‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 84 sur 222 · Voséius, de Uni. latin., lib. I, cap. ni · texte numérisé non relu

Voséius, de Uni. latin., lib. I, cap. ni

DK L HISTOIRE ROMAINE.

jusqu'à la lin du sixième siècle ; et, par là, nous met à même de porter un jugement sùr des premiers historiens. Voici ce qu’il en dit 1 .

« Jérome de Cardie est le premier, que je sache, qui ait « touché légèrement à l’histoire des Romains, dans son « Histoire des successeurs d' Alexandre. Ensuite, Timée u en a parlé aussi dansson Histoire universelle et dans l’his- « toire particulière qu’il a écrite des guerres de Pyrrhus. « Ajoutez à ceux-là Antigone, Polybe, Silène, et je ne sais u combien d’autres, qui ont traité les mêmes sujets, mais de « différentes manières. Or, chacun de ces historiens n’a dit « que fort peu de chose des Romains, et encore ce peu est-il « dit sans aucune exactitude, et n’est fondé que sur des « bruits populaires. Or, les histoires que les Romains ont « écrites en grec sur ces premiers temps ne différent en rien « de celles-ci. Leurs plus anciens historiens sont Quintus « Fabius et Lucius Cincius, qui tous deux ont vécu du temps « des guerres Puniques. Ces deux auteurs ont parlé avec « assez d’exactitude de ce qu’ils ont vu, et dont ils ont pu « s’instruire par eux-mêmes; mais ils n’ont que légèrement « parcouru ce qui était arrivé depuis la fondation de Rome « jusqu'à leur temps. »

1. IIpcÔTbu uiv, coi xxjxà itôcvxi, ttjv Pouaûcf.v ip^iic/cjix/ tatopap.svrGC t&3b>vôu.cu roO Kap&avoü au^paoîti); £v ty, Ttpi twv trc t^ovuv 1 zp 7 .jy. 1 uhx • etteitx TiuatGu tou ItxcXuarGU rà jxtv àp^xla tùv cutcciwv tv txîç xGivaï; i<rrc~ pîat; àcpr.’Yxaau.SM&u, roùç Si rcpàî Hùppov tqv É^eipwrr.v •xgâejjlcuç ei; ùîtx*/ xxra- ^wptoavToç ?;pa*yaxTitav • aux toûtgi; Àvrt^bvco n x ai HcXuCtGu xai StÀr.vcù

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Ce passage de Denys d’Halicarnassc nous apprend : 1° que les premiers qui touchèrent à quelques points de l'histoire romaine étaient des Grecs ; et que tout ce qu’ils en dirent était peu fidèle, n’étant fondé que sur des ouï-dire et sur des bruits populaires; 2“ on y voit encore que les premiers historiens romains ne réussirent pas mieux que les Grecs pour ce qui regardait les premiers temps de Rome, et que leurs histoires étaient, en ce point, entièrement semblables : '0|w£*ç 8k tsutoi; xai tùSïv «açépsuç IçtMv.T) îîtspîa;. Par conséquent, elles étaient de môme écrites sans exactitude, et n’étaient fondées que sur des bruits populaires, comme celles de Silène et d’Antigone : Oùck odnà. &£?ic% 09 a?;iivü>{ , àXX’ èy. -Ciy èww/évrwv Msuaputru y ; 3° outre le peu d’exactitude qui régnait dans cette partie de leurs ouvrages, et le fond qu’on pouvait faire sur ce qu’ils disaient des siècles antérieurs au leur, étant obligés de suivre une tradition orale qui ne peut qu’être accompagnée de beaucoup d’incertitude, ils n'avaient fait que parcourir sommairement les principaux événements : Ta ci àpyüa tà jaet* tJjv xtîoiv rr ( ; ^iXew; fevîp.s.va xeçaXatwîwî =-Éïpajj.£v. Que pouvaient-ils, en effet, dire de bien assuré sur des temps sur lesquels ils n'avaient aucun mémoire, aucun auteur contemporain'qu’ils pussent prendre pour guides?

C’est ce que Denys d’Halicaruasse dit encore d’une manière bien claire ailleurs 1 : « Il n'y a pas un seul ancien « historien ou autre auteur romain, et tout ce qu’ils disent, « ils l’empruntent de ce qu’on en conserve dans les livres « sacrés. » J’ai déjà parlé de ces livres sacrés en traitant des Livres des Pontifes, et j’ai remarqué que ce n’étaitqu’un recueil de fables qui se contredisaient les unes les autres,

1 . HaXiiô; p.iv cjv cjti «uyygf açiù; C'JTI / r. ac-c ; tari bwgiflûwy cùct i

«{. È* leaXeuiov piiTCt h itfaït fO.TCiç auÇijMvuv Lcaord; ti

&vrypa<|>ii. Dionvs. Halicarn., lib. I, p. SD.

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DE L’HISTOIHE DOMAINE. H 3

comme on le peut voir pnr ce que cet auteur lui-même en rapporte. Ainsi, leur nom ne doit pas nous en imposer.

Quels secours Fabius Pictor a-t-il donc eus pour la composition de son Histoire? Sur quels mémoires, sur quels monuments a-t-il pu vérifier les faits qu’il rapportait? Personne ne peut mieux nous l’apprendre que Denys d’Halicarnasse. Nous ne pouvons suivre de guide plus sûr et mieux instruit sur celte matière, et l’on ne risque rien en s’en rapportant à ce qu'il en dit. Il avait intérêt à faire valoir l’autorité de Fabius, puisqu'il le suit très-souvent et se contente de le donner pour garant des faits qu’il rapporte.

Or, il nous dit lui-même qu’une partie de son Histoire n’était fondée que sur des bruits populaires; que, pour le reste, il rapportait ce qu’il avait pu voir et connaître par lui-même.' Voici ses propres ternies : « Cet auteur, le plus « ancien historien romain, assure ce qu'il rapporte, non- « seulement sur ce qu'il a ouï diro aux autres, mais aussi « sur ce qu'il a pu savoir par lui-même »

Il faut donc distinguer deux parties dans le travail de Fabius. La première contient Y Histoire des cinq premiers siècles de Rome. C elait sur les événements de ces temps éloignés qu’il avait surtout eu besoin de secours pour lui donner quelque certitude. Mais on voit que ce qu’il eu disait n'était appuyé quq sur ce qu’il en avait ouï dire : ’Kç wv f,«u3î. Qu’on juge par là du fond qu’on pouvait faire sur cette partie de son Histoire.

Quand on supposerait qu’il eût consulté les plus âgés, les mieux instruits et ceux qui avaient le plus d’expérience dans les affaires entre ses compatriotes, leur témoignage

1, îlav.at^Taîc; i'.r.j Ttuv Pttjxatxà auvTaçxuivwv, xai ~îoriv cûjc ïc, wv r./.cjo: U.OVCV, à>Jà x*i tç wv oùrbç fvv*o ttvm/ojjlivgî. Dinn. Ilnllrnrn., lit). Vit, p. 475.

pourrait-il être suffisant pour donner quelque certitude à des fails dont plusieurs siècles qui s'étaient écoulés depuis leur dérobaient une pleine connaissance? Quel cas faire d’un historien qui n’appuie ce qir’il rapporte des événements antérieurs de trois, quatre et cinq siècles, que du témoignage de ses contemporains? Telle était 1 " Histoire de Fabius Pictor : et ce que Denys d'Halicarnassc en dit nous convainc clairement, qu’on ne pouvait faire aucun fond sur tout ce qu’il disait des premiers siècles de Rome.

Ajoutons à cela les fréquents exemples que nous avons du peu de vraisemblance de bien des faits qu'il rapporte, de son peu de soin à éviter les contradictions, de sa négligence dans la recherche de la vérité, et enfin de son inexactitude en fait de chronologie. Denys D'Halicarnnsses'en plaint quelquefôis, et entre autres à l’occasion de l'âge des Tarquins. « Je ne puis me dispenser, dit-il, de reprendre* Fabius de son inexactitude en fait de chronologie 1 » : Té p’ àOopisv sOtoü rapt tt ( v içÉTXîiv 'wv y p;v(ov ; et un peu plus lias : a Tant cet historien, ajoute-t-il, a été négligent, et s’est peu soucié de rechercher la vérité de ce qu’il rapporte. » Oôtw; à/d^sv èïrtv èv t*:; trrsptat; ai tîû tc «pi ri,-/ èçsTastv rf;; àXnjOiia; àta- Xatxaipsv.

En voilà suffisamment pour nous faire connaître le peu de créance que mérite l’ouvrage de Fabius sur les premiers temps de Rome. On voit que tout ce qq il en disait n’était fondé que sur des ouï-dire, sur des traditions populaires, où la vraisemblance n’était pas toujours observée, et que l’Iiislorien ne s’était pas même donné la peine d’examiner. Il avait emprunté une partie de ce qu'il disait des commencements de Rome, de quelques auteurs grecs, qui n'avaient jamais été à portée de s'instruire des affaires des Romains, et qui avaient commis de lourdes fautes, toutes les fois qu'ils I. Lil). IV, p. 134.

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en avaient voulu parler, ou n'en avait rien Rit que de fabuleux. Il y a du moins beaucoup d'apparence* qu'ayant suivi, sur un fait aussi important que l est la fondation de Rome, un auteur aussi peu connu que Dioclès le Péparéthien, il avait adopté bien d’autres fables qu'il avait trouvées dans les auteurs que Denys d’Ualicarnasse nomme, et qui assurément valent bien ce Dioclès.

Encore peut-on dire que Denys d’Halicarnasse est favorable à Fabius Pictor, dans le jugement qu’il en porte; car, en marquant peu d’estime pour ce que cet auteur a écrit sur les premiers siècles de Rome, il ne laisse pas de louer ce qu’il avait écrit sur le temps où il a vécu et où il a eti part aux affaires. Mais si nous nous en rapportons à cet égard à Polybe, on doit encore lui refuser cette louange. Personne n’était mieux en état d’en juger que cet habile historien, qui a vécu peu après ces teraps-là, et a mis toute son application à s’instruire avec exactitude de tous les événements de la seconde guerre Punique, à laquelle Fabius avait assisté, et dont il avait écrit YUistoire. C’était même cette seule partie de son Histoire sur laquelle on pût faire quelque fond, selon le jugement de Denys d’Halicarnasse, que j’ai rapporté ci-dessus. Cependant Polybe en juge d’une manière bien différente *.

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