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DE L'HISTOIRE ROMAINE
Je ne ser;ii passurpris, nonobstanlce que je viens de dire, que bien des gens aient de la peine à se persuader qu’un ouvrage en apparence aussi grave que V Histoire de Llenys d'Halicarnasse, et où l’on voit briller bien des recherches curieuses, n’ait dans le fond aucune solidité, et ne soit en quelque sorte qu'un jeu de l’imagination et de l’esprit de l’auteur, qui s’est cru maître de son sujet. Je ne crois cependant pas qu’il y ait rien. d’outré dans le jugement que j’en porte.
En effet, malgré cette exactitude et cette candeur apparentes dont cet auteur se pare, voyons-nous qu’il se munisse d’autres autorités que de celles des historiens qui l’avaient précédé? Il est vrai que cet air de sincérité et cette critique ‘exacte en apparence, qu’il affecte de faire régner dans son Histoire , donnent au toutiun air de vérité qui en impose lorsqu’on ne considère les choses que superficiellement. Comme il a eu soin de ne pas pécher contre la vraisemblance, et d’éviter les anachronismes et les contradictions où sont tombés ses prédécesseurs, on lui accorde aisément la préférence sur eux, sans entrer dans l’examen des preuves sur lesquelles il fonde ses relations.
Mais j’ai prouvé qu’il ne restait point de monuments suffisants pour écrire avec quelque certitude ('histoire des premiers temps de Rome; que les historiens, destitués de tout autre secours, avaient été obligés de recourir à des mémoires peu sûrs, d’après lesquels ils avaient donné des histoires trèsimparfaites, et où la vérité se trouvait souvent altérée ; que de ces historiens le premier n’avait écrit que vers le milieu du sixième siècle, et que les suivants n’avaient fait que le copier. Cependant, c'est avec ce seul secours, c’est sur ces histoires si imparfaites que Denys d’Halicarnasse nous apprend lui-mème qu’il a composé la sienne. Voilà donc un édifice appuyé sur des fondements qujil est bien facile d’ébranler.
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Mais quand cet historien nous donnerait des garants beaucoup plus sûrs de ce qu’il rapporte ; quand môme il noiïs citerait d’excellents mémoires, je ne sais si le but qu'il se proposait ne devrait pas nous rendre son Histoire plus suspecte que celles des autres !
Les Grecs, jaloux de la gloire des Romains, se faisaient un plaisir de ravaler leur origine, et d’en parler avec mépris. Ils étaient en droit, fondés sur des histoires écrites par des Romains mêmes, de les regarder comme une nation barbare, qui lirait son origine d’une troupe d’esclaves fugitifs, et dont le fondateur, duquel on ignorait l’origine, n’avait été qu’un chef de brigands et de voleurs. Denys d’Halicarnasse 1 fut indigné qu’on témoignât tant de mépris pour une nation qui s'ôtait élevée au plus haut degré de gloire, et qui avait soumis ù 'son empire la plus grande partie du monde alors connu. Il était bon orateur; il avait du génie, et il crut devoir employer sa plume et son esprit à détruire celte opinion. Il s’appliqua donc à relever l’origine des Romains et à en faire concevoir aux Grecs une idée plus avantageuse et fort différente de celle qu’ils en avaient eue jusqu’alors. Il a cependant senti le reproche qu'on pouvait lui faire d’avoir choisi des temps si peu connus, des commencements si vils et si obscurs pour exercer sa plume. Il l’a prévenu, en traitant de fausse l'opinion reçue, et en alfectant de ne paraître établir la vérité que sur de bonnes preuves, quoiqu’il soit obligé de convenir qu’il n’y avait aucun écrivain contemporain sur le témoignage duquel il put fonder la vérité de ce qu’il écrivait.
Son dessein était donc de donner un nouveau lustre à ces commencements de Rome; de chercher une origine commune aux Grecs et aux Romains; et, par là, de faire porter