Plutareh., in Romulo, p. 19, A
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ll(! INCERTITUDE DES PREMIERS SIÈCLES
« On demandera peut-être, dit-il, d'où vient que je fais ici mention de Fabius? Ce n'est pas que je juge sa narration assez vraisemblable pour devoir craindre qu’on n’y ajoute foi. Garce qu’il écrit est si absurde et a si peu d’apparence, que les lecteurs remarqueront bien, sans que je les en avertisse, le peu de fond qu’on peut faire sur cet homme dont la légèreté se découvre elle-même. Ce n'est que pour avertir ceux qui liront son livre de faire moins d’attention au titre du livre qu’à ce qu’il contient. Car il y a bien des gens qui, faisant plus d’attention à celui qui écrit qu’à ce qu’il raconte, croient devoir ajouter foi à tout ce qu’il dit, parce qu’il a été contemporain et qu’il était sénateur romain. Pour moi, comme je ne crois pas devoir lui- refuser toute créance, je ne veux pas non plus qu’on s’y fie tellement qu’on ne fasse aucun usage de son propre jugement; mais plutôt, que le lecteur, sur la nature des choses mêmes qu’il a rapportées, juge de ce qu’il en doit croire. «
Voilà le cas que Polybe faisait de la partie de Y Histoire de Fabius qui, selon Denys d’Halicarnasse, était la seule qui eût quelque solidité, puisqu'il y rapportait ce qui s'était passé sous ses yeux. Les jugements réunis de ces deux historiens nous mettent en état de prononcer sur ce corps d'Bisloite, et de dire que c’était un très-mauvais ouvrage. Leur jugement est décisif sur cette matière. Denys d’IIalicarnasse ayant entrepris V Histoire des cinq premiers siècles de Rome, doit être considéré comme juge compétent de ceux qui l’ont précédé dans la même carrière. Or il prononce, comme nous avons vu, d’une manière peu favorable à cette partie de l'ouvrage de Fabius. La seconde partie roulait sur les événements d’une partie du sixième siècle. C’est sur celle partie que prononce Polybe, qui avait passé plu sieurs années à Rome, uniquement occupé de la compilation de son Histoire ; ne songeant qu'à s’instruire à fond de tout
DE L'HISTOIRE ROMAINE
ce qui pouvait y donner une entière certitude. Son Histoire roule en grande partie sur les mêmes évènements que celle de Fabius : ainsi, il était très en état d'en bien juger aussi.
Il n’y a dans le fond que la première partie de cette Histoire, c’est-à-dire celle qui regarde les temps antérieurs à Fabius , qui appartienne à mon sujet. Mais j’ai cru qu'il était bon qu'on connût bien le caractère du premier historien que Rome a produit; parce que ceux qui sont venus après lui n'ont fait que le copier, sans autre examen.
Puisqu’ils se sont presque tous attachés à le suivre dans ce qu'ils ont rapporté des premiers temps de Rome, c'est sur son mérite qu'il faut régler l’estime qu'on doit faire de leurs ouvrages. Or, si Fabius Pictor et L. Cincius, les deux premiers historiens romains, n’ont puisé ce qu’ils ont dit de la fondation de Rome et de ces premiers temps que dans les traditions contenues dans les livres sacrés, comme nous le dit Denysd’Halicarnasse, ou dans des auteurs grecs mal instruits et tous également décriés pour les mensonges et les fables dont leurs Histoires étaient remplies : quel cas pouvonsnous faire de ce qu’ils ont écrit; et quel jugement porteronsnous des historiens postérieurs, si uous voyons que c’est sur leur autorité seule qu’ils ont fondé tout ce qu’ils ont écrit sur les premiers temps de Rome? C’est ce que je tâcherai de prouver dans le chapitre suivant.