‹ Dissertation sur le rhumatisme articulaire [microforme]Chapitre 4 sur 7 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Rhumatisme articulaire aigu , suivi d’un épanchement dans l'articulation du genou gauche, et passé à l’état chronique.( Hôpital de la Charité, le 25 mars 1822. )

Edme Rousseau, âgé de quarante-huit ans, tonnelier , d’une bonne constitution, d’un tempérament sanguin , éprouva à vingthuit ans pour la première fois, après s'être exposé à l’humidité, un rhumatisme qui commença par l'articulation de la cuisse gauche. La douleur qu'il ressentait à cette articulation était très-vive; elle était augmentée par la pression , par le mouvement ; elle l'obligea de garder le repos. Sans abandonner l'articulation de la cuisse, la douleur passa aux articulations métatarso-phalangiennes , et à la plus grande partie de celles du pied gauche, où survinrent bientôt du gonflement, de la rougeur , et de l'impossibilité dans les mouvemens ; ensuite aw genou du même côté, qui devint très-gonflé, trèsenflammé ; et à la région lombaire. Ce rhumatisme articulaire a parcouru ses périodes dans ces différentes articulations, et s’est dissipé au bout de quinze jours ou trois semaines , sans que le malade n'ait fait autre chose que de garder le repos. Depuis ce temps, le rhumatisme articulaire s'est répété un grand nombre de fois chez ce malade; il a toujours commencé paf l'articulation du gros orteil du pied gauche, s'est prolongé dans les articulations ci-dessus; de

plus, dans celles des mains, des poignets, des coudes et des épaules, mais jamais dans celles du membre inférieur droit. Il:a paru tantôt la nuit, tantôt le jour , et toujours sous l'influence du froid humide ; il n’a jamais été précédé de phénomènes internes. Le malade est exposé par son état à descendre souvent dans les caves, et c'est de celte manière qu'il a gagné un nouveau rhumatisme articulaire le 17 de ce mois. La douleur a d’abord paru dans les articulations raétatarso-phalangiennes du pied gauche; le lendemain matin, le gonflement occupe les articulations ci-dessus; il y a un peu de rougeur à la peau; il y a impossibilité de marcher. Le même jour, la douleur se porte au genou gauche, où elle est bientôt suivie de gonflement, de rougeur et de chaleur. Le rhumatisme reste fixé aux articulations précédentes, et fait des progrès jusqu’à l'entrée du malade à l'hôpital de la Charité, le 22 de ce mois.

Aujourd'hui, 25, état suivant : Il y a peu de chaleur à la peau, point de sueur ; le pouls est plein, fort, peu fréquent ; il n’y a point d'appétit ; la langue est blanchâtre; il n’y a point de sommeil; l'urine est chargée, épaisse, jaunätre; il n’y a aucune douleur dans les viscères ; les articulations métatarso-phalangiennes du pied gauche sont douloureuses; il y a du gonflement; la rougeur à la peau est peu prononcée ; les mouvemenus sont douloureux ; les quatre derniers doigts de ce pied sont retirés, ankyiosés , et dans une flexion forcée. La douleur du genou du même côté: est très-aiguë, lancinante ; le gonflement est énorme, et fait craindre qu'il n’y ait tumeur blanche ; cependant le malade dit qu'il a déjà vu son genou dans cet état, et qu'il s'est bien guéri. On ne peut pas sentir la rotule, ni voir s’il y a épanchement dans l'articulation, parce que le gonflement est trop considérable et la douleur trop aiguë. La rougeur de la peau est très-vive ; le malade ne peut remuer son membre, et le moindre attouchement augmente beaucoup la douleur. Il y a un peu de douleur dans l'épaule droite ; cependant il n'y a point de gonflement , et les mouvemens se font assez bien : il n'y a point de douleur dans les. autres articulations. On remarque les traces d’une affection ancienne

dans celles des doigts des deux mains ; ces articulations sont déformées. On remarquesur leurs côtés des grosseurs, des nœuds très-durs et très-adhérens aux os. Ces nœu:ls ont dérangé la direction des doigts, dont lés mouv:-mens s'exécutent pourtant assez bien, On sent des duretés à la face dorsale des poignets, vis-à-vis les tendons. ( Prescription : trente sangsues au genou gauche ; cataplasmes émolliens matin et soir, violette édulcorée , pilule d'opium g. j, diète. )

Le 24, la douleur du genou a été apaisée par les sangsues; cependant elle est encore assez aiguë. Le gonflement est beaucoup diminué, et laisse apercevoir la rotule qui est éloignée du fémur , portée en avant par un fluide épanché dans l'articulation. En appuyant les doigts d'une main sur un côté de cette articulation, et en frappant avec ceux de l'autre main sur l'autre côté, on sent manifestement la fluctuation: en appuyant sur l-rotule, on la porte facilemunten arrière, à la place qu'elle occupe naturellement. Le gonflement du pied est un peu diminué, ainsi que la douleur. La douleur de l'épaule droite est à peu près la même; la chaleur de la peau , le pouls comme hier; l'urine est moins épaisse ; une selle. Le malade sent de l'appétit; il n'y a point de sommeil. ( Prescription : trente sangsues au genou gauche, cataplasmes émolliens , une pilule d'opium g. j, violette édulcorte, deux vermicelles, trois bouillons. )

Le 25, la douleur:du genou est encore assez vive; le gonflement est beaucoup diminué; la fluctualion est très-sensible, Le gonflement du picd'est peu apparent, là douleur assez vive; celle de l'épaule ne paraît que ‘par intervalles. L’urine est moins jaune, moins épaisse ; il ya peu de chaleur à la peau. Le pouls est presqu'à l'état ordinaire; il y'a èu du sommeil. ( Prescription : bourrache, vingt sangsues au genou gauche, cataplasmies matin et soir , deux vermicelles , une soupe, deux bouillons. )

Le 26, le gonflement et la douleur du pied sont dans le même état ; ceux du genou diminuent beaucoup. La fluctuation est encore trèssensible ; ii n'ya point eu de sommeil ; l’urine est un peu plis jaune que dans l'état naturel y la chaleur de la peau et le‘ pouls sont dans

(35) l'état ordinaire; il y a beaucoup d'appétit. ( Prescrption : bourrache , cataplasme bis sur le genou; deux vermicelles, une soupe, deux bouillons. )

Le 27, pru de douleur et presque plus de gonflement au pied; le gonflement ct la douleur du genou continuent de diminuer ; la fluctualion est peu sensible; la douleur de l'épaule droite se fait sentie dans certains mouvemens ; il n'y a point de sommeil : une selle. ( Prescription : cataplasme bis, bourrache, un quart d'alimens.

Le 29, le pied est dans le même état; le genou va de mieux en mieux; la fluctuation est à peine sensible; la douleur de l'épaule droite est assez aiguë, et plus la nuit que le jour; les mouvemens y sont difficiles; il n'y a point de gonilement, point de sommeil ( Prescription : bourrache , cataplasme bis , trois quarts d'alimens. )

Le 31, le pied dans le même état; peu de gonflement au genou; un peu de douleur aux deux côtés; on sent encore un peu de fluctuation. La douleur de l'épaule est beaucoup augmentée; les mouvemens sont très-difficiles , douloureux ; sommeil. ( Prescription :

vingt sangsues à l'épaule, cataplasme bis à l'épaule et au gcneu, bourrache, trois quarts d’alimens. )

Le 1. avril, la douleur de l'épaule est beaucoup diminuée; les mouvemens sont plus faciles; même état du reste. ( Zrescription : la même, les sangsues exceptées. )

Le5, le pied gauche et le genou dans le même état ; on sent encore un peu de fluctuation dans le genou gauche ; la douleur de l'épaule est considérablement diminuée. ( Prescription : bourrache, bain tiède, trois quarts d'alimens.

Le 8, Depuis le 3,le malade allait très-bien, prenant des bains tièdes tous les jours; hier, il s’est exposé à l'air en se promenant dans le jardin, et aujourd’hui il souffre beaucoup de l'épaule droite ; les mouvemens sont douloureux. Il y a trois jours, on a appliqué sur le genou gauche un emplâtre de Figo cum mercurio , qui a fait disparaître tout-à-fait la fluctuation. La marche augmente la douleur du

Er)

(54) pied ct du genou. ( Prescription : douze sangsues à l'épaule droite , cataplasme, trois quarts d'alimens. )

Le 9, la douleur de l'épaule diminuée, ( Prescription : bain de vapeurs, trois quarts d'alimens,. )

Le 12, la douleur de l'épaule est très-vive; le malade la compare à un coin qu'on enfoncerait dans l'articulation de l'épaule; mouvemens douloureux. Le pied et le genou gauches sont dans le même état, ( Prescription : vingt sangsues à l'épaule droite, trois quarts d'alimens. )

Le 13, lu douleur de l'épaule est peu diminuée; même état du reste. ( Prescription : bains de vapeurs, trois quarts d’alimens. )

Le 14, douleur de l'épaule augmentée. ( Prescription : douze sangsues , trois quarts d'alimens. )

Le 26. Du 14 au 25, la douleur de l'épaule avait éprouvé beaucoup d'amélioration par les bains de vapeurs ; les mouvemens étaient beaucoup plus faciles; mais du 25 au 26 elle est devenue beaucoup plus aiguë, et les mouvemens sont beaucoup plus douloureux; le pied et le genou gauches sont dans le même état. ( Prescription : douze sangsues à l'épaule, trois quarts d'alimens. )

La douleur de l'épaule est diminuée, cependant elle persiste. Les mouvemens sont toujours difliciles.

Depuis le 27 au 15 mai, le pied gauche est resté dans le mémeétat, présentant un peu de gonflement aux articulations métatarso-phalan= giennes, et de la douleur augmentée par la pression et par la marche. Le genou gauche offre un peu de douleur au côté externe, augmentée par la pression et la marche. L'épaule droite est toujours un peu douloureuse, les mouvemens sont gênés. Les bains chauds, ceux de vapeurs ne produisent aucune amélioration. Le malade, fatigué du séjour de l'hôpital , se décide à le quitter.

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