‹ Dissertation sur les causes de la folieChapitre 3 sur 5 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

Des causes de la folie.

Nous venons de voir les symptômes essentiels de l’aliénation mentale tirer leur source de l’altération des fonctions du système nerveux en général, et notamment du cerveau. L’examen que nous allons faire de la nature des causes qui les produisent, nous convaincra de plus en plus que cette madie est, dans presque tous les cas, idiopathique.

On divise les causes des maladies , relativement à l’action qu’elles exercent pour les produire, en prédisposantes et efficientes ou occasionnelles.

Les premières ne font que rendre le corps plus apte à recevoir l’action des secondes ; elles produisent rarement une maladie par elles-mêmes, à moins qu’elles n’agissent long-temps et d’une manière soutenue.

Les causes efficientes sont celles qui, à l’aide d’une prédisposition , ou à elles seules , provoquent le développement d’une maladie.

Elles peuvent agir directement sur l’organe dont les fonctions vont être troublées, ou indirectement par l’intermédiaire d’un autre organe, L’ingestion d’une boisson froide, qui occasionne une gastrite, nous fournit un exemple de cause directe; la suppression de la transpiration ou des règles , produisant une pleurésie , en fournit un de celles indirectes.

Les causes indirectes , qu’on pourrait appeler sympathiques , méritent de fixer un peu notre attention. Elles sont de deux sortes : les unes ne sont que des troubles momentanés d’une fonction, qui ne constituent pas par eux-mêmes une maladie grave ; telle est la suppression de la transpiration, des règles ou des hémorrhoïdes : les autres constituent de véritables maladies , qui, le plus souvent, méritent exclusivement de fixer l’attention du médecin. Les affections qu’elles produisent ailleurs ne sont que des épiphénomènes, des accidens, etc. : telles sont la fistule à l’anus, que présentent beaucoup de phthisiques, la douleur du genou dans la luxation spontanée de l’articulation coxo-fémorale. Celte distinction est extrêmement importante à établir; car les maladies produites par lè6 premières de cés causes indirectes, causes qu’on peut appeler physiologiques , à défaut d’une meilleure expression , sont assimilées aux maladies produites par les causes directes, et portent ensemble le nom A'idiopathiques. Ainsi on né fait aucune différence entre Une péripneumonie qui tient à l’inspiration d’un air glacé , et celle occasionnée par une suppression dé transpiration cutanée ; le traitement est le même dans.l’un et l’autre cas. On a nommé maladies sympathiques celles qui sont produites par ces autres causes indirectes qu’on est convenu d’appeler pathologiques, et dont nous venons de donner des exemples. Il était important de s’entendre sur les choses et la valeur des mots, surtout dans une discussion qui nous présentera de fréquentes occasions d’en faire l’application.

Examinons donc successivement quelle est la nature et la fréquence des causes prédisposantes, efficientes directes ou cérébrales, efficientes indirectes, physiologiques et pathologiques , dont l’action

produit l’aliénation mentale. Les auteurs qui en ont traité n’ont point adopté tout-à-fait cette division. M. Esquirol n’en a fait que deux classes : causes mentales et causes physiques. Mais on peut voir, par le tableau de ces dernières, que plusieurs sont très - differentes les unes des autres, et ne peuvent être réunies ensemble. Il en est qui ne sont que prédisposantes, et ne font que rendre le cerveau plus impressionnable : telles sont l’hérédité, les suites de couches ; d’autres agissent directement sur le cerveau, comme l’apoplexie, l’insolation , les coups sur la tête ; quelques-unes me semblent être des accidens indépendans de la folie, etc. D’ailleurs toutes ces causes se trouveront dans les divisions que j’ai adoptées.

Je donne ici deux tableaux dressés par M. Esquirol, contenant, l’un les causes qui ont conduit environ sept cents femmes à la Salpêtrière , et l’autre près de trois cents individus, hommes et femmes, dans son établissement, pendant les années 1811 et 1812.

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