NOT
Chevauche, rois, ne te yi| délaiant.
Terre de France qui tant parest vaiflans
Loins est encore ne te va detraiant.
Vouz n'i serez en pièce sefomant. (Man. 7937. )
II nous semble que ia confusion qui règne dans tout ce petit épisode de Noble, doit provenir plutôt d'un manque de mémoire que de la faute d'un rédacteur ou d'un copiste; ce qui indiquerait des chants populaires transcrite de mémoire, et non une rédaction primitivement écrite.
(Page 26.)
Ici Roland , au lieu de parler aux barons qui restent encore en vie, s'adresse au contraire aux morte :
a Seignor baron , de vos ait Dex mercis.
Totes Tos armes metra en paradis ,
O les apostres et ses autres amis. » (Man. S54. )
(Page 25, V. 9.)
Si com le porc s'enfuit devant le chien, Devant RoIIant s'enfuient li païen.
Dist l'arcivcsque : « Assez lo faites bien.
Chevalier tel valor avoir deverien ,
Qui armes portent et ont cheval si bien.
En grant bataille contenir se doit bien ,
O altrement certes nel prise Fen^
De soi vengier ne se fouigne rien. »
Iloc ont pris un itel (lardimen,
Rollans respont : « Frères, n'ies paien. »
A icest mot ferent comunalment. (Man. 954. )
(Page26, ▼. 1. )
Cette citation ne se trouve pas dans le manuscrit 954.
En pour on.
( Page 26, V. '4.) Quant RoIIans Toit la contredite gent Qui plus est noire que n*en est arement.
Ne n*ont de blanc fors les dens solement.
Ce dist {i cons : a Or sa ge veraiement , Car nos morons par le mien escient , Mais huni soit qui primes ne se yent. » (Man. 254.)
(Page 27.)
Tout le récit de la mort d'Olivier et de Garnier, et ensuite celui de la mort de Turpîn et de Roland , est complètement difFeVent dans les deux manuscrits : ce sont deux rédactions à part. Nous avons suivi presque en tout le manuscrit 7237 : le texte du manuscrit 354 lui est inférieur de beaucoup , et semble en général n'être qu'une paraphrase du premier, malgré un petit nombre de passages qui ne manquent pas de beauté.
Le fond même du récit diffère dans deux circonstances importantes :
1° Dans le manuscrit 254 , Roland finit par perdre son épée en la jetant dans une fontaine dont les eaux sont empoisonnées, circonstance qui n'est pas mentionnée dans le manuscrit 7227 : nous l'avons insérée dans notre texte. Durandai n'est point un des moindres personnages du roman de Roncevaux ; il fallait bien faire connaître sa destinée définitive. Du reste, le silence complet gardé par le manuscrit 7227 convient fort à un recueil de chants populaires détachés , et l'on a vu que nous penchions pour cette hypothèse;
2^ II n'est point fait mention, dans le manuscrit 254, de ce gant jeté à Dieu pour requérir justice.
Nous citerons deux vers singuliers que nous n'avons pu admettre dans le texte préféré du manuscrit 7227. Turpin les adresse à Roland , au moment de sa mort :
En paradis 6 sunt ii aasmonier ^ Sunt Ii lit fait ô no£ devons chocier'.
Nous remarquerons enfin que Gautier est appelé Gautier de Hui dans le manuscrit 7^97, et Gautier de Luzdans le manuscrit 954.
( Page 46. )
Puis sont com à ior mahomerie ,
Apolin trovent et Mahom qni bmnie.
De Tor d'Espeigne fa Timage plastrie.
a Hë! mauTais Dex, fait la gent barbarine ^
Com nostre loi est bai abastardie !
Dabaiz ait Deux qui ne muit ne me prie.
Per vos est hui nostre gent si onie.
Aine par vos n*orent ne force ne aie.
Li christien qui ne vos aiment mie ^
Sunt en Espeigne , par force font saisie. »
Marsifes prist un grant baston d*alie ,
Tervagan fiert quan qu*il poet lez foîe.
Li ors quassa et la teste est croissie ,
A terre chiet, mais ne s*en garde mie
Uns rois païens qui est d*EscIavonie.
Tervagan chiet sor lui à une hie , &c. ( Man. 954. )
II y a encore onze vers sur cette mésaventure du roi païen.
( Pages 47 à 51 ).
II n'est nullement question, dans le manuscrit 594, d'un combat autour des corps de Roland et d'Olivier. Le discours de Baligant y manque aussi ; enfin la défaite des païens n'y est décidée qu'après la mort de Baligant , tandis que , dans le n® 7997, ce n'est qu'après la déroute des siens que Baligant,
1 Les hommes qui ont fait des aumônes.
9 Coucher. C'est sans doute une faute de copiste , pour cochinr.
dans Texcès de son désespoir, ose en venir à un combat singidier avec le grand empereur des Francs.
Les deux vers cites (p. 49 ) ne se trouvent point dans le manuscrit 7227.
Quant au combat de Charlemagne et de Roland, c'est le texte du manuscrit 254 qui, contre l'ordinaire, m'a paru préférable.
Baligans fu de moult très grant vertn.
Ferir va Karlles desor son elme agu
Que flors et pierres en a jus abatus. (Man. 7997. )
Tresqn es chevals ii est li brans corus (Man. 254. )
Prinst de sa cbar bien plainne paume ou plus
Iluec remest Ii os tout nu à nu
Mais Deu ne plot qu'il onques vaintus fust.
Sains Gabriel est repairiez à lui ,
Qui Ii a dit : « Hë ! Karlles, que fais-tu? »
Charlles oî la sainte voix de Fangre
Qui Ii dist : « Karlles , n ayez de mort doutanee.
Lors Ii revinst vertus et remembrance.
Fiert Baiigant de Tespée qui tranche ,
Fent lui la teste , fait la cervelle espandre ;
Toute lui tranche jusqu'en la barbe blanche ,
Que mort l'abat. Iluec sans ramanance
Monjoie escrie por sa reconnaissance.
A icest mot i est venuz dus Naymes. (Man. 7227. )
Li paien toment , car il sont en balance. ( Man. 254. )
Or ont Fransois tout ce que il demandent. ( Man. 7227. )
(PageSl, V. 6.)
Granz fu Ii dox la nuit en Rencevax.
Il n'i fist joie ne cheveluz ne chax.
.Ne n'i menja palefrois ne chiyax,
S'erbe sanglante ne pot par ces terrax. (Man. 254. )
(Page 63.) Moult fu bele Aude com elle fu Testie.
Soz ciel n'a rose qui tant soit conlorie , Qui à sa face ne fust tonte amatie.
( Suivent quelques vers qui n'ont pas de correspondans dans Tautre texte. )
Lors Fa Gnibors ens el palais menée , La sale en fu trestoute enlaminëe.
(Page 64, v. 4. )
Les deux textes sont semblables à très-peu de chose près ; seulement le manuscrit 7937 ne contient pas les vers 6
et 7.
(Page 55, y. 11.)
Li cuers li part, n*i ot longe durëe.
Entr ais s'en est l'arme del cors seyre'e.
Devant Jhesu Ten ont ià sus portée.
Li rois .... ( Man. 354. )
Le reste est semblable dans les deux manuscrits.
( Page 56. )
Vers le milieu du combat entre Thierry et Pinabel, le manuscrit 3 5 4. est écrit en vers alexandrins, et continue dans le même rhjthme presque jusqu'au supplice de Ganelon. Nous préferons, comme à l'ordinaire , le texte du manuscrit 7337, qui continue à être écrit en vers de dix syllabes.
( Page 57. Supplice de Ganelon. )
Li baron s'entornerent , ii rois Tôt comandë. Si ont fors de la tor Gueneion amené.
Grant ot la forcbeûre et le cors ben formé.
Gros fu par les épaules , graile par le baidré. Mult i avoit bel hom , si Font mot esgardé.
Mar i fu sa faiture quant il ne vint à gré.
Quant îo vît l'empereres , si a des els ploré : « Fel Guenes , dist li rois , mot par m*as adoié Ma seror te donai par bone volunté Et tu m'en as rendu par mauvaise bonté. >*
NOTES. tOT^
- — « Sire , ce dist li traître , malement ai ovré ; Per moi fu mortRoHans, ne puet estre celé.
Baron, se jei vos di, n'en doi estre blasmé, Sor moi mist le message contre ma yolunte'.
A Marsille en alai o d'enviz o de gre\ Mais RoIIans volsist ben qn'il m'ëust démembre'. »
a Baron , dist Tempereres , totez lo devant moi.
Je ne puis escouter la merveille que foi.
De vergogne tressue quant de mes els le voi,
Car onques vers seignor, n envers Deu non ot foi.
H traî mes barons , onques ne sot por coi.
Or et argent en prist. Si fist mot grant besloi.
Altresi fist Judas , ce sa ge bien et croi.
Son compeignon vendi as judex de la ioi.
II reconut son tort , si se pendit per soi.
Ahi! beax niez RoIIant, quel damage ai de toi !
Et des altres barons qui erent de ta foi.
Del service Deu faire estoient en effroi. »
Lors dist à ses barons : a Sa parole a desroi
Des quel mort doit morir , baron , jugez le moi.
« Seignor, ce dist li rois , por Deu vos vel proier,
De la plus aspre mort que vos sarez juger,
Lo me faites morir. Je ne vel plus targer. »
Après le roi parla danz Girarz au vis fier,
Li sire de Vienne qui fui oncle Olivier :
(I Per ma foi , empereres , ben vos fai conseiilier.
Mot sunt ionges vos terres , et larges por chacber. . . •
Et puis mener à pie com un ors liémer
Et batre de coriges por son cors angoiser,
Et quant venra ïo soir qu'il devra berbergier
Un des membres li faites à Fostel ostajer ,
Per un et un li faites cbascune noit trencber.
Por f escot qu'il devra si ii faites laisser. »
— « Baron , dist l'empereres, ci a jugement fier,
Mais je ne le vel pas si longes respiter.
Tant com il vivra ne quit jamais menger.
Car trestoz mes amis vel de son cors vengier. »
a Par ma foi , empereres , dist Bove aï cor vaillant ,
Je vos enseignerai un joise pesant.
Comandez à'vos bom tost et isnelement,
De verz albes-espines a faire un feu ardent
Puis i faites geter le gloton sosduiant ,
Et environ lui soient trestot votre serjant. »
— a Per ma foi , dist ii rois y ci a mot fort tonnant Et Tanne en partira par merveilloz sanblant , Icestui prendrons nos , se ne trovons plus grant. »
« Par ma foi , empereres, dist Ii çons Salemons , Uns plus aspres juise partens vos esterons.
Or faites jefuner très ors et deus lions.
AI tert jor si lor soit délivrez io glotons.
Toz nuz soit despoillez ses cors et sa fazons. Lorz ert fait de son cors si grant destrucions. Dévorer Io vesroiz par mil devisions.
Ne remanra entiers cuirs , ne os , ne brobons. Car ainsi doit- on faire de ces traitor félons. »
— « Seignor, ce dist Ii rois, ce me semble raisons , Mais je n*ai pas corage que plus Io respitons. «
Aprez parla Ogier Ii bers al cor vasai :
a Fere destrucion vus sai del desloial.
Sire , faites Io mètre en cele tor aval Ne jor ne nuit ni ait solauz ne nul ostal , Fors que sor la vermine qui istra del terrai. Tôt environ son cors ben ert parti igal.
Ja n*i menjust de pain par nu! bome camal.
Quant venra al tert jor , asez i aura mal.
Toz i mosra de feim. Sofrira grant traval.
Lors le ferois fors traire el palais principal. Se Ii aparolt on le mengier comunsd , Si soit ben conrëez et de poivre et de sai Ne ja ne vin ne aive n*i ait que plein meral.
NOTES. t09
Donques mosra de soi et d^angoisse mortal, Ensi com fist RoHans lo quens en Ronceval. »
— a A ! Dex , ce dist li rois , quel esgart de vasal , Mais je nel yei oimais que je îi prist ostaL »
« Droiz èmperere , dist Neimes Ii Baver,
Un fier joîse yos sai à enseigner.
Faites lo , sire , trestot vif eschorcer , Et lo cuir en aie pendre , lo cors a solel 1er. De mel le faîtes oindre et devant et derier.
Après lo faites, sire, à set chievres leschier. Lors le verrez destroit et forment fresceller , Et por la grant angoisse tos les Deuz requigner. Ja de plus aspre mort nel poez justicier. «
— <c Per foi , dist Karlles , bien fait à otrier ; Icestui ferons nos , si no trovons pins fers. »
— a Droiz èmperere , dist Ii cons Otoier Ja ne ce mie cor seinz a deviser ,
Se faites ce que vos sai enseigner.
Nus hom de char ne poet mex deviser.
Icil traitor me faites amener,
Quatre chivaus m*i faites anseler
Les pins corans que Ton posra trover
Et par desus un pautoner monter. <
Portent correges por lor mex effrëer.
Les poinz Ii faites et lier et serer »
Et puis as coes des chevaus bien noer.
Lors vesrez vos son cors tôt dessirer. »
— « Certes, dist Karrlles, nel doit-on refuser Jà ert ciz faiz compliz sans demorer. »
« Seignor , dist Karlles , franc chevalier loial,
Li jugement soient tôt parigal ,
Cestni prendrons , car je n'i vois plus mal.
Or i pasra qui a tirant chival.
Alez monter , mi duc et mi vasal ,
Issons nos en , là fors en cet igal.
ilO NOTES.
Se li ferons son juise mortal. (Man. 9d4.) Et verront don félon le baptistal. » (Man. 72S7.) Guenelon prennent preyost etsenescha! , Fors de la Tile ie mènent comunal.
Li baron montent , si ont le cri levé , Karlles meîsme, sor nn mulet monté, Et li borjois qui mot Vont désiré.
Cbascuns fait joie (les dames à ior tré) De la vengeance Ior seigneur nature.
Guenelon ont de la vile jeté Fors de la presse , en sunt à val aie.
Iloques sunt li cheval apresté Per cele marche que Ganes ot achevé.
Sor chascun ot un pautoner monté , Lo traitor ont as coes bien noé , Mot durement et lié et serré , Li pautoner furent tôt enragé Chascuns fiert bien son cheval abrivé Trestot ont Guene destruit et dévoré En poi de terme font tôt decipliné.
A la persone li ont toz escrié :
« Cuvers traitor , or avez comparé La traîson que vos avez mené, La maie foi que vos avez porté, • As douze pers que mort furent geté.
Et par le mal que vus avez pensé Sera plus vil tôt vostre parenté.
Tex n'en sot mot qui en a plus ploré. »
tt Baron, dist Karlles , or ai quant que je voii. Quant cel ai mort qui m'a tolu Torgoil. (Man. 7S27. ) RoIIant le comte par che repousser suel Les douze pers a mis en mal esnel. ( Man. Sô4. ) Poi tant c'on vive nés verront mais mi oil.
J'ai laissié la columbe et Tescharboucle à fdil , Bien le puet on véoir jusques el val de Doil. » (Man. 12i1, )