‹ Dissertation sur l'ophthalmie contagieuse qui règne dans quelques bataillons de l'armée des Pays-BasChapitre 6 sur 9 · DE L’OPHTII AL.MIE CONTAGIEUSE · texte numérisé non relu

DE L’OPHTII AL.MIE CONTAGIEUSE

Avant de parler du traitement adopté dans cette ophthalmie , il convient de dire que le régime doit seconder les remèdes , et que les remèdes sans le régime sont insuffisans. Ce régime ne s’applique pas seulement aux alimens dont la proportion et la qualité doivent être réglées d’après les circonstances , mais il s’applique particulièrement à l’espace des salles où sont traités ces malades , à la pureté et à la fraîcheur de l air dans ces salles , et à la privation de la lumière.

L’expérience m’a prouvé d'une manière positive, qu’une température chaude et humide favorise le développement de cette ophthalmie , et qu’une trop grande chaleur des salles dans les hôpitaux, tend à en aggraver les symptômes. D’après ces principes, je porte une attention particulière à ce que les salles des ophthalmies , comme toutes les autres, soient bien aérées, et qu’ abstraction faite de la lumière, l’air puisse frapper librement l’organe de la vue.

J'ai consacré à l'hôpital militaire de Garni deux vastes salles au traitement des ophthalinies ; dans l’une sont placées les ophthalmies graves , dans l’autre les ophthalmies légères : la première est totalement peinte en vert, et donne sur un large corridor, qui est fermé à clef, de maniéré que ces malades ne communiquent avec aucun autre individu. Les ventilateurs , les croisées et les portes de cette salle , restent toujours ouverts , à moins que trop de vent, ou un froid trop vif n indique la nécessité, de clorre une partie de ces ouvertures ; la lumière est exclue par des rideaux quand les croisées sont ouvertes; les lits sont tous à une grande distance les uns des autres. Les memes dispositions ont lieu dans la deuxième salle, à 1 exception de la couleur verte; les malades de cette salle se promènent dans la cour hors du temps des visites et de la distribution , et sont même obligés de s’y rendre pendant une grande partie de la journée, quand le temps est propice. Pour les mettre à l’abri de l’influence de la lumière , tous portent constamment des visières au front, composées de larges cartons semi-circulaires revêtus de papier vert.

Les onhthalmiques qui sont guéris entrent dans la salle des convalescens, qui est destinée pour eux seuls et où ils séjournent encore quelque temps. Ils se promènent en ville pendant quelques heures par jour, quand le temps le permet; un

planton les accompagne dans ces promenades.

Les vêtemens des soldats qui sont affligés d’ophtlialrnies , sont fumigés et puritiés à l'hôpital , avant que les hommes soient renvoyés à la caserne.

Les salles des ophthalmies ne sont point fumigées, et quand on les lave, les malades ny entrent que lorsque le plancher est très-sec. Lu reste, on y entretient la plus grande propreté.

Je n’y permets presque pas de leu , même pendant 1 hiver, à moins que le froid ne soit trop intense, et alors il est sévèrement défendu de s'approcher du poêle ; au commencement j étais moins scrupuleux sur ce point , mais l’expérience n’a pas tardé à me faire apercevoir que le voisinage du feu aggravait promptement la maladie.

Tels sont les moyens généraux que j’ai introduits à l hôpital militaire de Gand , et dont le résultat a toujours été si avantageux, que je les regarde comme de très-puissans auxiliaires du traitement.

Dans la description que j’ai donnée du cours de cette maladie, on a remarqué quelle se présente dans trois états diflerens : ou elle est trèslégère et semblable à une ophthalmie catarrhale, n’olfrant presqu’aucun caractère aigu , ou elle présente les phénomènes d’une forte inflammation aigue de l’œil, ou elle est purulente, compliquée ensuite de bourgeonnemens de la conjonctive , et souvent même du renversement des

paupières ; et cette purulence de lophthalmie est primitive ou consécutive.

Dans les premiers degrés de l’ophthalmie , les remedes les plus simples suffisent pour la guérir.

Des lotions Iréquentes des yeux au moyen d’eau froide , et un libre accès d’air Irais peuvent seuls dissiper l’inflammation. J’ai essayé dans ce cas 1 usage du collyre composé avec le sulfate de zinc; mais j’ai vu que chez plusieurs l’irritation, trop souvent reproduite par ce collyre , déterminait à la fin une augmentation de l’inflammation, qui obligeait à en suspendre ou à en cesser l’emploi.

J ai beaucoup varié la composition des collyres , dans l’espoir d’en trouver un qui eût une efficacité déterminée ; mais ni 1 esulphas zinci , ni ie plumbum superaceiatum , ni le liquor ammonite acetatis , ni la misiura camphorata , d’après la pharmacopée de Londres , ni la décoction filtrée du kina , ni la teinture d’opium, diversement combinés avec l'eau ou mêlés ensemble, ne m’ont satisfait à cet égard; j’ai toujours remarqué que ces collyres contribuaient très-peu à la guérison , et que dans plusieurs cas ils augmentaient la sensibilité et l’irritabilité de l’œil.

Les ophthalmies légères se dissipent ordinairement en huit ou dix jours de temps; au-delà de ce terme , les vésicatoires ont souvent un bon effet. Si pendant les premiers jours le effets du traitement ne sont pas assez prononcés,

ou que la maladie semble résister , je tâche de provoquer la résolution de l inflammation par des mouchetures faites à la conjonctive des paupières: opération que je réitère suivant le besoin , et qui ofTre généralement dans ce cas des résultats avantageux. Rarement on doit avoir recours ici à d’autres déplétions , à moins que la maladie ne devienne stationnaire , ou ne prenne un caractère plus grave, et quelle passe au deuxième degré, à l'état d'inflammation aiguë de l’œil.

Cet état qui mène directement à l'ophthalmie purulente et à la désorganisation de l’organe , exige le plus d attention et de soins, et comme la force et le caractère aigu de l’inflammation se présentent dès le début de la maladie , l’on se trouve obligé alors de faire usage de suite des moyens les plus convenables pour en arrêter les progrès.

Dans le principe, quand cette ophthalmie se présentait sous cette lorme à mon observation , j’essayais divers remèdes très -efficaces dans les ophthalmies ordinaires: mais je remarquai bientôt qu’il fallait des moyens plus énergiques et plus appropriés à la nature de la maladie.

.L’expérience m’a démontré d’abord que les meilleurs topiques ne suffisent guères , s’ils ne sont accompagnés des moyens généraux que l'état de l’ophthalmie indique d’après les nuances qu elle présente. Les cataplasmes et les fomentations émollientes ne soulagent souvent qu’en apparence,

et sont généralement nuisibles. Celte maladie passant facilement à l’état d’ophthalmie purulente, on doit éviter avec soin toutes les applications relâchantes , comme devant favoriser fortement le développement de cette suppuration.

Je considère les déplétions sanguines et l’application sur les yeux de compresses imbibées d'eau camphrée , comme la base et la principale partie du traitement ; mais il n’est pas indifférent à quelle espèce de déplétion l’on donne la préférence, à quelle époque de la maladie on la pratique , et à quelle quantité on la porte.

J’en ai fait saigner au bras, d’autres au pied, chez les troisièmes j'ai fait appliquer des sangsues aux paupières , quelquefois seules et primitivement, quelquefois à la suite d’une saignée du bras ou du pied; j’ai obtenu des avantages de l’une et l’autre de ces déplétions, et réitérées d’après les circonstances ; de bonnes guérisons ont succédé à ces moyens : mais aucune déplétion sanguine ne m’a paru plus utile que celle faite au moyen de 1 ouverture de l’une et quelquefois des deux artères temporales ; ce que l’on peut expliquer par la communication plus directe de ces artères, avec les vaisseaux qui se distribuent dans les diverses parties des organes de la vue.

L’ efficacité de cette saignée a été telle dans plusieurs cas d’ophthalmie grave , que l'inllammation est disparue sur-le-champ sans retour , et dans tous

les autres elle n'a guères manqué d’alléger considérablement les symptômes inflammatoires.

Si donc un malade sc présente avec une ophthalmie du second degré, ou qui menace d'y arriver, je n'hésite aucun instant à lui prescrire une saignée de l artère du côté de l’œil enflammé ; et si les deux yeux sont également affectés , à lui faire ouvrir les deux artères à la lois (i).

Si on néglige cette opération dans le principe de la maladie, l’ophthalmie peut prendre un degré d'intensité, où il n’est plus permis d’en espérer le même succès; un jour ou deux suffisent quelquefois pour que 1 inflammation passe à l’état de purulence , menace et opère la destruction de l’œil.

C’est pour cette raison que j’ai toujours voulu que les officiers de santé sous mes ordres visitent scrupuleusement et aussi souvent que je le crois nécessaire , leurs bataillons respectifs, et envoient de suite à 1 hôpital les hommes affectés

(i) J’aurais un grand nombre de cas à citer, qui prouvent tous combien les artères temporales droite et gauche, sont indépendantes l’une de l’autre. Dans plusieurs céphalalgies chroniques, la section de l’une artère temporale a fait cesser les douleurs de ce côté seulement, et il a fallu faire aussi louve; tare de l’artère opposée, pour que les douleurs fussent dissipées totalement. J’en ai eu récemment encore trois exemples , à l’hôpital civil de eette ville.

d’ophthalmies; parce que c’est le premier moment de l'invasion de la maladie qui est le plus propice pour rompre l'enchaînement de l'action inflammatoire.

Cette saignée est très- facile dans toutes les ophthalmies de cette espèce, parce qu’alors les artères temporales sont très-développées et battent beaucoup plus fortement, quoique le pouls ni le système en général ne se ressentent en rien de cette augmentation d’action locale.

II arrive cependant que la conformation naturelle de ces artères leur donne si peu de capacité, que même dans une forte ophthalmie elles ne sont susceptibles d’aucun développement sensible , et que leur ouverture , sinon impraticable , est absolument nulle. Dans ce cas , on est forcé d’avoir recours aux saignées du bras ou du pied , ainsi qu’à l’application des sangsues.

Toutes les fois que l’ouverture de l’artère temporale est indiquée et qu’on la pratique , on doit faire une ample déplétion , quoique le malade se trouve ordinairement soulagé déjà après qu’il s’est écoulé trois ou quatre onces de sang. On doit porter l’extraction du sang à quinze ou vingt onces, ou jusqu'au deliquium animi , s il se présente avant l’évacuation de cette quantité.

La constitution de l’individu peut en imposer dans ce cas; mais les hommes les plus faibles en apparence, supportent facilement une assez grande évacuation de sang de la tête.

J'ai été moi-môme souvent induit en erreur par la constitution chétive de ces individus, et plus encore par le soulagement qui se manifestait d’abord que le sang avait un peu coulé ; mais la nécessité où je me suis trouvé de revenir ensuite à une seconde, ou môme à une troisième ouverture de lartère , m'a démontré enfin futilité de faire d’abord une évacuation très-abondante, et plusieurs cas imporlans par le haut degré d’inflammation purulente , ont confirmé l’efficacité de cette pratique.

Ces grandes déplétions sanguines sont aussi très-fortement recommandées dans l’opbtbalmie

d'Egypte, par M. Peach , qui a écrit un mémoire à ce sujet dans X Edimburg Medical and Surgirai journal , janvier 1807, et sur-tout par le docteur Vetch (1), qui insiste tellement sur la nécessité de faire des saignées copieuses, qu’il faut avoir été témoin de l’extrême danger de la maladie et des heureux effets de ces pertes abondantes de sang, pour ne pas être étonné de ce traitement hardi et vraiment extraordinaire.

a L’avantage, dit M. Vetch, qui résulte de la saignée (dans cette ophthalmie) est décisif, quand elle est portée à un degré convenable. Je dois

(1) An account of tlie oplithalmia as it appeared ia England since tlie return of tlie British army from Bsjypt, by Jolm Vetch, M . D. Londres 1807.

avouer que j'ai trouvé d’abord quelques difficultés à concilier mes principes avec l’application de ce traitement , mais j’ai été entraîné par l’évidence du succès. J’ai vu pousser ces déplétions beaucoup plus loin que je n’avais osé les supposer pouvoir se faire , et toujours j’ai vu que leur efficacité a été en raison du montant de leur quantité. Dans le principe de l'admission générale de la saignée , on l’appliqua seulement à ces cas où la violence de la maladie fit craindre la rupture de la cornée. On eut recours à cette opération chaque fois qu il y avait un accès de douleur ; quelquefois elle soulagea la douleur , mais sans en empêcher le retour ; d’autres fois on n’en obtint aucun avantage sensible , et de cette manière, la saignée fut souvent répétée jusqu’à huit et neuf fois sans avoir le succès qu’on a toujours obtenu depuis de cette évacuation , quand elle était portée à une quantité plus considérable. Je suis même incliné à croire que le soulagement produit par la saignée, de la manière quelle était faite alors , devait être attribué à la terminaison naturelle du paroxisme. Comme jusqu’alors nous n’avions aucune règle certaine pour déterminer la quantité de sang à soustraire, on en tirait rarement une quantité suffisante à-la-fois. Par la suite , des saignées plus considérables furent faites dès le commencement de la maladie , et la quantité de l'évacuation du sang fut réglée uniquement d'après les

effets produits ; le soulagement prompt et décisif qui accompagnait ces fortes déplétions lit dissiper alors tous les doutes, et futilité de celte pratique fut généralement reconnue. Cette maladie paraît être autant sous notre dépendance maintenant qu’aucune autre qui se guérit par le même remède. Quelquefois elle s'étend encore jusqu’aux parties internes de l'œil; mais ces cas sont rares, et prouvent seulement le degré de destruction que la violence de l’inflammation occasionnerait si elle était combattue par des moyens moins vigoureux. Dans tous les cas où , dès l’apparition de la maladie , la saignée est portée à une quantité convenable, on voit d’abord diminuer l inflammation , et avant que l'opération soit terminée , l’œ 1 a souvent repris son état naturel. La cessation de toute espèce d’incommodité dans cet organe, doit être le sine quâ non de l’étanchement du sang. On n’obtiendra guère ce changement avantageux chez un homme robuste , à moins qu’il n’y ait un écoulement de trente à quarante onces. Chez quelques-uns il y a deliquium avant d’avoir évacué cette quantité ; mais on doit toujours produire 1 un ou l’autre de ces effets. En réitérant ce remède chaque fois que la maladie s’aggrave , soit manifestement dans l’œil, soit dans les sensations «lu malade, nous pouvons, dans quatre-vingt-dix individus sur cent, empêcher qu elle ne parvienne à un plus haut degré. Cependant si, nonobstant

ce traitement, l’ophthalmie prend de l'accroissement , on doit , s’il est possible , répéter les saignées , et même alors les porter à une quantité plu* considérable encore ; chez plusieurs individus , il est nécessaire de tirer cinquante ou soixante onces de sang à-la-lois pour soulager les douleurs ou amener la syncope; aussi on peut toujours compter sur un soulagement remarquable quand l’un ou l’autre de ces effets se manifeste. Dans tous les cas où cette pratique est mise en usage , quel que soit la violence de la maladie, il arrive rarement qu’elle ne prévienne pas toute terminaison funeste, et cela en affaiblissant le malade beaucoup moins que par des saignées moins considérables et plus souvent réitérées (i). »

Parmi les avantages que j’ai constamment obtenus de l’ouverture des artères temporales sur la saignée du bras ou d’autres parties, je regarde comme un des effets les plus remarquables celui d’avoir toujours produit un soulagement plus prompt au moyen d’une déplétion aux tempes : c’est ce qui m’a rarement mis dans le cas de faire des évacuations de sang aussi fortes que le recommande M. Vetch. Cependant j’ai eu des exemples frappans de l’utilité incontestable des grandes déplé-

(i) Voyez l’ouvrage cité du docteur Vetcli , comme aussi le Medical aiul PJrysical journal , tome 17, pag. 480 et ^8 1 «

tiens , et cela même à une époque très-avancée de ia maladie. Un nommé Picard , soldat dans le 36.* bataillon des chasseurs , était à l'hôpital depuis près de deux mois , avec une ophthabmie très-aiguë des deux yeux, et qui avait cédé en grande partie à deux ouvertures des artères temporales, à l’application des compresses imbibées d'eau camphrée, ainsi qu’aux autres parties du traitement. Le 1 1 août dernier , voyant que la maladie restait stationnaire, j’ordonnai de nouveau à la visite du matin une déplétion à la tempe , qui détermina un mieux sensible , mais dont les suites lurent plus heureuses encore. Dans presque tous les cas de cette saignée , l'application d’une petite compresse et d’une bande d’une aune de longueur, modérément serrée ,' suffisent pour arrêter le sang; même bien souvent quand l’artère n’est pas trèslarge, ou que la piqûre en est mal faite , sur-tout si elle est en travers, l’écoulement cesse avant de pouvoir obtenir la quantité de sang désirée ; ici au contraire, le bandage ayant glissé la nuit, pendant que le malade dormait, il survint une hémorrhagie , déjà assez considérable avant qu’elle fût remarquée, mais qui eut ce résultat que les restes de l’ophthalmie étaient entièrement disparus le malin , sans que le malade ait eu la plus petite indisposition de ce chef ; au contraire , il nous dit que, depuis, il a eu un sommeil plus tranquille , et qu’il s’est trouvé beaucoup plus à son aise.

Aussitôt que le malade a subi la déplétion sanguine, ou même avant, on lui couvre les yeux enflammés d’une large compresse de quatre doubles trempée dans un mélange de parties égales d’esprit-de-vin camphré et d’eau froide.

Cette application se fait à froid, et est renouvelée au moins toutes les heures : la compresse qui est légèrement fixée par une bande , pend jusquessur le nez, de manière que le mouvement des paupières et des yeux est libre. Chaque malade reçoit tous les jours deux compresses propres, et deux fois par jour une quantité suffisante de cette eau camphrée, pour tenir les yeux constamment dans une grande fraîcheur.

De tous les moyens que j’ai employés, comme topiques dans les ophthalmies graves , sur-tout pendant les chaleurs de l’été , aucun ne m’a paru plus utile et qui fasse autant de plaisir au malade ; et plus la température de l’atmosphère est élevée , plus cette application soulage. Je me suis quelquefois permis de m'en écarter par mesure d’économie, et de le remplacer par l’eau froide ou le vinaigre de bierre, ou par le liquor ammoniœ acetatis mêlé à 1 eau ; mais j’ai toujours été obligé de revenir à l’eau camphrée.

Il m’a paru que le volatil contenu dans ce mélange avec l’esprit-de-vin camphré , en s’évaporant en état de gaz, dissipe le calorique engendré par l’inflammation , laisse l’œil dans un état de fraîcheur agréable au

malade, et tend ainsi très-efficacement à la guérison de lophthalmie ; mais pendant fhiver, la volatilisation des spiritueux étant moindre , ce remède ne produit pas le même effet ; il est remplacé' alors par des lotions d'eau froide ou par la fraîcheur de l’air même : de manière qu aussi longtemps que le froid dure, on se contente de défendre les yeux contre limpression de la lumière, par un morceau de linge sec qui est fixé au bonnet, quand le malade est au lit, ou par une visière, quand il se promène. En général, cependant , ceux à qui on applique l’eau camphrée aiment à la conserver jusqu’à leur entière guérison : souvent quand on la leur bte , parce que l’état diminué de l’inflammation ne l’exige plus, ils ne manquent pas d’attribuer la moindre aggravation des symptômes qui pourrait survenir à la soustraction de cette fomentation.

Pour peu que l’ophlhalmie soit grave , le malade prend un ou deux bains de pieds par jour, jusqu’aux genoux, et aussi chauds qu’il peut les supporter.

L’estomac se trouvant rarement affecté dans cette maladie, je ne fais pas un usage aussi général des remèdes purgatifs ou des vomitifs que ne l’a recommandé de faire M. Bruant (i) ; j’ai essayé l'un et l'autre dans un grand nombre de

(i) Voyez le passage cité, pag. 2.

cas , et meme je les prescris encore pour peu que les circonstances l’indiquent; mais je n'ai pas remarqué qu’ils exercent une influence bien décisive sur la cure de l’ophthalmie.

Feu M. Saunders , Fondateur et chirurgien de 1 infirmerie établie à Londres pour la cure des maladies des yeux , avait proposé ( Medical and Physical , journal, 1806 ) dans les ophthalmies fortement inflammatoires , de faire usage après les saignées, du tartrite antimonié de potasse en petites doses , pour exciter des nausées et diminuer par-là l’action artérielle. Il fit dissoudre deux grains de tartrite antimonié de potasse dans une demi-pinte d’eau , dont il fit administrer deux ou trois cuillerées toutes les trois ou quatre heures , et seulement pour déterminer des nausées ; car l’usage du remède fut suspendu ou arrêté, quand il survenait des vomissemens.

J'ai administré ce traitement à quelques malades, mais le peu d'efficacité de cette méthode d’administrer l’émétique m’en a fait désister.

Après lui , sir William Adams , membre du col-

JL

lége royal des chirurgiens de Londres , et successeur de M. Saunders dans l’infirmerie pour les maladies des yeux, a fortement recommandé, dans le Medical and Physical , journal du mois de juin 18 13, de combattre l’ophthalmie d’Égypte, à son invasion, par l’émétique administré à forte dose, et continué de manière à entretenir le vomissement

pendant huit ou dix heures consécutives. II prescrit de donner d’abord deux grains de tartrite antimonié de potasse en dissolution, et de répéter toutes les demi -heures la moitié de cette quantité, jusqu à ce qu’il en résulte un vomissement abondant que Ion entretient ensuite en donnant le remède à des intervalles moins rapprochés.

On sait qu’en diminuant l’action du cœur et des artères, en excitant des nausées et des vornissemens , on affaiblit la force de l’action inflammatoire dans une partie quelconque, et sous ce rapport, l'émétique administré de cette manière parait devoir être utile ; mais je ne pense pas, avec M. Adams, que le violent vomissement (s il affaiblit tellement l’action du système artériel qu il en résulte des syncopes) puisse déterminer une nouvelle action dans les vaisseaux enflammés , par laquelle l’action morbide qui constitue l’ophthalmie soit éloignée, ou cessât d’exister.

J'avais précédemment fait usage quelquefois des vomitifs pour combattre des ophthalmies sévères sans que j’en eusse obtenu de grands succès ; mais quand je lus cette proposition de M. Adams, dans le journal mentionné , le moyen me parut si violent, huit ou dix heures d’un vomissement continuel me semblait pouvoir produire tant d autres accidens , que je n’osai pas suivre le précepte. Cependant , dans le courant de l’été

dernier , ce chirurgien m’ayant demandé quelques renseignemens sur la nature de l’ophthalmie qui règne dans nos troupes, et sur le traitement que j’avais adopté , j’en reçus une réponse dans laquelle , après avoir désigné cette maladie pour être l’ophthalmie d’Égypte , il m’engage à fixer mon attention sur l’usage long-temps continué des émétiques (i); traitement qu’il préconise aussi très-

(i) uG. Albemarle-Slreet , juna ist 1S18.

Sir, I Lad tlie honour to rcceive your polite and highly interesting lettcr whicli you were so good as to send me. Tlie description of the opLthalmia wLiclx appeared in the army under your superintendauce was very minute and satisfactory. ït was doubtless the Egvptian ophthalmia, and I Lave great plcasure in observing that your view of its nature and treatment accords more nearly with ray own , than any I hâve yct met with. ïn the coutroversial pamphlet which I Lave sent you hy my patient, you will find sonie information in regard to its treatment. ï particulary wish to direct your attention to tlie use of long continued emeties, in order to arrest the disease at ils oulset. Should your experieuce he in conformity with mine, I shall feel great plcasure in heing informed ofitbyyou. The removal of the granulations of the lids is of the utmost importance in regard to the radical removal of the disease. By so doing, you may with the greatest ccrtainty eradicate the disease from among any hody of persons. But take carc to préparé your patients hy purge and low diet.

Bclieve me, sir, with the higliest considcraliou ,

Your very obedient servant,

W. Adams.

fortement dans sa lettre aux directeurs de 1 hôpital de Greenwich (i).

En conséquence , quelques ophthalmies d’un caractère assez grave furent successivement soumises à ce traitement; mais, comme on le verra dans les

(i) «Pour produire des nausées, dit-il , un quart, ou 4ii plus uu tiers de grain de tartrite antimonié de potasse est administré à un adulte, toutes les trois ou quatre heures; tandis que dans ma pratique, je recommande de donner d'abord deux grains , et de réitérer la moitié de cette quantité toutes les demi-heures , jusqu’à ce qu’il y ait un plein vomissement , ce qu’on entretient alors pendant huit ou dix heures , en répétant les doses de l’émétique à des intervalles plus longs.

» Les intentions qui m’ont guidé en adoptant cette pratique, sont, i.® de déterminer par ce violent excitement des vomissemens et en même temps une nouvelle action dans les vaisseaux enflammés, afin d’éloigner l’action morbide qui constitue la maladie ; 2.°cn entretenant pendant plusieurs heures consécutives un vomissement et un malaise continuels, d’épuiser fortement les facultés animales et vitales, afin de faire languir la circulation et même de produire la syncope , pendant laquelle l’action inflammatoire doit nécessairement s’arrêter. Il m’a paru que la prompte administration de ce moyeu et avant que la maladie soit établie, doit faire cesser l’action morbide à la suite d’une autre action , et que par ce long et continuel malaise et l’épuisement qui en résulte, toute disposition au retour de l’inflammation doit être éloignée; et en effet, dans aucun cas où de ma connaissance le remède a été employé d’après le mode que je viens d’établir, il n’a manqué d« succès.» Pag. 5î.

observations ci-après , l'irritation et les douleurs cédaient momentanément , sans que la rougeur se dissipât , et l’inflammation reprenait souvent avec une nouvelle vigueur après que l'action du vomissement avait cessé pendant un jour ou deux, de manière que je n en ai pas obtenu les succès que les recommandations de M. Adams me faisaient espérer. D ailleurs , il convient lui-même que le remède est violent ; qu’il le considère seulement applicable dans la pratique publique, et qu il n’a jamais hasardé de le prescrire à ses malades dans la pratique privée (i).

Cet aveu, de la part de M. Adams même, joint à l'inefficacité des vomitifs dans cette maladie, m'a fait abandonner sa méthode pour suivre le traitement que j’ai adopté dès le principe, et dont les heureux effets m’engagent non-seulement à y rester fidèle, mais à le recommander aux autres comme celui qu’on peut opposer le plus efficacement aux dangers imminens de cécité dont cette ophthalmie est constamment accompagnée.

Dans le second degré de la maladie comme dans le troisième , soit que l’inflammation soit accompagnée de purulence ou non , si huit à dix heures après une première saignée des artères temporales, ou le lendemain, suivant la gravité du cas, l'inflammation n'a pas subi une diminution sen-

(i) Note png. 58 de la lettre cite'e.

sible, et sur-tout si la pesanteur à la tête, si le* douleurs dans la région orbitaire continuent , que la conjonctive enflammée présente par continuation un rouge vif, et, comme il arrive quelquelois, que le globe de l'œil paraît se distendre , on ne peut pas hésiter d’avoir recours à une autre déplétion par les memes artères, à laquelle on fait succéder, à un intervalle de temps plus ou moins rapproché et suivant 1 urgence que la maladie indique, une application de six ou huit sangsues à chaque œil. Cette application de sangsues est réitérée à son tour , si I intensité et la continuation de l’inflammation l’exige.

Quand ces moyens n'arrêtent pas les progrès de 1 inflammation , et que l'éclat de la cornée est à craindre, j’ai recours quelquefois à l’opération préconisée par Wardrop , qui consiste dans une petite incision de cette membrane , afin d’évacuer l'humeur aqueuse de fœif et de diminuer la compression et 1 inflammation de cet organe (î).

(i) M. Wardrop doit la première idée de cette opération au docteur Barclay, qui, en injectant l’œil d’un jeune bœuf avec du mercure, observa que la cornée prit tout-à-coup une teinte laiteuse, d’où il conclut que le métal avait rempli ses vaisseaux. En pressant ensuite cet œil dans ses mains, la cornée reprit bientôt sa transparence , et il en inféra que l’injection avait rétrogradé par la pression et l’élasticité des vaisseaux. Cependant,

Les douleurs que j’ai presque toujours vu cesser à la suite de la crevasse accidentelle de la cornée , m’ont paru indiquer cette opération dans certains cas , et l’expérience m'a confirmé dans mon opinion sur ce point.

De Leeuw , soldat dans le 36.e bataillon de milice, était depuis quelques jours à l’hôpital, avec une inflammation violente des deux yeux ; les déplétions générales et locales n’avaient que faiblement retardé les progrès de la maladie ; une douleur continuelle et considérable dans les globes des yeux, la forte contraction des pupilles, lécoulement abondant des larmes , le bourgeonnement de la conjonctive et le gonflement des paupières, indiquaient une prochaine rupture de la cornée

voulant se procurer une belle préparation où tous les vaisseaux de la cornée fussent injectés, il prit un autre œil, et tandis qu’il eu ôtait les muscles, il s’aperçut que le phénomène qu’il avait observé lors de l’injection , était occasionné par la pression exercée sur les humeurs de l’œil , laquelle les portait en avant et distendait la cornée. Il fut confirmé dans cette opinion , en injectant les vaisseaux sanguins avec de l’eau pure, ainsi que par plusieurs autres expériences qui lui ont donné les résultats suivans : Si on presse modérément un œil de mouton ou de bœuf dans la main, toute la cornée devient sur-le-champ opaque. Quand ou augmente la pression , l’opacité augmente également , et si l’on presse encore davantage, l’opacité devient telle, qu’on ne peut plus distinguer l’iris à travers la cornée. Quand on cesse la corn-

ou d’autres accidens graves ; j’ouvris cette membrane aux deux yeux, au moyen d’un bistouri à cataracte ; i ouverture eut seulement l’étendue nécessaire pour donner issue au lluide aqueux : le malade soullrit très-peu de celte opération , qui ne lui causa d’autre douleur que celle produite par lintroduction d'un releveur dont je devais me servir par la forte tuméfaction des paupières. Un quart-d heure après l’opération , quand 1 irritation que l’instrument avait occasionnée était dissipée , ce malade se trouvait sans douleurs et sans aucune tension incommode des yeux. Depuis ce temps, l'inflammation n’a cessé de décliner tous les jours.

Les cicatrices qui résultent de cette opération n’ont été visibles chez aucun de ceux auxquels je

pression , la cornée repi’end complètement sa transparence première, et se trouve comme si on n’avait pas fait l’expérience. D’après ce phénomène curieux sur l’œil mort, il était évident que dans le corps vivaut la transparence de la coruée devait varier à raison de la distension , et que dans le cas d’opacité de la cornée accompagnée de plénitude du globe de l’œil , on pouvait lui rendre sa transparence, eu évacuant l’humeur aqueuse. La cornée ne jouissant que de peu de sensibilité dans son état naturel, et les incisions qu’on y pratique dans diverses opérations , ne causant presque pas de douleur , n’étant même généralement suivies que d’un léger degré d’inflammation , il était peu à craindre que celle opération eût aucune suite désagréable. ( Annales de Littérature Médicale étrangère, par le prof. Kluyskens, octobre 1807.)

( So )

î'ai faite; je crois aussi avec M. Wardrop, quelle pourrait contribuer à diminuer l’opacité de la cornée, mais seulement dans les cas très-récens (i).

Les vésicatoires ou le séton offrent beaucoup moins de ressources dans cet état de l’ophthalmie que dans le principe delà maladie. On ne peut en espérer de grands avantages que lorsque les symptômes d irritation sont déjà sur leur déclin, ou que 1 état chronique de 1 inflammation reste stationnaire. Le lieu le plus favorable pour leur application est évidemment une partie un peu éloignée de la tête, telle que la partie interne et supérieure du bras, ou l’espace interscapulaire ; là j’en ai obtenu des effets que j’avais espéré en vain de leur application à la nuque ou aux tempes.

J’ai aussi fait usage du séton à la nuque , et

(i) Je dois faire remarquer ici que quels que soient les bons effets qu’on obtient de cette opération dans certaines espèces d’oph thaï mies , elle exige néanmoins une grande habitude d’opérer et beaucoup de fermeté de la main. L’extrême sensibilité de l’œil et la difficulté que le malade éprouve à supporter le jour , rendent cet organe difficile à fixer et l’opération pénible et même incertaine; car si on ouvre la cornée vers le centre , la cicatrice qui en résulte rend cette partie opaque, et intercepte la vision ; si on la fait trop près de l’iris , on risque de causer d’autres symptômes ; si enfin l’ouverture est un peu grande, et que l’humeur aqueuse s’échappe tout-à-coup, le cristallin peut se déplacer et même tomber sur la joue, comme cela arrive quelquefois dans l’opération de la cataracte.

de eaustioues appliqués derrière les oreilles ; ces moyens, très-efhcaces dans les ophthalmies chroniques, scrophuleuses ou humorales, ne sont que de faibles auxiliaires sur lesquels on ne peut aucunement compter pour éloigner les symptômes graves de la maladie actuelle. Je les ai vus occasionner beaucoup de mal , quand on les mit en usage pendant la période inflammatoire aiguë ; parce qu’en multipliant alors les points d’irritation aussi près de l'organe affecté, celui-ci doit nécessairement en souffrir. C’est ce qui m’a déterminé depuis très - long -temps à exclure ces moyens irritans du traitement de l’ophthalmie aiguë, à moins qu’ils ne soient appliqués sur des parties éloignées, pour faire révulsion.

Qu'on ne perde pas de vue que l’opthalmie purulente constitue le degré le plus violent et le plus dangereux de la maladie , qu’on doit porter les plus grands soins à son traitement, et lui opposer le plus promptement possible les remèdes les plus énergiques. Soit que la purulence soit amenée par l'inflammation après que l’ophthalmie a déjà existé quelques jours, soit quelle accompagne celle-ci dès son invasion , le traitement doit constamment être dirigé contre l’inflammation , aussi long-temps qu elle est dans un état actif : c’est sur l’intensité de ce symptôme que doivent se mesurer le nombre et la force des moyens anti-phlogistiques à mettre en usage. La diète , les bains des pieds, les saignées

abondantes des artères temporales, les vomitifs, les purgatifs, selon les circonstances, l’application de sangsues autour des yeux enflammés , celles de fomentations réfrigérantes, l'évacuation de l'humeur aqueuse , l’air frais de la salle, enfin les moyens proposés pour combattre le second degré de l’ophthalmie, sont les mêmes ici. Toutefois, on aura soin de bien distinguer quand la maladie perd son caractère aigu , ce qui s’annonce souvent par le soulagement que le malade éprouve, mais plus distinctement par la couleur foncée qu’acquiert la conjonctive enflammée , comme aussi , par les bourgeonnemens et un écoulement plus abondant qui se présentent à cette époque de l’ophthalmie. Quand cet état chronique est établi, on doit cesser toute déplétion ultérieure, et échanger les moyens affaiblissans contre l’usage interne du kina en substance, à la dose de deux ou trois drachmes par jour; on seconde les effets de ce remède en permettant une nourriture plus substantielle , afin de rendre insensiblement plus de vigueur au malade. Le kina remédie fort bien au relâchement des parties de l’œil, qui ont subi l’inflammation active , et il exerce généralement une influence favorable sur la qualité et la quantité de la suppuration.

J’ai souvent suivi , dans cet état de l’ophthalmie purulente, le conseil donné par M. Ware (i), de

(i) K d marks on the purulent ophtUulmia , by James Ware, surgeon, F. lt. S. Lond. 1808.

faire, au moyen dune seringue obtuse, des injections fréquentes entre les paupières, avec la préparation suivante :

R. Sulphatis cnpri.

I>oli arineni au, gr. viij.

Camplioræ gr. i|.

Misce et affunde

Aq uæ bullientis une. viij.

Cette injection est filtrée et ensuite employée à froid. On peut faire usage aussi d'une solution de cuprum ammoniacum , ce qu'on appelait autrefois Xacjva saplin'ina ; d’une dissolution de sulfate d’alumine et autres. Toutes ces injections servent à faire naître dans les parties relâchées de la conjonctive du globe de l’œil et des paupières, une action contractile propre à diminuer la purulence et à prévenir , ou à modérer , le boursouflement ; mais pour qu’elles soient bien utiles, il est nécessaire de ne nas les rendre trop stimulantes, de proportionner leur force au degré de sensibilité de l’œil; dans le cas contraire, elles tendraient manifestement à aggraver la maladie (i).

Quand on fait usage de ces injections, il convient de les réitérer toutes les heures au moins;

(i) Scarpa regarde l’injectiou recommandée par Ware comme trop stimulante; il n’emploie ce remède dans le principe qu’à la dose d’une drachme dans deux onces d’eau distillée de plantain froide, puis il en augmente la force selon le besoin. Traité pratique des maladies des jeux, loin, i, pag. 278.

comme il est également nécessaire de laver les yeux avec de l’eau froide ou de l’eau camphrée, le plus fréquemment possible, si on peut se dispenser de faire des injections, ou qu’elles soient reconnues inutiles ou nuisibles.

Dans quelques fortes bouffissures érysipélateuses des paupières, qui se déclarent dans le cours de l’ophthalmie purulente, j’ai fait avec beaucoup de succès des mouchetures extérieurement dans les paupières mêmes, à la suite desquelles il y eut un écoulement abondant de sérosité sanguinolente et un prompt dégonflement des parties engorgées.

Un point important dans la cure de cette ophthalmie ; c’est celui de pouvoir combattre ces douleurs périodiques de la tête et du globe de l’œil ; douleurs que nous avons dit se manifester presque toujours vers l’approche de la nuit, et durer pendant plusieurs heures de suite. Si ces douleurs sont méconnues ou négligées , la maladie s’aggrave singulièrement, et bientôt , dans un accès de cette fièvre locale , il se fait , par cette cause seule , une crevasse à la cornée , et la vue se perd pour toujours.

Quoique la déplétion soit encore utile dans ces douleurs périodiques, lorsqu’elles se présentent très-peu de jours après l’invasion de la maladie , et quand l’inflammation paraît encore fortement développée, on ne peut cependant pas trop s’y abandonner. Mon expérience diffère ici de celle de M. Vetch , qui prétend , comme nous l'avons

vu , devoir combattre ces douleurs par des saignées plus copieuses encore que celles qu’il avait d'abord instituées. Le kina ne manque guère de produire ici les résultats les plus avantageux, et je dois une grande partie de mes succès dans la cure de lophthalmie contagieuse , à la faculté que j ai reconnue dans ce fébrifuge, de rompre la périodicité de ces douleurs nonobstant 1 existence d un reste d’inflammation dans l’œil. Très-souvent une saignée aux tempes , ou une forte application de sangsues aux paupières est encore prescrite le matin , quand l’après-midi on administre au malade une forte dose de kina pour prévenir la reproduction de laccès de douleur du soir.

Le kina doit être administré ici comme dans les fièvres intermittentes, c’est-à-dire, il doit être donné en temps utile et en dose suffisante pour empêcher le retour du paroxysme : six drachmes ou une once de cette substance, partagées en trois ou quatre doses, administrées de deux en deux heures, de manière que le malade prenne la dernière dose une heure avant l’accès , en préviennent ordinairement le retour.

On doit cependant faire attention ici aux complications gastriques, et faire précéder d’un vomitif ou d’un purgatif convenable l’administration du kina toutes les fois que Ion observe quelques signes de saburre ; non-seulement les paroxysmes peuvent dépendre de cette affection des premières

voies, comme on a des exemples fréquens dans les fièvres intermittentes gastriques, mais pour peu qu’il y ait complication saburrale, on n’obtiendrait pas un effet aussi décisif de l’usage du kina.

Après que les paroxysmes sont supprimés , on continue ce remède à une moindre dose, tant pour maintenir la suppression des douleurs que pour guérir l’ophthalmie même, dont la cure , chez un grand nombre d individus, est fortement abrégée par ce moyen.

Dans quelques cas, j'ai fait lever les malades au commencement du paroxysme , d’après le précepte de Stoll (i). J’ai vu, comme il l’a observé dans les fièvres , que l’accès diminuait et que les souffrances étaient moindres; mais outre que ces promenades nocturnes étaient très -désagréables et fatigantes, je ne suis jamais parvenu à supprimer les accès de douleurs par ce moyen , et le kina est resté mon unique ressource.

Je suis étonné de voir qu’aucun de ceux qui ont décrit lophlhalmie d’Egypte, n’ait songé à combattre ces paroxysmes douloureux par le kina. Ceux qui ont eu occasion d’observer cette maladie et les suites fâcheuses qui l’accompagnent , peuvent seuls apprécier futilité de cette découverte. J’ai souvent administré cette .substance ,

(i) Ratio Medendi , loin. III, Isphémérides de l’année 1779, m°is de mars.

lorsque l’ophthalmie ne paraissait pas avoir abandonné encore son caractère actif; j’avoue qu’administrer le kina dans cet état de la maladie , semble être en contradiction et avec la nature de 1 inflammation et avec le traitement sévèrement antiphlogistique que je recommande dans cette dissertation , et dont mon expérience me rappelle tant de succès; mais pour pouvoir se former une idée raisonnée des effets du kina dans cette ophthalmie intermittente , on doit distinguer l’inflammation de l'œil de la morbidité fébrile qui occasionne ces douleurs périodiques; car quoique ces douleurs se fassent sentir dans hi région orbitaire et au front , elles ne me paraissent pas moins provenir d’une affection sympathique du cerveau avec les parties enflammées , sans que le cerveau ait subi lui-même aucune inflammation quelconque ; d'ailleurs s’il y avait ici inflammation du cerveau, ou des méningés, il n’y aurait pas des intervalles de douleurs de douze ou de vingt-quatre heures ; elles seraient continues, ou rémittentes, et accompagnées de plusieurs phénomènes propres à cet état pathologique de l’organe cérébral , phénomènes qui sont totalement absens dans l'ophtbalmie contagieuse.

Peut-être que !a contagion ophthalmique , lorsqu’elle affecte fortement, produit par sa nature même ces douleurs intermittentes , semblable au gaz marécageux qui produit le miasme fébrile ; mais probablement, comme je viens de le dire ,

elles sont occasionnées par la sympathie morbide que certaines parties de l’œil , dans un état d’irritation, exercent avec le cerveau; je dis certaines parties, parce que je n ai observé ces douleurs que lorsque T inflammation offrait un caractère grave (i).

(i) Je citerai ici un phénomène observé par Guannini et les professeurs Morscati et Monteggia , et qui vient à l’appui de cette dernière opinion : « Un homme d’environ cinquante ans, d’un tempérament robuste , se servait, pour une maladie des voies urinaires, d’un cathéter; il se blessa l’urètre un peu en-deçà de la prostate ; il en ressentit une douleur très-vive; il perdit même plusieurs gouttes de sang. Quelques heures après , il fut saisi du froid , puis du chaud avec les symptômes particuliers à cette période; enfin la suenr succéda , et à celle-ci l’intermittence. 11 eut environ dix. paroxysmes de la même nature, ils ne furent vaincus que par le quinquina.

» Dira-t-on que l’apparition, presque immédiate de la fièvre après la lésion locale de l’urètre , fut l’effet du hasard ? — Deux ans après , se servant , comme la première fois, du cathéter, le malade heurta encore l’urètre an même endroit; il ressentit de même une douleur très-vive , et perdit aussi du sang : il fut atteint de la même espèce de fièvre avec froid, chaud et sueur. Environ huit paroxysmes se succédèrent ainsi, avec des périodes plus ou moins longues d’intermittence ; et cette fièvre fut domptée , comme auparavant , par Je quinquina.

» Trois ans après, le malade se trouva encore dans la nécessité de recourir au cathéter. Nouvelle lésion de l’urètre : nouvelle douleur; nouveau paroxysme de fièvre,

Comme ces accès de douleurs périodiques réagissent sur 1 inflammation qui les a produites, et que

avec froid, chaud et sueur; il se renouvelle trois fois , et la guérison est encore opérée par le quinquina.

» Peu corrigé par l’expérience, cet homme, quelque ^ temps après, se sert encore du cathéter; il y met beaucoup de maladresse , se cause une douleur si grave à l’urètre, que la fièvre dont il est promptement atteint, fut accompagnée des symptômes d’une véritable fièvre pernicieuse. Vomissemens violens , diarrhée, douleurs de tête insupportables, mêmes douleurs aux. jambes, aux genoux; délire. Je lui prescrivis pour chaque heure un gros de quinquina, il le rendait par le vomissement. J’y ajoutai Y opium , et je fus contraint d’en porter la dose à dix grains par jour; mais à peine pus-je obtenir, parsou moyen , nu peu de diminution dans les symptômes. Les eaux spiritueuses , la liqueur anodine, le vin généreux, n’avaient pas plus de succès. Je réussis mieux avec la poliou anti-émétique de Rivière. Par son action, je pus faire retenir des doses énormes de quinquina , que le ventricule menaçait de rendre à chaque instant. Peu à peu et après dix-huit paroxysmes, la violence des symptômes alla en diminuant, les périodes d’intermittence s’alongèrcut ; et le malade, après avoir pris des doses extraordinaires de quinquina et à' opium , fut parfaitement guéri.

» Raisonnons. Il n’y a pas de doute que l’affection locale de l’urètre n’ait été la vraie cause de la fièvre. Cet effet ayant constamment suivi la même cause , nous porte à conclure ainsi. Quel a été son mode d’action ? Nous ne voyons ici qu’un corps mécanique qui, heurtant grossièrement les parois sensibles de l’urètre, a

c’est ordinairement dans les fortes inflammations de l’œil qu’on les observe , le mal qui résulte de la durée de ces accès est très-grave , et menace à chaque instant le malade de perdre la vue ; or , si le kina a la faculté, comme il est prouvé, de rompre ces accès de douleurs avec le même degré de certitude qu’il intercepte un accès de lièvre . intermittente, il est nécessairement ici de la plus grande utilité, en ce qu'il éloigne un effet de l’ophthalmie qui est devenu à son tour une des causes les plus permanentes et les plus dangereuses. Ce qui rend bailleurs son usage très-admissible , c’est que presque toutes ces douleurs périodiques de rophthalmie contagieuse n’ont lieu qu’après la diminution de l’état aigu de liiiUammation. J’ai même souvent observé avec étonnement, que 1 inflammation particulière de l’œil n’en était pas augmentée lors même que l’état chronique

causé la lésion des nerfs qui s’y distribuent. Que l’effet de cette lésion locale des nerfs se soit étendue ensuite à tout le système nerveux, la lièvre qui en a été la suite le prouv , de même que les remèdes généraux et non locaux qui l’ont fait disparaître. J’accorde qu’il ait préexisté , chez 1' malade, pendant le cours de plusieurs années, une disposition réelle à la fièvre intermittente; il n’en est pas moins vrai qu’une affection locale a développé une maladie générale qui n’a pu être guérie que par des remèdes dont l’action est générale ».

Giannini , de la nature des fièvres , traduit de l’Ilalieu par JY. Ilcurleloup . Paris, it’oS, pag. 207 et suiv,

n'était pas encore parfaitement établi ; probablement par le mieux qui résultait de la suppression des paroxysmes.

Les bourgeonnemens de la conjonctive qui ont souvent lieu dans l’ophthalmie purulente et renversent quelquefois les paupières par l’extrême gonflement de cette membrane , sont traités diversement d’après le degré de leur élévation et des inconvéniens qui en résultent. La conjonctive est-elle uniformément distendue sans faire des bourrelets autour de la cornée , il suffit dans le principe d’y faire des mouchetures, ou de légères scarifications au moyen de la pointe d’une lancette , pour dégorger les vaisseaux dilatés.

Si le boursouflement de la conjonctive forme des élévations, ou un bourrelet autour de la cornée qui se trouve alors comme enfoncée dans 1 hémisphère antérieur de l'œil , on excise ce bourrelet, ou ces excroissances, au moyen de petits ciseaux courbes. Toutes ces opérations se font dans l’intention de rendre la surface plus unie, de diminuer l’irritation, de diviser les vaisseaux et de produire un écoulement de sang plus ou moins abondant , directement des parties enflammées, circonstances qui contribuent beaucoup à faire promptement diminuer l’inflammation de cet organe.

Toutefois , il y a des cas où ces excisions doivent être faites avec ménagement, et où une trop grande perte de substance de la conjonctive du

globe de l'œil , la prive en grande partie de sa circulation et de sa vitalité : c’est particulièrement dans les ophthalmies purulentes chroniques que ces précautions sont nécessaires , où les bourgeonnemens sont plutôt 1’efïet du relâchement que de la présence d’une action augmentée des vaisseaux.

On ne court pas le meme danger dans 1 excision des parties granulées de la conjonctive des paupières , comme lorsque celles-ci sont renversées par les excroissances de cette membrane: c’est nonseulement le moyen le plus efficace pour remédier à ce symptôme ; mais cette opération contribue fortement au dégorgement des parties enflammées et à éloigner le frottement irritant des parties tuméfiées des paupières sur la cornée. On peut la faire indifféremment au moyen d’un bistouri convenable ou de petits ciseaux courbes sur le plat.

M. Adams regarde les granulations de la conjonctive des paupières comme une des causes permanentes de cette ophthalmie , et leur excision comme un des principaux moyens, dans plusieurs cas, de rétablir la vue, et même de prévenir la reproduction de la maladie. MM. Henri Halford , Baillie, Everard , Home, Ashley Cooper, Henry Cline et John Abernethy, tous des hommes trèsinstruits dans l’art de guérir , qui sont connus de toute l’Europe et jouissent de la plus brillante réputation à Londres , certifient que M. Adams leur a présenté huit personnes chez qui l’état d'in-

flammation Je l’œil, accompagnée Je l’opacité Je Ja cornée, était particulièrement entretenu par le frottement Je la surface granulée et rugueuse de cette portion. Je la conjonctive qui tapisse les paupières , et où l’excision Je ces excroissances a dissipé en grande partie l’inflammation chronique et beaucoup éclairci la cornée (i). J'ai aussi des cas à citer sur cet objet, où j’ai obtenu le même résultat; mais je suis obligé de dire cependant que ces granulations de la conjonctive des paupières, et sur-tout de la paupière supérieure qui presque seule glisse sur la cornée, sont beaucoup moins fréquentes que le prétend M. Adarns , dans le sens qu’il semble attacher à ce symptôme. Toutes les cécités que j’ai vues à la suite de celte ophthalmie , étaient produites par la crevasse ou la désorganisation de la cornée, ou meme par des suppurations des parties internes de l’œil , sans que la conjonctive des paupières eût conservé quelque morbidité. Les bourgeonnemens de la conjonctive de l'hémisphère antérieur de l’œil m’ont paru être une cause bien plus fréquente de l’opacité de la cornée, par la désorganisation qu'ils y occasionnent au point que la circulation y est pour ainsi dire interceptée.

Je dirai encore un mot sur deux ou trois autres moyens que j’ai utilement employés dans cette

(i) Lettre citée, pag. 25 et suivantes,

ophthalrnie , mais qui ne conviennent que dans quelques circonstances. Le premier de ces moyens est l’onguent ophthalmique de Grandjean, ou celui composé simplement d’un grain d’oxide rouge de mercure sur une drachme d’axonge. L’un ou l’autre de ces onguens est spécialement ulile dans les cas où l’ophthalmie est entretenue par un ulcère de la cornée, ou par une disposition scrophuleuse ou humorale, comme aussi dans ces inflammations chroniques où la caroncyle lacrymale et quelquefois les glandes de meiboom sont intéressées, et où une suppuration peu abondante, accumulée pendant la nuit, colle les cils et rend l’ouverture des paupières souvent difficile le matin. Cet onguent, introduit entre les paupières deux ou trois lois par jour à la quantité de la tête d’une grosse épingle, ne manque guère de changer le mode d’action inflammatoire et de guérir la maladie en peu de jours. U est encore fort utile dans les granulations de la conjonctive , et après leur excision. Ce remède fait au contraire beaucoup de mal quand on l’applique dans l’état aigu de l'inflammation, comme lorsque l’œil présente encore un certain degré d’irritabilité, ou que la maladie n’appartient pas à l’espèce de celles que je viens d’indiquer. Toutefois il est très-facile à l’homme qui a un peu d’expérience dans cette partie, de distinguer les cas où l’onguent convient d’avec ceux où il serait nuisible.

Dans ces mêmes circonstances je prescris souvent les pillules de Plumtner, à raison de o ou 4 pa^ jour, et leurs effets répondent assez à mon attente.

Dans quelques oplilhaimies rebelles et stationnaires, je lais usage de grandes doses de calomel.

J ai trouvé ce remède particulièrement utile chez les individus qui ont eu précédemment des affections syphilitiques, et où l’ophthalmie semblait être entretenue par un reste de ce virus. Je prescris alors le calomel à la quantité de quatre ou six grains par jour, combiné avec un grain d’opium , et converti en deux ou trois pillules que le malade prend en deux ou trois fois. Ce remède m’a aussi très-bien servi chez ceux où il n’y avait aucun virus vénérien à combattre , mais où l'état opiniâtre de l’inflammation semiaiguë exigeait indispensablement une modification d action constitutionnelle qui put influer utilement sur 1 état des parties enflammées ; or , comme on sait que le mercure, administré jus* qu’â une certaine quantité, agit d abord comme altérant, et qu’ensuite il détermine dans léconomie animale une diathèse scorbutique, qui est létat opposé de l état inflammatoire , et que sous ces deux rapports il est journellement administré avec beaucoup de succès dans plusieurs inflammations graves des viscères , de même il offre un grand degré d utilité dans plusieurs cas d’ophthahnie où d’autres moyens n’ont souvent produit que des effets éphémères.

J'ai trouvé l’usage interne de l’opium très-utile dans les ophthalmies contagieuses entretenues par une trop grande irritabilité de l’œil; comme aussi lorsque cette irritabilité succède à l’inflammation après que cclle-ci est pour ainsi dire entièrement disparue. C’est aussi dans ce cas que le collyre opiacé , celui composé de la teinture délayée de la belladona , sont particulièrement recommandables.

Tel est le traitement que j’ai suivi ; mais comme cette ophthalmie, ainsi que grand nombre d’autres maladies, participe delà nature de la constitution médicale régnante, qui est tantôt plus, et tantôt moins inflammatoire , et qu’elle varie aussi d’après la température , que le temps sec en rend la cure plus simple et plus facile que le temps humide , il en résulte que le traitement doit se régler en conséquence , et que dans certaines saisons de l’année on pourra se dispenser d’employer des remèdes auxquels on sera forcé d’avoir recours en d’autres temps.

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Ta Jï LE au indiquant la mouvement mensuel des Oplithalmies traitées à T Hôpital militaire de G and , depuis le i.cr janvier 1817 jusqu'au 3i décembre 1818.

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