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médecins qui, avant cette époque, avaient voyagé en Égypte , aient parlé si vaguement de lophthalmie qui y règne, au point qu’on ne peut pour ainsi dire rien déterminer avec certitude dans leurs écrits , relativement à la nature et au traitement de cette maladie. Enqjarlant des causes de cette affection , M. Bruant dit : « La plupart des malades attaqués d ophthalmie nous viennent des postes avancés et des camps ; tous ont été plus ou moins exposés à l’action réunie de la chaleur et d'une trop grande clarté, action qu’on peut regarder ici comme une des principales causes de cette maladie. A celles-ci viennent s’en joindre d’autres , non moins puissantes , parmi lesquelles on doit sur-tout ranger, d’après Prosper Alpin , cette poussière brûlante , nitreuse , que le vent soulève sans cesse dans l’atmosphère. Toutes ces causes agissent en établissant vers le globe de l’œil un centre d'irritation , et par conséquent de fluxion. Comme leur action n’éprouve guère d’interruption , la maladie qui en est le résultat règne dans tous les temps de l’année , et principalement pendant les trois mois qui précèdent le débordement du ÎNil , époque où les travaux de la campagne occupent davantage le peuple et l’exposent plus directement à l’influence des causes dont j’ai déjà parlé. Voilà pourquoi l’ophthalmie est maintenant assez rare parmi les liabitans du pays, tandis qu elle attaque un grand nombre de
nos militaires qui soutiennent des marches pénibles ou qui vivent dans des camps plus ou moins désavantageusement placés » (i).
La meme opinion est émise par Savaresi , aussi médecin de l’armée française, lorsqu’il dit : « Les animaux 11e sont pas plus exempts que les hommes des maladies des yeux ; la plupart des chiens sont aveugles ou borgnes , et beaucoup d’ânes , de chevaux , de bœufs et de chameaux ont les yeux tachés ou légèrement affectés (2). »
M. Bruant, après avoir établi l’influence générale des causes déjà alléguées, ajoute : « Le plus grand nombre des ophthalmies que nous avons à traiter , tient à des causes locales de ce genre : il en est pourtant qui en reconnaissent de plus générales , et , par exemple , nous en avons observé qui dépendaient bien évidemment d un amas de saburres bilieuses dans les premières voies. Cette espèce n’est pas toujours facile à reconnaître ; souvent les signes qui indiquent la gastricité sont très-obscurs et 11e se développent librement qu’après l’application du premier émétique ; ce qui la distingue néanmoins d’une manière assez sûre , c’est un mal de tête plus ou
(1) Histoire Médicale de l’armée d’Orient , 2.® partie , pag. 9 et 10.
(2) Histoire Médicale de l’armée d’Orient , 2.® partie , pag. 91 et 92.
moins vague , une soit plus ou moins prononcée, la teinte jaunâtre de la langue et de la partie enflammée. »
Ensuite, en parlant du traitement de cette variété , M. Bruant observe que dans l’ophthalmie dont il est ici question , la gastricité n’est quelquefois qu’un symptôme qui complique la maladie principale , et celle-ci suit son cours ordinaire après la destruction de la première.
» Enfin , dit-il , parmi les ophthalmies qui se sont présentées à nous , il en est une troisième espèce qui ne peut pas se ranger dans les deux premières classes : celle-ci attaque sur-tout les personnes délicates , celles qui sont affaiblies par de longues maladies, les convalescens , quelle tient souvent très-long-temps dans les hôpitaux ( i).»
Il règne ici quelque diversité d'opinion , relativement aux causes qui déterminent cette maladie en Egypte; mais pour en pouvoir mieux juger, consultons M. le baron Larrey , qui s’exprime ainsi dans le premier volume de ses mémoires de Chirurgie militaire et campagnes , pag. 208 : « La chaleur brûlante du jour , la réfraction des rayons du soleil par la blancheur des corps répandus sur le sol de l’Egypte , ce qui fatigue et irrite les parties sensibles de l’œil ; l’usage immodéré des liqueurs spiritueuses et des femmes ; la poussière
(1) Histoire Médicale de l’armée d’Orient, pag u.
entraînée par l'air , laquelle s’engage clans l’intérieur des paupières, et détermine sur le globe une plus ou moins grande irritation , sur-tout la suppression de la transpiration cutanée par le passage du chaud au froid; l’humidité et la fraîcheur des nuits pour les militaires qui bivouaquent, telles sont les principales causes de l’ophthalmie.
» Cette ophthalmie , dit-il, page 216, a épargné peu de personnes pendant les derniers mois de l’an 6 et les premiers de l’an 7 (1798); chez presque toutes, elle a été inflammatoire, et chez quelques-unes elle a eu des suites fâcheuses.
» Dans le cours de lan 8 (1800), peu de militaires en ont été affectés, et j’ai observé quelle était chez presque tous symptomatique et moins opiniâtre : aussi la guérison en a été prompte et facile.
3) Quelles sont les causes de ces différences? je crois les trouver dans les marches pénibles que nous avons faites pendant les années 6 et 7 , à travers les déserts sablonneux arides, privés d eau, et où les soldats passaient tout-à-coup des chaleurs brûlantes du jour à l’humidité froide de la nuit, dont ils ne pouvaient se garantir faute de capotes ou de couvertures. Cependant 1 expérience leur apprit bientôt que c’était le seul moyen de se préserver de cette cruelle maladie ; aussi , depuis cette époque , eurent-ils soin de porter avec eux tous les vètemens nécessaires.
» Le repos des troupes, la précaution quelles avaient prises depuis dans les marches et leur acclimatement, ont rendu les effets de cette maladie presqu.’insensibles pendant cette dernière année.
» Au commencement de l’an 9 (1800), l’armée se mit en marche pour repousser les Anglais, qui venaient d’effectuer leur descente sur Aboukir.
» Nos troupes se réunirent sur les limites de l’antique Alexandrie , et y établirent leur camp. Après la bataille du 00 ventôse an 1 1 (21 mars 1801), les chaleurs, les travaux pénibles des retranchemens et la fraîcheur des nuits , commencèrent à affecter les individus les plus faibles de l’armée, tels que les blessés ou ceux qui avaient déjà été atteints de la maladie des yeux. Le débordement du lac Madiéh , dont les eaux venaient en peu de temps baigner les ruines d'Alexandrie, augmenta considérablement les émanations aqueuses, et rendit les nuits encore plus fraîches. Bientôt le plus grand nombre des soldats campés sur les rives du nouveau lac Maréotis , furent frappés d’ophthalmic ; et dans l’espace de deux mois et demi , plus de trois mille hommes passèrent successivement dans les hôpitaux. »
11 paraît que la violence de cette ophthalmie durait bien plus long-temps encore, puisquil dit, vol. II , pag. 269 : « Dans le mois de messidor (juin i8oi), le passage des vents au nord-ouest et le débordement du lac Madiéh dont les eaux
baignaient nos camps , Tirent succéder aux blessures à peine guéries , une ophtlialmie assez rebelle , qui lit passer successivement dans les hôpitaux que nous venions d’évacuer, plus de trois mille individus, en sorte que les chirurgiens furent dans une continuelle activité. »
Tel est l’exposé historique des causes existant en Égypte , auxquelles on attribue généralement le développement de cette terrible maladie qui a fait tant de ravages dans l’armée française et dans l’armée anglaise, et qui, importée en Europe par la suite de cette guerre dans l'Orient, doit être considérée aujourdhui comme une maladie nouvelle qui vient grossir parmi nous le nombre des calamités et des afflictions auxquelles nous sommes déjà livrés.
Lorsque cette ophtlialmie a commencé à affecter nos troupes, on a entretenu des opinons differentes sur les causes qui pouvaient y donner lieu ; on a souvent signalé dans nos garnisons la nourriture du soh dat, l’eau dont il se sert habituellement comme boisson , ou comme usage , ou celle qui coule dans le voisinage de la caserne , la poussière que le vent emporte pendant les exercices , le sol trop élevé ou trop bas, la trop grande humidité des saisons, le tabac dont le soldat fait un usage habituel , sa tête trop dénuée par la coupe fréquente des cheveux , la fraîcheur de cette partie par des lotions souvent réitérées avec de l’eau froide , enfin la guérison trop prompte des maladies psoriques.
Mais si l’ophthalmie peut être déterminée par quelques-uns de ces agens , qui ne voit pas qu’elle devrait être plus générale encore quelle n’a été, ou quelle n’est actuellement ? La nourriture de la troupe est saine, et son régime ne présente rien qui puisse devenir une cause de maladie. Le traitement de la gale se faisant d’une manière uniforme pour tous les militaires du royaume, il semblerait naturel de conclure que tous , ou du moins qu’un très-grand nombre de ceux qui ont subi ce traitement , devraient avoir l’ophthalmie ; mais des observations journalières démontrent le contraire.
Cette maladie affecte indistinctement celui qui â été guéri comme celui qui n’en a jamais été affecté. J’ai aussi remarqué souvent que l’ophthalmie chez les hommes qui se trouvaient dans les salles des galeux pour se guérir de cette éruption par le soufre , n’augmentait pas par ce traitement , et que l’air de ces lieux fortement chagré de gaz sulfureux, ne les faisait pas souffrir d’avantage ; et si l’eau, l’air, la nature du sol, la différence des saisons , l’usage du tabac , la fraîcheur de la tête , la poussière qui vole , pouvaient produire l’ophthalmie , pourquoi les habitans des villes et des campagnes , exposés aux impressions des mêmes élémens, semblent-ils en être exempts ; les paysans sur-tout , sur qui plus que sur tous les autres , ces causes peuvent influer ? et si parfois une ophthalmie se présente
chez eux, elle n'est pas contagieuse ; elle se borne à i individu qui en est atteint, et elle est rarement d',un caractère purulent , ou tellement grave que nous l'observons généralement dans le militaire.
Ce qui prouve que cette maladie est due à des causes particulières, c’est quelle ne règne chez nous encore que dans les troupes , qu’elle n’affecte pas meme tous les corps, et qu’il y a souvent certaines compagnies d’un bataillon qui en restent exemptes. Les plus grands rapports existent entre cette ophthalmie et celle qui a affecté les (encibles d’Argyleshire , ainsi que les troupes anglaises à leur retour d’Égypte , dont Edmondston donne la relation suivante (i).
« Le a.e régiment des fencibles d’Argyleshire, dit-il , fut embarqué dans un état bien portant , le 29 janvier 1802 , à Gibraltar, à bord du Delft , vaisseau de guerre de 68 canons. Ce vaisseau avait été employé à l’expédition d'Egypte , sous sir Ralph Abercromby , et fut considéré comme insalubre ; il avait ramené à Gibraltar une partie des gardes , qui , à leur arrivée , furent mis à bord d’autres vaisseaux à cause de l’infection que l’on supposait exister dans le Delft. Les maladies dominantes étaient fièvres et ophthalmics.
(1) Treatise on the varieties and conséquences of opbthulmia. Edinburgli, 1806, pag. x3 et suiv.
» Pendant deux mois que le vaisseau était à Gibraltar, il fut récuré et fumigé plusieurs fois, et Ion employa tous les moyens qui pouvaient le rendre en état de recevoir des troupes à bord, de sorte qu’à rembarquement du régiment d Argyleshire , à l'exception d’un officier malade et qui avait perdu la vue en Egypte , par l'ophthalmie , tous les autres officiers et soldats étaient dans un parfait état de santé. Les lits fournis pour le régiment étaient neufs , mais les hamacs dans lesquels les hommes se couchaient, excepté ceux qui étaient destinés à l’usage des malades, avaient tous été occupés par les gardes.
» Le vaisseau mit en mer deux jours après l’embarcation du régiment, et après un passage agréable de vingt-un jours, il arriva à Spithead , le 2.1 février; il fut mis en quarantaine, mais le régiment ne débarqua que le a8 , quand il marcha aux casernes de Hilsea.
» Dix jours avant le débarquement du régiment , il se présenta une oplithalmie ; une autre se manifesta sept jours avant ; les malades ne purent assigner aucune cause de cette maladie ; l'invasion était subite et les progrès de l’inflammation très-rapides : il s’était présenté aussi quelques légers cas de fièvre.
» Les hommes étaient très-resserrés , et à défaut d’attenlion de bien fermer les ouvertures où passent les canons , l’eau entrait souvent dans l’entre-
pont qu'ils occupaient , et qui , nonobstant tout ce qu’on put faire, était presque toujours mouillé. Il est nécessaire de dire ici que dans les deux compagnies qui étaient au centre du vaisseau où l’eau avait un libre accès, la maladie qui s’est développée ensuite , y a été plus rapide dans ses progrès et plus forte chez chaque individu, qu’elle n était dans une autre compagnie du régiment ; tandis que chez les autres qui se trouvaient dans un local opposé , il ne s’est manifesté rien de particulier.
» Le régiment est resté dix jours à Hilsea, et pendant cette période , vingt-un nouveaux cas d'ophthalmie se sont manifestés : les symptômes étaient les mêmes que ceux qui se sont présentés dans les ophthalmies qui se trouvaient à bord. Dans ce temps nous reçûmes l’ordre de nous rendre à Colchester, distance d’environ cent vingt milles, ce qu’on franchit en onze jours. Le régiment marchait en trois divisions; j étais attaché à la première, et l’aide-chirurgien Westbury à la dernière. Nous nous partagions les malades. Il se présenta pendant la route, dans la dernière division, quatre autres cas d’ophlhalmies. M. Westbury, sur l’exactitude duquel je pouvais me lier, dit que les symptômes étaient comparativement très-légers, et que les ophthalmiques qu’il avait amené d Hilsea, étaient parfaitement rétablis , ce qui coïncidait avec ce qui s’était présenté dans ma division.
» Trois jours après notre arrivée à Colchester, la maladie reparut avec beaucoup plus de violence; des personnes, dans la plus parfaite santé, étaient subitement attaquées du sentiment de la présence d’un corps étranger dans l’œil , accompagné d’une démangeaison désagréable ; peu d’heures après , les yeux et les paupières étaient injectés de sang, il se manifestait un écoulement de sérosité , et quelquefois un écoulement de pus ; dans plusieurs cas il y avait une diathèse fébrile. Dans ceux où la maladie n’avait pas été convenablement traitée dès son origine, ou bien dans ceux où elle avait été négligée de la part du malade , l'inflammation aiguë diminuait constamment par elle seule , vers le troisième jour à dater du commencement de la maladie.
» La simple inspection de l’œil d’une personne qui était affectée de la maladie , semblait suffire pour la produire dans une autre. Il y avait plusieurs exemples curieux, et non équivoques , de cette affection sympathique; un entr’aulres mérite d'être rapporté : deux sergens venaient le même jour à l’hôpital, se plaignant du mal d’yeux; l’un d’eux avait été affecté trois heures avant qu'il fût fait quelque remède, et une heure avant de s’être présenté à l’hôpital, il avait prié son ami de regarder dans son œil ; l'autre avouait et même déclarait, que pendant qu’il regardait l'œil de son camarade , il sentit une douleur dans le sien , et
quoiqu une seule heure se lût passée depuis le moment qu il avait éprouvé la première sensation incommode , la conjonctive était déjà engorgée de sang et l'écoulement séreux avait lieu.
» Des hommes en parfaite santé , couchant dans le même lit , ou seulement dans la même chambre avec ceux qui étaient sous l'influence de la maladie , furent généralement affectés de la même manière, le lendemain matin. Dans quelques cas , le malade se plaignait de mal de tête et d’un trouble général dans le système.
» A Colchester , il y avait un excellent hôpital, pourvu de tous les objets nécessaires. Pendant notre séjour dans cette ville, il se présenta 75 ophthalmies ; quand la maladie commençait à diminuer , on reçut un nouvel ordre de marche pour se rendre à Norman-Cross, à environ 70 milles de distance ; les dispositions relativement à la marche furent presque les mêmes , et quoique plusieurs soldats eussent leurs yeux dans un état très-irritable , on n’en laissa aucun en arrière ; on les pourvut tous de visières vertes , attachées à leurs bonnets, ce qui mettait les yeux parfaitement à l’abri des rayons du soleil , et en outre on délivrait à chaque homme une portion d’acétite de plomb, en lui expliquant la manière dont il devait l'employer.
» Le premier et le deuxième jours de marche, tous les ophthalmiques se plaignaient que leurs yeux
s'empiraient ; mais le troisième et les jours suivans , tous , sans exception , commencèrent à mieux aller ; douze autres cas se manifestèrent en route , mais ils étaient si légers , que plusieurs malades se rétablirent sans laide d’aucun remède.
» Pendant long-temps , aucun des officiers , excepté moi, ne fut affecté de l’ophthalmie ; car j’avais soin de leur imprimer fortement dans l’idée que la maladie était contagieuse, et en conséquence ils se précautionnaient autant que possible contre toute communication. Mais après larrivée du régiment à Norman-Cross et pendant la marche en Ecosse , quand iis devenaient moins attentifs à user des moyens préservatifs, ils en souffraient comme tous les autres. Les circonstances qui ont accompagné l’invasion de la maladie chez moi , sont assez curieuses. Les gens de l’art , par leur communication habituelle avec les diverses maladies , semblent acquérir une espèce d inaptitude d’être affectés par aucune ; mais s’ils interrompent leurs travaux médicaux pour un temps , ils deviennent comme les autres susceptibles d’en être atteints. Il arriva que je fus absent du régiment pendant quelques jours, quand la maladie fut à son plus haut degré; à mon retour, je fus empressé de voir les cliangemens que les divers cas avaient subis, et j’étais peut-être un peu trop minutieux dans mes examens. Ce même jour, je sentis une sensation comme si un corps- étranger s’était in-
troduit dans l'œil ; la tunique conjonctive était enllammée , ce qui lut accompagné d’un écoulement séreux ; tandis qu au contraire, l’aide-chirurgien qui était toujours resté avec le régiment, fut constamment préservé».
Cette maladie a continué à régner avec plus ou moins de violence dans ce régiment , jusqu’à ce qu'il ait été licencié, après la signature de la paix avec la France. '
« Plusieurs centaines, d individus , dit Ëdmondston, y ont été affectés ,d<f cette ophüialmie , qui , .dans un grand nombre de cas, avait la même virulence et la même malignité qui la caractérisaient dans les régimens d’Egypte ». Ce qui >mo paraît très-bien prouvé par les détails qu’il donne sur ce qui s’est passé à, l égard de cette ophthalinie dans les régimens mêmes qui avaient fait la guerre d’Égypte. / •
Il rapporte d’abord deux lettres; l’une lui est adressée par al. Iiobinson , aide-chirurgien près du régiment des fencibles de Banfïshire , en garnison à Gibraltar ; il lui annonce que son régiment soulfre beaucoup de l’oplithalmie , qu’il croit lui avoir été communiquée par le 8.c régiment , qui avait amené beaucoup de ces malades d'Égypte à Gibraltar.
L'autre lettre, écrite au meme, par M. Yves, chirurgien du régiment des fencibles de Cambrian, datée de Bristol 1802, dit ; « Qu’il était arrivé en
Angleterre à bord du Loyal-Brilon ; que ce vais» seau avait été long-temps en station au nouveau Mole ; qu il n'avait fp&s servi de transport aux troupes d'Égypte , mais qu’il avait à bord quelques aveugles par l’ophthalmie , quelques dyssenteries chroniques et blessés convalescens ».
L’ophthalmie qu'il nomme Gibraltariensis , ne s’était pas manifestée pendant le passage ; mais depuis son arrivée, plusieurs cas d’ophthalmie s’étaient présentés avec les mêmes symptômes que ceux qui avaient été observés à Gibraltar, d’où il conclut qu’il y a lieu à soupçonner l’existence d'un principe contagieux.
Tels furent les renseignemens qu’eut M. Edmondston , sur la nature contagieuse de celte ophthalmie , lorsque, quatre mois après, il eut occasion de retourner à Gibraltar, pour y voir la maladie primitive sous ses diverses formes, et qu’il s’y convainquit de la vérité de sa première opinion.
« Les régimens, dit-il, qui composaient alors la ■garnison de Gibraltar, et qui avaient remplacé les Argyleshire et autres , avaient tous été en Égypte et avaient plus ou moins souffert de l’ophthalmie. Ils avaient amené avec eux leurs malades, qui avaient ces maux d’yeux. Pendant quelque temps , la maladie semblait aller vers son déclin , mais après un court intervalle, elle se développait de nouveau avec une nouvelle force ; plusieurs qui y avaient échappé en Égypte, en furent af-
fectés maintenant ; et tous les soldats qui avaient été enrôlés dans les régimens d'Egypte , en souffraient à un violent degré.
» Les deux bataillons du 5.° régiment , qui n'avaient pas été en Egypte et qui étaient restés à Gibraltar , semblaient être aussi généralement affectés de l’ophthalmie que les régimens d’Egypte eux-mêmes ; il y en avait plusieurs parmi eux qui avaient perdu la vue , et aussi complètement que s’ils avaient été exposés aux sables désolans de la Lybie.
» Gette ophthalmie n’y était, pas limitée aux militaires seuls, un grand nombre des habitans en étaient aussi affligés , et j'ai eu l’occasion d'en voir plusieurs ; les gens de l’art de Gibraltar déclaraient qu ils étaient maintenant consultés très-souvent pour l’inflammation des yeux , qu ils n’hésitaient pas à attribuer à la contagion communiquée par l’armée. Les chirurgiens militaires qui se trouvaient là, étaient aussi de la même opinion ».
Il dit , dans un autre passage : « Au retour de quelques régimens d’Egypte à Malte, la classe inférieure fut la première victime de la contagion ophthalmique ; elle s’étendit par degrés et devint générale dans toute lîle. Plusieurs soldats, à leur arrivée d Egypte en Angleterre , étaient affectés d’ophthalmie. Quelques-uns accompagnaient ces régimens dans leur marche par différens lieux du pays , d’autres furent licenciés à la paix et re-
tournèrent chez eux. Il en résultait une communication naturelle et fréquente entre ces ophthalmiques et les personnes en parfaite santé. La pror prété, ordinairement peu usitée dans la basse classe de la société, lut totalement négligée, et on regardait la maladie comme locale et non contagieuse : c es.t à ces circonstances qu’on doit attribuer que l’ophthalmie s’est manifestée en même temps dans des endroits de la Grande-Bretagne., lés plus éloignés les uns des autres, et que la modification particulière de cette maladie, appelée ophtlialmie d’Egypte , est maintenant si généralement connue de tous les hommes de Iart » (i).
Ce récit , sur la manière dont l’ophthalmie d'Égypte, importée en Europe par les armées belligérantes, a affecté les troupes anglaises, ne peut laisser aucun doute sur sa nature contagieuse ; cette contagion s est tellement multipliée depuis, que sir William Adams , chirurgien oculiste de Son Altesse le Prince Régent, dit, dans une lettre qu i! adresse aux directeurs de l'hôpital de Greenwich , et publiée en 1817, que, d’après des ininformations authentiques qu’il avait reçues, le nombre d’aveugles provenant de l’armée, tant de celh.qui est en Angleterre que de celle détachée pour l’armée d’occupation en France, se montait alors à quatre mille cinq cents individus, pour la pension
(1) Page 47 du livre cite.
desquels le trésor public payait annuellement renorme somme de quatre-vingt-douze mille six cents livres sterling (i).
Il rapporte que les troupes anglaises en France, ayant établi un hôpital pour les ophthalmies à Cambrai , il y a eu toujours de cent cinquante à deux cent cinquante individus avec cette in- Hammation contagieuse des yeux; et qu’il n’y a pas un soldat des gardes de Coldstream en quartier en celte ville , qui y a échappé (2).
(1) Pag. 71 et 72. Letter to llie right hohourable and honourable the directors of Greenwich hospital , cou taining au exposure of the curations resorted to b y the medical officers of the London eye-infirmary, for the pur pose of retardiug tbe adoption and execution of plans for the extermination ofEgyptiau oplithalinia from the army , and from the kingdom , submitted for t-he approval oi government by sir W illiam Adams, in - 8.° i5s pag. , London 1817.
(2) Même lettre , pag. 77.
Cette maladie, dit !\I. Adams, a fait aussi beaucoup de victimes parmi les eufauq. << Le chirurgien du militaryasyluin , a publié à ce sujet que dans l’espace de sept ans , il y a eu mille à douze cents enfans affectés de cette ophthalmie ; que dans ce nombre plusieurs ont perdu un œil , et même les deux yeux. — Dans les écoles de la paroisse de S. ‘-Jacques , deux cents de ces enfans ont fourni cent et septante ophthalmies. — Dans l’école de charité de Welsh , septante enfans ont souffert de celte maladie. — D-mx cents eu ont été affectés dans la maison de travail de S. ‘-Paneras. — Dans l’école du Christ, il y u eu pendant les deux ou trois dernières années un
Cette maladie n’a pas moins exercé ses ravages dans les troupes françaises ; outre le très-grand nombre de soldats de cette armée qui ont perdu la vue en Égypte, plusieurs Français qui y avaient échappé à cette affection, furent frappés presque tout-à-coup en rentrant en France, d’un aveuglement plus ou moins complet. M. Larrey croit devoir attribuer cette cécité à la paralysie de l’organe visuel, paralysie déterminée, selon lui, par le passage subit du climat très-chaud de l’Egypte à celui de la France, dans la saison la plus rigoureuse (x). Mais elle était due en réalité à la contagion ophthalmique qui a accompagné 1 armée fran-
caise dans son retour d’Egypte ; c’est par cette armée que l’ophthalmie contagieuse a été transportée ensuite dans les diverses parties de l’Allemagne,
si grand nombre d’ophthalmies , que l’année passée il y a eu jusqu’à trois à quatre cents garçons qui en ont etc affligés en même temps » (#).
(i) Vol. 1 , pag. 219.
Je dois taire remarquer ici que les causes assignées par M. le baron Larrey, de ce phénomène singulier, ne me paraissent pas suflisantes. Le passage de l’Égypte en France n’est pas si subit j on ne l’a fait généralement avec les vaisseaux de transport qu’en trois ou quatre semaines. D’ailleurs, il serait probablement impossible à M. Larrey de donner une bonne raison de la manière dont le changement du climat produit les effets qu’il lui attribue.
(*) Même lettre, pog. 80 et 81.
qui sont devenues successivement le théâtre de la guerre ; cest de là que date le grand nombre d’aveugles qu'on a eu dans les troupes prussiennes, bavaroises, saxonnes, etc; et si ensuite ces loyers de contagion se sont en partie dissipés , on doit l’attribuer aux guerres continuelles, aux marches et contre- marches du soldat, à son habitation presque assidue dans 1 air , et à la dissémination de ceux qui avaient l’ait les campagnes d’Égypte.
L'histoire de la médecine offre aussi plusieurs relations sur la nature contagieuse de quelques ophthalmies. Galien , en établissant les causes diverses qui modihent le type des lièvres, fait une observation qui prouve quil était d’opinion , que l’ophthalmie pouvait se propager par contagion ( i).
Lanzoni décrit , dans les Acta JSaturœ curiosorum (2) , une espèce d'ophlhalmie qu’il a observée à
(1) «Et quidem quod aëris pestilcns status febretn af- » feri’e cousuevit , nemo sanæ mentis dubitavit sicuti ut » pestilenti morbo laborantium conversatio periculosa , ne » inde contagium contrahatur quemadmodum ex scabie j> et lippitudine » (#).
(2) « Lippitudinem solo intuitur contrahi scripsit Bajoi » Codronchius, de morb. vcncf. , lib. 2, cap. 2 , quod » idem ego ( Lanzoni ) pJuriès observayietpræsertim anuo » 1722, dùm maligna quædam influentia ophthalmiaruia « bic Ferrariæ aborta fuit, ita ex uno tantum, qui lip- » pitudine laboraret, ejus tola familia brevi ophtbalmica
(*) De différent) is febrium, Lib. I, Cap. 9.
Ferrare, et qui me parait avoir été entretenue par un principe contagieux d'une malignité très-prononcée.
Dans le printemps de i8o3, il régnait en Belgique , et sur-tout en Flandre , une ophthalmie qui parut épidémique , et , affectait un si grand nombre d’habitans qu elle fut appelée maladie à la mode. Cette ophthalmie s'était manifestée d'abord à Paris, dans le mois de février, et elle y fit tant de progrès, qu'avant la fin de mars, quand 'elle disparut, les neuf-dixièmes des habitans en avaient été pris.
Elle affectait rarement tous les habitans d'une maison à-la-fois, mais elle passait de l'un à l’autre. Souvent elle était liée et alternait avec la grippe ou l’influenza , autre maladie qui l’avait précédée , et qui régnait encore.
L invasion avait ordinairement lieu vers le soir, précédée par un sentiment de lassitude dans les yeux et d'une démangeaison qui paraissait devoir être attribuée à la présence d'un corps étranger. Le lendemain matin ces organes étaient très-enilammés et les paupières gonflées. L’inflammation
» (acta fuerit, im6 non tantum familiales et cives, sed »> extraneos etiam ac liospiles affecerat, ut peregrinos per » solain noctein iu hospitio moralités sæpè invaserit et qui » sanus venerat , lippus doeesserit. Vol. I. Obs. 4** Auc- » tore D. D. Josephi Lanzoui. »
affectait d'abord un œil, et le lendemain à la môme heure presque toujours l’autre œil s’enflammait aussi , malgré toutes les précautions que l’on pouvait prendre.
Dans quelques cas , il y eut douleur de tète et fièvre; mais en général les symptômes inflammatoires déclinèrent et disparurent presque dans les vingt-quatre heures.
Les récidives étaient assez fréquentes, et , là où elles avaient lieu , les yeux restaient pendant longtemps faibles et dans un état très-irritable.
Cette maladie n’a duré à Gand et ses environs , que pendant cinq ou six semaines, et n'y a laissé aucune trace de son existence.
Plouquet a recueilli, dans sa Litteralura Medicà Digcsta , Tubingce , 180g, in- 4-°, toro. III , pag. aa5 ; un grand nombre d'auteurs qui rapportent des exemples d’ophthalmies contagieuses; mais ces affections ont dû tire considérées comme l’effet de la variation de lait* ou du temps, dune température particulière de la saison, ou d’une maladie régnante dont elles étaient souvent la suite ou la complication. Aucune n’avait le caractère qui distingue l’ophthalmie actuelle, toutes n’occupaient qu’une étendue très-limitée dans le pays, et disparaissaient au bout de quelques mois, avec le changement du temps, ou delà saison: tandis que celle-ci, quoiqu'encore généralement bornée aux militaires, règne déjà depuis très-long -temps dans plusieurs
parties de l'Europe, sans quori soit encore parvenu à la déraciner. Il me semble cependant qu il serait bien utile de ne pas retarder à lui opposer des moyens énergiques , de crainte quelle ne se répande dans toutes les classes de la société.
J’ai rapporté ici ces diverses observations sur la nature particulière et contagieuse de l’ophthalmie d’Egypte et sur la manière dont elle s’est répandue en Angleterre, afin de prouver, ou de mieux faire concevoir que l’ophthalmie qui règne dans nos troupes nationales appartient à la même cause , offre les mêmes phénomènes et les mêmes principes contagieux. Et , en effet , quelle autre cause pourrait l’avoir produite et l’avoir entretenue jusqu'à ce jour? Nous n’avons pas la chaleur brûlante d'Egypte, ni la blancheur resplendissante du sol, ni la poussière impalpable qui est enlevée par le vent ; le plus grand nombre de nos soldats ne fait pas d'abus dans les liqueurs spiritueuses ; ils sont tous également soumis au même régime , aux mêmes alimens , aux mêmes exercices ; ils ont tous à-peu-près les mêmes habitudes ; ils ne sont pas campés près des eaux stagnantes , ils sont convenablement logés dans leurs casernes et soigneusement vêtus; ils sont sans doute sous ces différentes conditions les soldats les plus heureux de l’Europe. Depuis la cessation de la guerre, il n'y a plus de fatigues à éprouver par. des marches forcées , et cependant cette ma-
iadie règne et se propage nonobstant tous les soins qu’on se donne pour maintenir la propreté et la santé des hommes. Remarquons ici que , quoiqu'elle ne règne que dans certains bataillons , elle les poursuit, dans toutes les places de garnison , soit dans le nord, soit dans le midi du royaume , soit que ces garnisons se trouvent dans des lieux élevés on bas, ou quelles que soient la saison de l'année ou la température de l’air; j'y ajouterai que nous ne l'avons pas vu cesser entièrement dans un bataillon où la contagion s'était une fois manifestée.
Si l ophthalmie était due à des causes générales , tous y seraient également exposés; elle réaffecterait pas tel ou tel bataillon , telle ou telle com pagnie de préférence à toute autre. Le froid , l’humidité , la chaleur et la lumière ont sans doute beaucoup d’influence sur la production de l inflammation oculaire , mais leurs effets cessent, quand ces agens mêmes sont éloignés ; d’ailleurs, il n'y a point de rapport ici entre les effets limités de ces causes, et la nature de la maladie qui se maintient et se développe à chaque instant avec une nouvelle force , là où l'influence de ces causes n’existe pas.
11 a fallu que cette maladie s'introduisît chez nous, que la contagion ophthalmique fût communiquée à nos soldats par quelques-uns de leurs compagnons d’armes qui en avaient été atteints ,
soit primilivemcnt en Égypte, soit secondairement en France ,en Angleterre, ou ailleurs, où ils se sont trouvés en contact avec ceux affectés de cette ophthalmie et desquels ils l’ont eux-mêmes contractée; et sans doute il y a un grand nombre de nos soldats qui ont servi dans ces armées et qui y ont été accablés de cette ophthalmie.
Les nombreux exemples de la propagation des fièvres pestilentielles et d’autres maladies contagieuses par l’émanation des miasmes provenant de cotons, laines , toiles et autres substances qui avaient été exposées à l’air infecté de ces maladies , le temps considérable que l’infection peut s'y conserver , la facilité avec laquelle doivent s’infecter les habits et autres effets du soldat malade dont il est entouré dans sa chambre; toutes ces raisons sembleraient militer en faveur de l’opinion que la propagation de cette ophthalmie de l'un à l’autre , dans les chambres où les hommes sont couchés , est due principalement à 1 infection de leurs literies , de leurs effets, et des parois mêmes de leur caserne.
Mais en examinant bien la nature de cette ophthalmie, en la suivant pas-à-pas dans son invasion , dans ses progrès , on se convaincra facilement , que si le défaut d’air et la malpropreté augmentent la somme de la contagion et en favorisent la propagation , si les literies et les habits du soldat peuvent s’en infecter, cependant
Fapparition de celte maladie dans nos bataillons n'est pas due à ces causes.
De ma connaissance , il ne s'était jamais présente d’ophthalmie spécifique ou contagieuse dans les casernes de Gand , avant qu’on format ici , en i8i4, le 7.' bataillon de ligne. Plusieurs anciens militaires qui constituaient le noyau de ce bataillon , avaient eu dans l'armée française l’inflammation contagieuse des yeux ; quelques-uns meme en étaient encore sensiblement affectés , ce qui eut pour résultat que l’ophthalmie se communiqua bientôt à un grand nombre de soldats, et que jusqu’aujourd’hui cette contagion a constamment accompagné le bataillon , tant dans l’armée que dans les diverses garnisons qu il a occupées depuis.
Le deuxième bataillon de milice , qui arriva ici en garnison, en 18 15, avait de bonne heure été affecté de cette maladie, et pendant son séjour à Groningue , il en avait considérablement souffert. 11 avait été pendant trois semaines en marche pour arriver ici. Pendant la route il n’y eut plus d’ophthalmie ; on eût dit que la maladie avait totalement cessé d exister; mais à peine fut-il caserné, qu’il fournit par continuation un grand nombre d’ophthalmies.
Ce bataillon occupait une même caserne avec le i.*r bataillon de milice, dans lequel il ne s’était jamais manifesté d’ophthalmie, et qui en est resté exempt, malgré le proche voisinage du 2.* bataillon , et la communication qu’eurent ensemble les soldats de l'un et de l’autre corps.
Le 36.* bataillon des chasseurs , fort de sept cents hommes, ainsi que le 36.* bataillon de milice, qui font partie de la garnison actuelle, sont arrivés tous les deux avec l’ophthalmie en 1817 ; le dernier, sur-tout, en avait été extrêmement affecté à Breda; la maladie s'y était bornée à ce seul bataillon, au milieu d’une garnison de trois mille hommes; le 38.* bataillon de milice est arrivé à Gand , venant de Groningue , où il n’avait eu qu’un trèspetit nombre d ophthalmies. Ces trois bataillons sont logés dans la même caserne : les deux premiers ont constamment offert dans leurs proportions respectives un grand nombre d’ophthalmies , tandis que le 38.* n’a eu que très -peu d’individus affectés de cette inflammation ; cependant les chambres occupées par ces trois bataillons sont toutes de la même dimension ; toutes renferment le même nombre d’hommes , et le même régime y est observé.
Cette ophthalmie présente à-peu-près les mêmes phénomènes dans tous les bataillons où elle règne : mais j’ai remarqué quelle conservait un plus grand degré d’intensité dans les bataillons de ligne, qui ont toujours la même somme de monde, que dans les bataillons de milice, où , hors du temps des exercices, il n’y a qu’un petit nombre d'hommes présent au corps.
Si donc cette contagion s’est conservée jusqu’à présent dans les bataillons où elle a été importée, nonobstant le changement de lits, d’effets et de
lieux que la troupe a subi, on doit en conclure qu'elle est inhérente ù 1 individu chez qui la maladie existe ou a existé récemment , et que les effluves et les émanations seules de celui-ci peuvent la propager.
Je trouve dans le Star, du i5 juillet 1806 : « Nonobstant que le second bataillon du 3a.® régiment a été envoyé à Maidstone, lophthalmie continue ses ravages à un terrible degré. Le nombre d hommes qui ont perdu la vue par cette maladie est immense depuis neuf mois ; elle résiste à tous les remèdes ».
J ai vu des miliciens arriver en congé chez leurs parens avec l ophthalmie , ou ayant encore un reste de cette maladie , la communiquer à tous les habitans de la maison. If année dernière , en passant de Grammont à Renaix, je m’arrêtai à un cabaret à l’entrée du bois ; je lus étonné d’y voir une famille entière avec l ophthalmie ; le fils , milicien , était arrivé quelques jours auparavant de Mons , avec un reste de cette maladie, et y avait répandu cette contagion.
Le même cas s’est présenté dans cinq maisons différentes à Gand , où des miliciens retournés près de leurs parens , étant pour ainsi dire guéris de l ophthalmie, ont néanmoins communiqué lu maladie à leurs frères et sœurs.
Le fils d’un paysan de Merelbeke, près de Gand, avait eu deux rechutes de l’ophlhalmie dans son
bataillon ; étant à-peu-près rétabli, on l'envoya en permission chez lui , probablement pour obtenir une guérison plus durable par le changement d'air ; à peine était-il rentré pendant quinze jours que huit individus de sa lamille qui habitaient avec lui, étaient pris de lophthalmie.
Pendant que j’écris ces passages (i5 novembre), un soldat du 33.® bataillon de milice, où, comme je l’ai déjà dit , il n’y a eu qu’un très-petit nombre d’ophthalmies , étant retourné de l’hôpital où il avait été guéri de cette maladie , fut couché à la caserne dans une même chambre avec plusieurs autres de ses camarades, et au bout de quatre à cinq jours , sept de ces hommes ont été frappés de lophthalmie.
Qu’on ne m’objecte pas ici la grande sympathie qui s’exerce par les yeux et la possibilité de la transmission de l ophthalmie par cette voie, je n’ignore pas sur ce motif l’opinion d’Aristote (i); mais il est aisé de voir qu’en attribuant la communication de cette maladie à l imitation, ou au mouvement de l'objet qui est le sujet de la contemplation , qui sont les yeux enflammés , il a confondu l’idée de la contagion avec le pouvoir de l'imitation.
Avec beaucoup moins de raison encore , on peut considérer les mots d’Ovide :
(i) Edit, in-folio. Tow. IV. sect. 7 de ses problèmes,
PaS- 717,
Dum speetant oni/i lœsos læduntur et ipsi (i),
comme applicables à la nature contagieuse de l’ophthalmie. Le poète , dans cette sentence morale , était sans doute bien loin de faire allusion à une contagion du ressort de la médecine.
Plutarque s’exprime dans ce sens : « Ainsi que nous l’observons dans d’autres maladies, 1 inflammation des yeux offre une contagion par laquelle plusieurs sont affectés en même temps, tant est grande la force de l’affection mutuelle » (2) !
Plutarque a voulu prouver ici la force de la sympathie , sans faire aucune application de ses expressions à 1 émission d’une matière -morbide d’un, individu affectant un autre individu.
Boerhaave , qui est considéré comme une autorité en faveur de la nature contagieuse de l’ophthalmie , s’explique ainsi pour la sympathie, quand il dit : « Si quis subito videat hominem , cujus » limbi palpebrarum sunt inflammati, coccineo » colore fulgentes, et oculi simul talcs sunt , et la- » erymæ indè distillant , ejus oculi etiam indè » læduntur, nec ullus est qui hoc sentiat » (3).
Je ne m’arrêterai pas aux autres auteurs , qui se sont exprimés à-peu-près de la même manière ou ont assigné la même cause à la propagation de l’ophthalmie. Je ferais une digression
(1) De remedio amoris edit. g. lig. 61 5.
(2) Voluru. VIII. lib. V. paragr. 711 et 712.
(3) De morbis nervorum , vol, II. pag. 5i?.,
inutile et je m'éloignerais trop de mon sujet. Il est aisé de voir que l’ophthalmie , qui est le motif de cette dissertation , est due à toutes autres causes; quelle se propage évidemment par un principe contagieux spécifique, transmis au moyen de l’air infect engendré par des émanations humaines dans les chambres qui servent de logement aux soldats, et où ils sont trop accumulés relativement à l'espace.
Mais quelle que soit la nature de cet air infect, la source première , l’origine , le germe de la contagion ophthalmique a dù préexister dans un bataillon , dans une compagnie, pour que cette maladie ait pu s’y produire par ce méphitisme de l’air; car nous voyons tous les jours les demeures étroites et humides du pauvre, où règne la plus grande malpropreté, devenir la source de plusieurs espèces de fièvres et d’un grand nombre d’autres maladies, sans qu’il se présente d’ophthalmies.
Si un air stagnant devenu impur par la respiration, ou une atmosphère qui n’est pas chargée .d’une contagion spécifique , pouvait la déterminer , les soldats des compagnies non infectées d'ophthalmies, qui logent dans la même caserne , et dont un même nombre d’hommes occupe une chambre de la même capacité que celle qu’occupent les autres, la contracteraient également; mais les observations précédentes et l’expérience la moins douteuse prouvent le contraire.
Cette contagion ophthalmique possède , comme
la contagion psorique , vénérienne , variolique , etc. , etc., une qualité particulière qui consiste dans la Faculté de produire toujours la même maladie, modifiée d’après la virulence des fomites contagieux , de l étal de la constitution de 1 individu , de la nature du temps et de la température du lieu. Et de même que chaque contagion spécifique suit invariablement les lois de communication et de développement qui lui sont propres, de même aussi il parait que dans notre climat l'ophthalmie contagieuse olfre toujours le même mode de transmission , et observe la même époque d invasion.
11 parait que la sphère de cette coiûagiou ophthalmique ne s étend pas loin, c'est-à-dire* que la transmission de la maladie ne se lait qu’à des distances très-rapprochées , lorsque , comme il a déjà été observé , on partage la même couche , ou au moins la même chambre avec ceux qui en sont affectés , ou en ont été récemment affectés. Ceci explique pourquoi cette maladie ne se transmet Apasà tous les bataillons, ou quelle n’affecte même pas les hommes appartenant à d’autres corps qui se trouvent logés dans la même caserne, mais qui n’ont de communication avec les soldats qui n’appartiennent pas à leurs corps, qu’en plein air, ou momentanément dans un corps-de-garde, ou dans une tabagie ; c’est par la même raison aussi que cette ophthalmie étend difficilement ses ravages dans les autres classes de la société.
Je nai pas pu déterminer avec exactitude quel intervalle de temps s'écoule entre l'époque de l inlection et celle de l’invasion de cette ophthalmie ; mais tout ce que j’ai observé à cet. égard me lait croire que cet intervalle est fort court et ne va pas au-delà de vingt-quatre heures. La raison de la promptitude de ce développement de la maladie me paraît devoir être attribuée à ce que la contagion ophthalmique frappe l’œil même dont la sensibilité naturelle détermine cet organe à réagir promptement sur le stimulus morbide qui lui est appliqué.
11 n’est pas inutile de remarquer ici que tous les individus ne sont pas susceptibles de contracter cette maladie , que plusieurs en restent exempts , nonobstant qu’ils soient exposés aux causes qui la produisent chez un grand nombre d'autres ; phénomènes qu’on observe aussi relativement aux autres contagions.
tz.—. ■ - ■ - ..... ... ■ — •