CHAPITRE XI
QUE C EST SUU L‘.Vi: TüB I T t t'K FADIlS PICTOR QUE TOI. S LES HISTORIENS SK SONT FONDÉS. DANS CE tfü'lLS RAPPORTENT DK S PREMIERS SIÈCLES DE ROME
Les Romains, depuis Fabius Pictor et L. Cincius, ne man • quèrcnl pas d'historiens. Les temps suivants en furent assez
INCERTITUDE DES PHKMIEItS SIÈCLES
fertiles; mais ce ne fut que fort lard qu’ils en eurent de lions. C’est ce qui a fait dire à Alticus que, de son temps, on n’avait pasencorc de bonne histoire 1 : Ignoratur enim nostrix hominibus historia. On ne s’était pas encore appliqué à débrouiller les difficultés dont l'histoire de ces premiers temps était embarrassée. Les faits fabuleux dont elle se trouvait chargée dégoûtaient Cicéron d’entreprendre ce travail. Il aurait peut-être été obligé de rapporter, connue les autres, que Numa avait eu des entretiens particuliers avec la déesse Égérie, et que cette prétendue déesse lui avait dicté ses lois.
Il n'aurait peut-être pas osé supprimer la circonstance merveilleuse qui accompagna l’arrivée de Tarquin l’Ancien à Rome ; qu’un aigle lui enleva son chapeau, et le lui remit ensuite, présage de sa future élévation. Il semblait que, jusqu'alors, on avait fait plus de cas, et qu'on se fût plus attaché à ces sortes de fables qu’à la vérité de l’histoire. On peut s’en convaincre en jetant les yeux sur quelques fragments des anciens historiens, rassemblés par Popma. On y trouve quelques morceaux de Fabius Piclor, de Caton, etc., qui ne roulent que sur des fables et sur des minuties indignes d’avoir place dans l’histoire. De pareils contes ne pouvaient être du gûût de Cicéron. Ce grand homme entendait trop bien les règles de l’histoire pour n’en pas bannir toutes les fictions; lui, qui en regardait la vérité comme l’unique fondement.
Si, d’un autre cûté, l'on ne se fût arrêté qu’à ce qu’il y avait de certain sur ces premiers siècles, quel corps d’histoire sec et décharné n'en aurait-on pas fait? C’est cette raison qui apparemment obligea Fabius Pictor, pour ne point laisser de si grands vides dans ses anuales, d’adopter les