‹ Dissertation sur la vie et la doctrine d' AnaxagoreChapitre 6 sur 10 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

De la Philosophie ionieDoe avant Auaxagore.

Le caractère général de l'école ionienne , avant Anaxagore, c'est une explication du monde par le monde luimême , des phénomènes matériels par des éléments également matériels. Mais sous cette unité de yues une double tendance s'y révèle dès l'origine. Parmi les philoso-^ phes ioniens , les uns se renferment exclusivement dans l'idée de la diversité : l'ordre et l'unité du monde leur é'^'bappent complètement ; chez les autres , au contraire , apparaît déjà une notion confuse de l'unité et de l'harmonie de l'Univers ; ils essaient d'expliquer cette unité par des éléments matériels encore^ mais qui tendent à se spiritualiser de plus en plus. Ce qui plus tard , lorsque la pensée mieux affermie aura conscience d'elle*méme , doit devenir spiritualisme et sensualisme y se montre là sous les noms de pluralité et d'unité. Âristote signale cette opposition comme le caractère le plus saillant des doc-

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trines physiques , et il en fait là base de sa classification : d'une part celles qui admettent la diversité des éléments, de l'autre celles qui s'arrêtent à l'unité (1). La même diyision se trouve reproduite dans le Traité deSextus Empiricus contre les dogmatiques (2).

Ce double développement constitue la vie et le mouvement de l'école ionienne ; la lutte des systèmes en est la conséquence nécessaire , et cette lutte amène une détermination plus précise de chaque principe ; elle les dégage insensiblement l'un de l'autre ; d'Anaximandre sortiront un jour Leucippe et Démocrite , tandis que la grossière unité de Thaïes dégagée , par Anaximène et Heraclite , d'une partie de son enveloppe matérielle , donnera naissance à la notion d'intelligence.

Ainsi envisagée, la marche de la philosophie ionienne est facile à comprendre ; les doctrines n'y sont point in^ dividuelles et isolées, comme l'a pensé Ritter (5). Il y a entre elles un lien véritable ; elles se tiennent par leur opposition même. Si aucun philosophe ne continue la doctrine de son maître , c'est que chaque système, par ce qu'il a d'étroit et d'exclusif, révèle les défauts du point de vue qu'il adopte , et appelle un progrès dans une direction opposée. Les diverses spéculations oscillent ainsi alternativement de l'unité à la pluralité; elles se prononcent et se séparent chaque jour davantage , jusqu'à ce

(l)Met. ,i,3.

(2) L IX , adv. ph'ysic.

(3) Hist. de la Phil. ,liv. ii, ch. 2.

qu'une doctrine plus large vienne les accorder en les réunissant.

Un "'principe commun à tous les Ioniens, et que nous retrouverons dans Anaxagore, c'est cr que rien ne se fait de rien » ; que rien ne nût dans l'acception absolue du mot. Ce principe admis, il n'y a que deux hypothèses possible : ou bien ce qui doit être préexiste déjà dans une sorte de chaos ^ à l'état de confusion et de mélange, la production n'est qu'un dégagement ; ou bien le monde est le résultat des transformations incessantes d*un ou plusieurs éléments générateurs. Tous les systèmes ioniens se rattachent à l'une ou à Tautre de ces deux solutions. Ils s'accordent encore à considérer la force productrice, celle qui opère le dégagement ou la transformation des êtres , comme éternellement inhérente à la matière.

Chez Thaïes, qui le premier donna une explication scientifique aux phénomènes de l'univers, la doctrine physique est encore mal assise; rien n'est distingué bien nettement; l'eau est tout à la fois l'élément matériel du monde et la cause de l'ordre ; elle est une sorte d'âme répandue dans l'univers. Phérecyde , son contemporain , distingue deux principes , Jupiter et la Terre , Çsûç xat î^ôwv ; mais le caractère de Phérecyde le rapproche plutôt des poètes que des philosophes , et il eut peu d'influence sur les développements de l'ionisme.

Le système d'Anaximandre , au contraire, marque un véritable progrès. Il n'est plus question chez lui d'âme du monde , d'harmonie et d'ensemble. Son unité primitive , l'infini, n'est qu'un agrégat de parties; le point de vue matériel a décidément pris le dessus , et cette doctrine ,

qui en apparence nous écarte de la vérité, est cependant un pas versla.solution du problème cosmologique. Avant d'arriver à une explication vraie de l'univers , il faut que chaque principe se soit défini et ait montré ce qu'il peut produire. La matière d'Anaximandre n'est point animée; elle n'est pas un principe d'organisation : tout se résume pour lui dans une pluralité d'éléments éternels, séparés et organisés par l'action d'un mouvement qui leur est inhérent. La vie a disparu de l'univers.

Heraclite et Anaximène réagissent avec force contre Anaximandre, et font faire un nouveau pas à la science. Le système d'Anaximandre , excellent pour expliquer la variété des phénomènes et l'existence des êtres individuels, supérieur même , sous ce rapport , à ceux d'Heraclite et d' Anaximène , laissait dans l'ombre l'unité et l'harmonie. Il était nécessaire que ces notions , vaguement entrevues par Thaïes, devenues plus sensibles par cela même qu'Anaximandre les avait laissées en dehors du monde, revendiquassent enfin leur place.

Entre les mains d'Anaximène , le principe actif commence à se dégager. A l'eau , âme du monde , mais âme inerte et presque inutile, il substitue l'air, élément moins matériel, et source de vie. Son point de départ est l'homme; et c'est là un fait remarquable, que le premier progrès réel dans Texplication de l'univers se soit accompli «n dehors de l'observation externe. C'est parce que l'air lui semble le principe de la vie et du mouvement dans l'homme, qu'il en fait l'élément de tous les êtres et la vie du monde* Quel, qu'imparfait que soit ce principe de vie et d'organisation, il est un acheminement à des conceptions plus vraies ;

â'AnatxUnëné à Anaxagore , !I n'y a ^lus qii'tin pas.

Hëraelhe avait été plus loin encore qu' Anaiîmëné^ son eontemporahr; il avsiit eu recoinrs àl'élémenlle plnâ subtil, le plus imtiiatëtiel , le feu , doué (futi motivèttien! èîdt' nel. Atritée à ce point, la doctrine ionienne ttabissâii foorcémenl ^es défauts et son impuissance. En taiit qu'explieation des phénomènes matériels , elle était d'autant pfluS faible qu'elle s'était plus Spirituàlisée. Emportée par une tendance irrésistible vers l'explication du mondé immatériel, elle avait sil^andonné les traces d'Anaximandre, et l'univers matériel lui échappait : l'air et le feu étaient trop Subtils comme matière élémentaire ; et , d'un atitre côté, comme principes de l'ordre et du bien , comme explieatioti dû monde intellectuel, ils étaient insuffisants. La séparation eAtré 1^ deux ordres de faits était donc devenue inévitsible , par suite des efforts que l'on avait faits pour les concilier.

Un double progrès restait à accomplir. Revenir en arrière aux éléments multiples d'Anaximandre, pour donner une base solide aux phénomènes sensibles; aller plus loin qu'Anaximène et Heraclite dans l'explication de l'harmoi)ie ; séparer en un mot deux choses désormais inconciliables, et arriver à l'inteUigence : tel fut le rôle d'Anaïâgore ; en lui se résume l'ionisme avec sa double tendaùcë. n doit beaucoup, sans doute, à Anaximandre; mai^ on a contesté à tort ses rapports avec Anaximène ; ca(r la révolution qu'il a accomplie , Anaximène et Heraclite l'avaient ihdiréctemeni préparée.

Da Mélange primitif et 4es RooiWries.

La doctrine d'Aoaxagore ne se sépare point brusque-* ment de celle de ses prédécesseurs; comme eux^ il prend la matière pour base ; il lui demande compte de tout ce qu'elle fiteut expliquer , et ce n'est qu'au moment où elle lui manque qu'il s'élève à un principe supérieur. U n'arrive point à l'intelligence par une intuition spontanée , mais bien par lusie conséquence forcée de son système physique. Il résuUe de là que l'intelligence n'intervenant chez lui que comme complément de la matière , ne peu( être connue que par son rapport avec elle. Noins devops donc rechercher d'abord quelle idée il se forme du principe matériel ; car dans cette première conoqptioq est le germe de tout son système.

Le Traiié de la Nature comnw^çait , yu rapport do Simplicius , par la description d'un état priinitif dans lequel tous les éléments étaient conf<(mdus , voilés par leur mélapge réciproque, et ne pouvaient manifissier aucune de leiMTS qualités internes ni externes. « Toutes choses fk éltient conio^ues 9 infinies en n/ombre et en petitesse ,

(1) Simpl., in phys. Amt, t 33 « b-

» car leur petitesse était aussi infinie^ et , tout étant con- * fondu 9 rien n'était visible à cause de la petitesse. »

Tous les auteurs anciens ont attribué à Anaxagore cette même pensée d'une confusion originelle et reproduit la phrase qui Texprime : éfxôu itùvtk xp^fianK h. Cette proc position était devenue comme le résumé de sa doctrine et avait passé en proverbe.

Il n'est pas très-facile cependant d'en déterminer exactement la portée : le vague de l'expression avait déjà dans l'antiquité donné lieu à des doutes nombreux sur la nature du mélange. Aristote, Simplicius se demandent s'il est un ou multiple , si c'est un simple agrégat d'éléments distincts et irréductibles y ou bien une matière première indéterminée ; enfin s'il est infini ou seulement indéfini. Il fallait que ces divers points de doctrine fussent assez peu clairs dans l'exposition d' Anaxagore^ puisqu'Aristote , qui avait ses ouvrages sous les yeux , ne leur a pas toujours donné la même solution et se plaint sans cesse de l'obscurité des termes.

Simplicius ne croit même pas à l'existence réelle de ce mélange primitif; selon lui la peinture qu'en fait Anaxagore n'est qu'une pure hypothèse inventée pour la régularité du système^ et destinée à en faciliter l'intelligence ; le monde a toujours été dans l'état où nous le voyons aujourd'hui. Voici ses paroles (1) : <r Platon, Emit pédocle , Anaxagore et les autres physiciens expliquent hypothétiquement la production des composés au moyen

(1) Gomm, sur le Traité du ciel d'Arist., f. 70, b.

1» d'éléments simples ; ils divisent en éléments simples lès D objets qui sont sous nos yeux , et racontent ensuite la » réunion de ces éléments^ conime si ce dont yiennent les JD êtres avait préexisté dans le temps. » Le texte d' Anaxagore dit positivement au contraire que tout était confondu dans Torigine , et que « l'esprit commença le mouyement»ip Çoto é NôOç xiverv (1). Ily eut donc véritablement un état d'indétermination, et l'esprit n'arriva que plus tard. Aristote prend au sérieux cette opinion d'Anaxagore et la combat à plusieurs reprises (2). Eudéme reprochait aussi à Anaxagore d'avoir donné un commencement au mouvement et de n'avoir point parlé de sa fin (3). Thémistius se moque également de la paresse de l'intelligence et demande pourquoi elle se mit si tard à l'ouvrage.

Cette conception d'un mélange absolu reposait , pour Anaxagore, sur l'observation des faits sensibles. « Voyant » que tout vient de tout, et que les contraires naissent des » contraires, il disait qu'il y avait mélange de toutes cho- » ses (4) )), et s'élevait ainsi à l'idée de la confusion primitive ; le phénomène de la nutrition lui servait en particulier à prouver ce point fondamental de sa doctrine : le pain produit de la chair, du sang, des os : il les renfermait donc déjà; l'assimilation n'est qu'un dégage-

(1) Simpl., in phys. Arist., f. 67, a.

(2) Met. 1,7.

(3) Simpl., in phys. Arist., f. 248.

(4) Arist., phys. m, 4 et passim.

ment (1). On peut aussi, avec Théophraste, voir laspu^-ce de x^ette théorie dai^s l'infini d'Ài^aximaiMlre.

Le laélaDge primiiif est infini • «•'jntpw ; i^t pajr là il jie faut pas entendre seuleoient rindétermiaatio» , mai^ une îafioité véritable. Anaxagore s appuia sur laocNUon d'un iofim en dehors duquel il n'y a rien pour prouver l'imr mobililé du mâiange (2). Il y a donc infinité, et 90m le rapport de l'étendue , y^i to^* irtpUx'^y t^^pov èan (g), « l'easemble est infiai », i^i quant au nombre des parties comprises dans cet ensemble , 7r«yra umtpo^ xpd içluQoç ^kkI (rfA0(j9ÔTnTflc « toutes choses sont infinies en nombre et m pe? titesse. 9 Aristote part de cette idée d'infini poiiir réduire à rabsiu*de la doctrine des homéoméries> et sans cesse il reproche à Anaxagore de composer l'univers avec des élér ments infinis. Il faut avouer du reste que cette conception n'était pas trèsTuette dans l'esprit d'Anaxagore, puisqu'après avoir donné l'infinité à l'ensemble , il l'accorde également à chacun des éléments qui y sont compris, ce qui constitue une infinité d'infinis. Simplicius a vu cette difficulté Qt il l'a résolue en supprimant par le fait l'idée d'infini (4); ce qui pe peut convenir au système d'Anaxa gore.

L'unité absolue du mélange semble résulter de quelquesTuns des passages d' Anaxagore cités par Simplicius;

(l)Plut. dePlacit.,phil.

(2) Arist., phys. m, 6.

(3) Simpl., in phys. Arist., f. 83, b.

(4) Gomm. sur le Traité du ciel, f. 149, b.

il en est d'autres , au contraire , rpiî sont favorables à la pluralité. Cette contradiction apparente se conçoit aisément; le mélange peut être considéré en lui-même, en tant que tel , et alors il est vrai de dire qu'il nf'a aucune qualité , aucune couleur, qu'il est absolument un, rien n'y étant déterminé ; on peut aussi considérer en lui les parties qui le composent, les éléments distincts que le mouvement doit en séparer, et alors apparaît la pluralité. Ce double point de vue se rencontre dans Anaxagore, de telle sorte cependant que le premier, celui de l'unité prédomine , et en cela il s'est montré conséquent à Tuiméme. Quelle est en effet l'idée fondamentale de son système ? C'est que même dans le monde actuel il y a mél^oige , confusion des êtres; c'est qu'aucun objet n'a une existence propre, et n'est absolument -un; que l'individualité en un mot est plutôt apparente que réelle. C'est dans ce sens qu'il dit : « Dans un monde unique, les ob- » jets ne sont point séparés , divisés par la hache (1) » t à plus forte raison cela est-il vrai du chaos primitif, alors qu'il n*y a pas même un commencement de séparation. Ce qui prouve mieux encore que le mélange avait le caractère de l'unité aux yeux d' Anaxagore , c'est qu'il en fait un continu (2) et supprime le vide. L'idée du plein, de la cohésion absolue de tous les éléments est continuellement invoquée par lui dans Texplication des phénomènes particuliers; il y ramène la respiration des pois-

(1) ov TLeyjûptfjTKt Ta 6v Li xoo-pw, oO^s àîroxsxOTrTae rcûéust, Simplic. , in Phys.* Arist. , f. 37, b.

(2) Arist.,Phys., m, 4.

sons (1) , la suspension de la terre dans l'espace (S) ; il avait même démontré Timpossibilité da vide par des expériences spéciales (3) . Sous ce rapport, il se rapproche des Éléates ; l'union absolue^de tout à tout dans la confusion primitive rappelle Tunité matérielle 4e Xénophane. Mais Anaxagore ne s'est point arrêté à cette imité, dont la conséquence logique eut été l'immobilité absolue. Il a distingué au sein du mélange une pluralité qui est voilée sans être j>our cela moins réelle, et c'est de cette pluralité qu'il a tiré l'univers. L^ seul reproche qu'on paisse lui adresser , c'est de n'avoir pas fixé avec assez de précision ce doid>le caractère du mélange. Aristote ^ demandait dqà s'il était un ou multîfde , et tantôt il regarde le mélange comme une substance une et indéterminée (4), tantôt il range Ânaxagore parmi ceux qui admettent la pluralité de la matière (3) . Théophraste croit que le point de départ d' Anaxagore est l'unité ; mais son opinion ne s'appuie point sur le texte du Traité de la Nature ; il est obligé pour l'étabUr d'invoquer les rapports d'Anaxagore et d'Anaximandre (&). Simplicius, qui cite Théophraste, est moins exphcite encore ; il ne sait si l'unité doit être attribuée à l'intelligence ou à la matière (7). La distinc-

(1) Arist. Ttepi «vwwv. ch. 2.

(2) Arist .9rif.c Ôu/iflcvoO II, 13.

(3) Arist., Phys., iv, 8.

(4) Met. 1 , 7, et XH, 2.

(5) De générât, et corr., i, 1.

(6) Simpl. f. 6, b, in Phys. Arist,

(7) Id. f . 33.

ÛQfi que nous %yw» établie explique ces ImitafUons en présence do double point de vue d'Auaxagore; dk nous aidera plus lard à comprendre po^rquoi le caractère des boméof^éiies a été mal saiû par Aristote et les auteurs qui l'ont pris pour guide.

Jusqu'ici , nous n'avons rien rencontré qui sépare absolument Anaxagore des autres Ioniens; mais, en proclamant rioHttobitké de )a matière , il est entré dans utie ▼oie nouvelle. Le mélange à ses yeux est en repos de toute éternité , et par lui-même il est incapable d'en sortir; il y serait éternellement resté ^ si l'intelligence ne lui eut communiqué leaiouvemeiit. Ici encore Anaxagore distingue l'infini, considéré dans son ensemble , de la pluraUlé de^ éléments qu'à renferme. L'infini est immobile -en soi; il Teat à |amaia; les éléments ne sont immobiles, que par leur confusion ; ils peuvent entrer en mouveouint au sein même de l'immehilité de l'ensemble. Mous irouyops dans la fihysique d' Aristote et dans le^ Fragments d' Anaxagore des traces de cette double démons*tradon. Aristote nous a -conservé ie raisonnemeat par lequel Anaxagiere prouvait l'inertie de l'infini {1} : « L'in- » fini est immobile de sa nature^ et cela parce ^'il est » renfermé en lui même; rien autre cbo^e nei*environne, p et partout où il est , il y est par sa j^opre nature. » Cette inertie du tout n'implique nullement pour lui l'imir mobilité des parties , et en cela il se sépsure des Eléates. Les divers éléments qu'embrasse Tinfini sont susceptn)les

(l)Phys.,iii,5,

de déplacement , mais non par eux-mêmes ; la seule rai* son qu'en donne Anaxagore , c'est qu'ils sont mélangés. L'intelligence , principe de mouTcment , se distingue surtout de la matière en ce qu'elle est sans mélange ; et'te]le est la force d'inertie qui résulte de la confusion des éléments , qu'il suffirait que Tesprit fût uni à l'un d*eux pour que sa puissance fut à l'instant anéantie. « S'il n'était pas sans mélange, mais uni à quelque objet, il partici-perait à la nature de toutes choses... Le mélange l'empêcherait d'agir sur aucune chose, comme il le ii^it étant indépendant (1). d

Anaxagore n'a point dit quelle était la nature de ce mélange inJGmi, et il ne le pouvait, d'après la conception qu'il s'en forme. Il renferme toutes les qualités, et il n'en possède aucune par lui-même. Il ne ressemble point ce*pendant à la matière première d'Aristote ; car tout y est déjà en acte. Il est encore moins un élément déterminé : l'eau ^ par exemple , comme l'a prétendu Plotin (â) v son essence est de renfermer tous les éléments , et de n'être aucun d'eux ; de donner naissance à tontes les choses sensibles , sans être lui-même une réalité perceptible.

Pour bien comprendre cette première partie du système d' Anaxagore, il suffit de se rappeler l'opinion qu'il 'avait adoptée relativement à l'impossibilité de toute production et de toute destruction : «Les Grecs, dit-il (5) ,

(1) Simplic. in Physic. Arist. , f. 33. , b.

(2) Ënneade , ii , 1. 4.

(3) Simplic. in Physic. Arist. , f. 36, b.

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