il périt avec le reste, puisque nous n’en retrouvons aucune trace dans les anciens écrivains. Ils ne les citent pas sur des temps postérieurs à la prise de Rome, et même ils continuent à nous peindre les Romains comme des gens si ignorants et si grossiers, à la fin du quatrième et au commencement du cinquième siècle, qu’ils ne se servaient que de clous pour marquer le nombre des années.
Enfin, si les historiens avaient puisé dans cette source, ne se seraient-ils pas fait honneur de donner des garants des faits qu'ils rapportaient, aussi sûrs que l’étaient ces Actes? Et quand même on nous citerait quelque vaste recueil de ces Actes, ce qu’on ne peut faire, on n’en pourrait pas conclure qu’ils remontassent fort haut. Le sixième et le septième siècles de Rome sont si fertiles en grands événements, que, vu la manière dont on prétend que se dressaient ces Actes, et dont on peut s’instruire dans les fragments que j’ai cités, ils devaient bientôt fournir matière à d’immenses volumes. 11 est bien facile à présent de juger si l’on a pu avoir de pareils Actes antérieurs au sixième siècle de Rome; et que, si on le suppose, on l’avance sans aucune preuve solide, et que même la chose est destituée de toute vraisemblance.
DE L'HISTOIRE ROMAINE.'