S II
Nous passons aux différences des deux manuscrits ^. Nous ne donnerons d'ailleurs que les principales , nous Contentant de remarquer qu'il est excessivement rate que quatre vers de suite se ressemblent entièrement, et qu'en revanche il n'est guère plus commun de trouver une différence dans le fond des idées, ni dans leur ordre. ( On sait que le manuscrit 354 est unique jusqu'à la citation de ia page 13. )
(PageU, V. 7.)
a Charlles le oist le roi encoronez
Je vos plëvi jà sera il tornez
Secorra nos par bones volentez , (Man. 254. )
Et li Fransois qui les porz ont passez. » (Man. 7397. )
RoIIans respont : « De folie parlez.
Ja Deu ne place (qui en croiz fu penez
Et el sepoucre cochez et repoussez.
Fors ad enfern fu notre sire alez ; (Man. 354.)
S'i engiet4 de ses amis privez.) (Man. 7337.)
Félon païen seront à mort tornez,
Que ja li cors soit de par moi sonez.
Ainz en ferai de Durandart asez , &c. (Man. 354. )
(Page 15, V. 7.)
Respont Roilans quant cele ot escoutëè (Man. 7337. )
Ne pîace Deu qui fist la mer salëe
Ne Marien !a pouceïïe honore'e
Que por païen i face ja cornée , &c. (Man. 354. )
(Page 16, V. 1.) Ja Dex ne place qui fist chascun bernage
Nous trouvons dans une note de M. Galland [Acad. des Inscr. t. Il, p. 680 ) qu'A existe un troisième manuscrit intitula Roman de Roncevaux} mais ce roman est en vers alexandrins. L'auteur inconnu de ce roman nous apprend qu'il a ocbrégé VhUtoire et que Jémn Bodiaiux , qui la langue ot polie , avait fait un autre roman de Roncevaux; c'est sans doute J. Bodel d'Arras, contemporain de S.Louis : rien n'indique d'ailleurs qu'il soit Fauteur ou Varrangeur de notre roman.
Que par moi France ait negnn reprovage , Ne reprover i poist à hon de mon lignage.
Asez Tel mes défendre mon aage , Que cil païen aient de moi qneyage , Ne nus par ab perdon nostre héritage. ( Man. 8 54.)
( Page 17, V. 2.)
Li arcevesque qui proz fu et ardiz
Lo destrier bronze , si monte en un iariz.
Fransois apele , grant sermon lor a dit ;
« Seignor baron , Karlles nus a norriz.
Por nostre roi devons estre esbaudiz,
Ghrestientez n*ait pas de nus mal diz. » ( Man. 954. )
( Page 19. )
Ici les deux manuscrits commencent à être souvent totalement differens :
A Olivier en a dit son corage :
« Sire compeing , je vous ting por mot sage.
Tant bon vassal vois mort en cest herbage.
Dont Fempereres a perdu son omage.
Pieindre devons douce France la large
E Gharlemeine le roi de haut parage.
Confaitement perrons avoir message ,
Par cai saûst ie nostre grant dammage
Que nos sofrons en cest désert sauvage. »
Dist Oliviers : « G'en dirai mon corage.
Mex vel morir que f en die hontage. » ( Man. S54. )
Le couplet suivant ne pre'sente que de très-Iëgères variantes.
(Page 20, V. 7.)
Ce dist Roians li proz et Taiosez :
« Sire compeing, merveilloz tort avez ; Por amor Dex por quoi me rampoinez.
Nostre bataille est fort, bien lo vëez.
Par devers noz en est li noals allez.
Ge cornerai se yos bien le volez. »
Dist Oliviers : a Vos en serez biasmez.
Vostre lignage en sera meins amez. Quant jel vos dis , se li cors fu sonez Charlles fust ci et ses ricbes barnez.
Marsiiions ne fust |a si ousez Qu encontre lui ëust paiens mandez ^.
Mais par ma barbe que vos ici vëez, Se pui venir eï reigne où fuï nez , Ma seror Aude jamais ne la vesrez Entre ses bras nule foiz ne gisrez.
Li cons Reliant o la cbiere hardie
Oit Olivier qui si le contralie ,
Molt doucement li dist et si !i prie :
« Sire compeing , por Deu lo fil Marie ,
Vos me portez iror et félonie. »
Dist Oïivers : « Bien Tavez deservie.
Mex valt mesure que ne valt estoutie ^. ...» (Man.S54.)
Les mêmes différences se remarquent entre les deux manuscrits jusqu'à la fin du morceau (p. 93, v. 9).
Bien connoissez quex est li siens semblant.
RoIIans est moult et ceintes et puissant
Et fel et fiers, orgoillous et prisans.
Ja prist-ii nobles sans le vostre cornant.
Li Sarrazin s'enfuirent as champs.
Il les ocist à s'espëe tranchant.
Là'nouz mena pa^ les prés verdoians. (Man. 73S7. )
Après un lièvre est tote jor cornant ( Man. 954.)
1 Lea quatre derniers vers anticipent assez mal-^-propos sur les idëes qui vont être exprimées dans le couplet swvant. Le manuscrit 254 y d'où ils sont tires y est celui qui présente le plus souvent des exemples de ces développemens à contresens.
s Étourderie.