‹ Dissertation sur la vie et la doctrine d' AnaxagoreChapitre 3 sur 10 · IX · texte numérisé non relu

IX

(2)L. VIII, eh.. 7.

(3) Suidas. — Au mot Anaximène.

(4) Arist. Eudem., i. 4.

(5)Dlog. Laèrte, ii, 7.

quarante ans (1) Anaxagore recoeille avidement toutes les doctrines philosophiques qui ont illustré llonie ; il se pénètre de ces systèmes si variés de Thaïes , d'Anaximandre, qu'il doit plus tard résumer en lui, et lorsque la Grèce asiatique privée de liberté a cessé d'être le centre de la civilisation antique , il transporte la philosophie à Athènes qui, elle aussi, était destinée à généraliser l'esprit grec et à lui donner l'unité dont il avait besoin pour s'imposer à l'univers.

La première partie de la vie d'Anaxagore, celle qu'il importerait le plus de connaître , car elle nous initierait à la formation et au développement graduel de sa pensée, est précisément la plus obscure. Nous savons seulement qu'il ne se contenta pas de cette science vulgaire que procurent les voyages et l'étude des systèmes , mais qu'observateur zélé de la nature, il dut plus encore à son expérience personnelle qu'aux leçons de ses maîtres. Il avait étudié la géométrie (2) , où il fit quelques découvertes , la médecine même (S) et par dessus tout l'astronomie (4). C'est surtout dans sa prédilection pour cette dernière science qu'il faut voir la cause de sa supériorité incontestable sur tous les philosophes qui l'ont précédé. Rien ne dispose mieux aux vues d'ensemble , à une conception vraie des lois de la nature, que l'étude des grands

(1) Voir page 2.

(2) Proclus ad Euclid., ii., ch. 4.

(3) Arkt. de partibus anim., iv, 2.

(4) Plutarque , Nicias , ch. 24.

phénomènes câestes^ où t'ôrdre et rharmonte se térelet^ 9Lwee tant d'éyidence. Du hant du Mimas (1), montagne ▼einne de Gla^omëne , il observait le cours des astres ; et, plus tard 3 consigna, dans son Traité de la Nature, une foule de découvertes précieuses sur cette partie de la science.

Dio^ne de Laérte, dans Ténumération (fes philosophes ioniens, fait Ânaxagore disciple d'Anaximène; la même assertion se trouve dans Gicéron, Strabon, Eusebe ; on a cru voir une restriction dans cette phrase de

Simplicius : Koiv&>yii(r«c rHç Ava|efft6vovç (ftkocrotfictç (2), qUl

n'est cependant qu'une variante de celle de Strabon : 'AvafifAévovç é^tthiTàç tou Me>n<réou (3). L'autorité des autcurs cités n'est pas trës-décisive , il est vrai; mais les raisons invoquées par la plupart des historiens modernes pour contester les rapportai^' Anaxagore et d'Anaximène ne le sont pas davantage. On oppose ki différence des doc-* trines et la chronologie. Le premier argument a peu de valeur; il manque de justesse au fond, et ensuite il prouve beaucoup trop; on en pourrait aussi bien conclure qu'A* naxagore n'a point connu la doctrine d'Anaximène , ee qui est impossible. Les exemples ne manquent pas d'ail* leurs de disciples qui répudient et combattent la doctrine de leur maître. La chronologie ne prouve pas davantage. Origène dit bien (4) qu'Anaximène florissait la première

(1) Philostrate, Vie d'Apoll. de Tyane, eh. 2.

(2) In phys. Arist. f. 6, b.

(3) Strab., 1. XIV.

(4) Philosoph., eh. 7.

aanée de la cinqvante-buiiiëme olympiade, dmms son récit esl démenti par celui d*ApollQDius(l) et de Suidas (2) . Le premier le fait naître dans la soixante-rtroisiëme olympiade; le second, l'année même de la prise de Sardes pac Gyrus, c'est-à-direran438. Si Ton adopte cette dernière version, Anaximène, phis âgé qu*Anaxagore seulement de trentebnk ans, a pu être connu personnellement de lui. Du reste , la seule chose qu'il importe yéritablement de constater ici , c'est qu'Anaxagore, pendant son séjour en lonie, n'a pas pu rester étranger aux doctrines d'Anaxi*mène ; on en trouverait au besoin la preuve dans son propre système.

Jew Pbilopon , dans son Commentaire sur la métaphysique (S), donne aussi pour maître à Anaxagore Hermptime de Glazomène; mais cette opinion s'appuie évidemment sur une fausse interprétation du texte : Aristote après avoir dit que l'idée du NoO^ appartient certainement i Anaxagore, ajonte qu'Hermotime pourrait peut-être revendiquer la priorité de la découverte (4) . Nous ne sa vous absolument rien sur l'époque où vécut Hermotim^e, et les détails que Pline nous a transmis s^r sa vie (5) nous font voir en lui plutôt un enthousiaste, un thaumaturge, qu'un véritable philosophe. Le rapprochement de cçs deux noms, dans Aristote, ne prouve pas qu'il ait voulu

(1) Dans Diog., ii, 3.

(3) Au mot Anaximène.

(4)Métaph., I, 3.

(5) Hist. n.. VII, 53.

établir entre eux aucune relation ; car on sait qu'il a coutume de rechercher les premières traces de la philosophie jusque dans les anciennes traditions religieuses et dans les mythes poétiques d^Homère et d'Hésiode. Diogène^ obéissant aux mêmes préoccupations, voit dans quelques vers attribués à Linus (1) un des antécédents de la doctrine d'Anaxagore; mais en supposant même ces vers authentiques, ce qui est fort invraisemblable, la gloire du philosophe n'en subirait aucune atteinte : ce que le poète n'avait entrevu que vaguement, Anaxagore l'a éclairci, élevé à la hauteur delà science; la philosophie n'a pas d'autre rôle.

D'autres historiens, enfin, ne se sont point contentés de fouiller les temps héroïques de la Grèce ; ils ont mis Anaxagore en contact avec les Hébreux ; ils lui ont ouvert les sanctuaires de l'Egypte. Il était difficile, en effet, qu'à une époque où les Grecs dégénérés s'ingéniaient de mille manières pour dépouiller les auteurs anciens de l'originalité qui leur manquait à eux-mêmes , Anaxagore échappât à cette sorte d'accusation anti-nationale. Qu'il ait fait des voyages ,jc'est ce qu'il est impossible de contester : l'éparpillement des divers foyers scientifiques lui en faisait une loi. Il avait certainement parcouru les villes de rionie. On pourrait même admettre à la rigueur qu'avant de venir à Athènes , il visita les écoles d'Italie; car, depuis long -temps déjà, les philosophes ioniens

(1) Diog. in Proem. 54. — Carus, Anaxagorese cosmo-théologîœ fontes, p. 41.

avaient appris la route de la Grande-Grèce , et le système d'Anaxagore laisse apercevoir dans son ensemble quelques vestiges d'éléatisme. Mais, pour TEgypte , rien ne prouve qu'il l'ait visitée. Platon , Aristote , Diogène de Laërte, ne parlent pas de ce voyage, et les auteurs qui le rapportent , Ammien Marcellin , Théodoret , méritent peu de confiance. FI. Josephe parle aussi des emprunts faits à Moïse par Anaxagore (1); n^ais c'est là un témoignage intéressé. Pourquoi d'ailleurs rattacher une doctrine à une souche étrangère , quand elle trouve sa raison dans les idées contemporaines, quand elle en est presque un développement nécessaire ? Si la pensée d' Anaxagore offrait un brusque contraste avec tout le passé philosophique de I9 Grèce, des formules nouvelles, un langage étranger, on pourrait être tenté de la ratta* cher à un mouvement externe; mais, bien loin de là, Anaxagore est tout pénétré de l'esprit ionien ; il le subit en le développant. C'est précisément parce que tout est grec chez lui , parce que la Grèce , d'un autre côté, était mûre pour les idées nouvelles , qu'elles ont passé sans obstacle. Athènes proscrivit le système astronomique d' Anaxagore , mais elle s'inclina devant l'intelligence qu'il lui avait révélée.

L'arrivée d' Anaxagore chez les Athéniens marque une ère nouvelle dans leur histoire littéraire. Jusque là, Athènes avait eu des poètes illustres. A partir de ce moment, elle devient le centre de ce grand mouvement

(1). G. Àppion, II, le.

— fO —

phitosophiqae qni œ doit pks s'inlerrompte , et «{ni la maintiendra au rang âes nations long-temps après qae la Hberté^aara péri poQr elle. Diogëne deLaërte rapporte(l)^ diaprés Détnéirins de Pbalèro, qu'Anaxagoro commença à philosopher à Athènes, sous Varohontat de Gallias, à Fàge d^ vingi ans, et il ajoute qu'il y vécut trente aa-r nées (2). Hy a déjà là une première contradiction : ce n'est point G allias, mais bien Galliades, quiétait archcmie quand Anaxagore avait vingt ans : Tarchontatde Gallias répond à la première anné^ de la quatre- vingt -'unième olym/^ piade. Si, avec ]^audis (3)j, nous substituons ici Galliades à Galijias , la difficulté ne sera que reculée ; car Anaxagore , arrivé à Athènes à vingt ans , exUé trente ans plus tard, se serait retiré à Lampsaque à cinquante ans, dans tonte la vigueur de Tàge. Nous savons positîveineat , a» contraire, qu'il était déjà vieux alors, et qu'il mourut peu de temps après sa condamnation , à Fàge de soixantedouze ans (4). Comment admettre, d'un autre côté , que dans sa vingtième année il eut voyagé, fait de nombreuses expériences astronomiques sur le Mimas ; enfin qu'il fut d^à illustre dans la philosophie, à un Age où Pythagore, Heraclite , Démoerite , sont encore complètement inconnus? Faut-il supposer avec Bayle un double oxil, à quinse ou vingt m» d'iot^v^lU ? Ri^n ne justifie cette hypothèse.

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