‹ Dissertation sur les généralités de la physiologie, et sur le plan à suivre dans l'enseignement de cette scienceChapitre 3 sur 9 · ARTICLE SECOND · texte numérisé non relu

ARTICLE SECOND

Théories ou ^stèmés physiologiques. Forces et propriétés vitales. Influence ou force nerveuse.

C’est peu pour l’esprit humain que la simple observation directe des phénomènes; pour être pleinement satisfait, il lui

aussi complexe que celle de vie, quand nous voyons'les géomètres ne pouvoir définir Vétendue, les algébristes ne pouvoir définir la quantité, qu’eu introduisant dans leurs définitions les mots dimension, plus et moins, dont le premier suppose déjà connue l’idée d’étendue, et les deux derniers celle de quantité ? C’est qu’U. existe réellement des idées simples on fondamentales dont la définition est impossible, comme la décomposition des corps que nous appelons simples; et puisque plusieurs de ces idées simples se trouvent comprises dans celle de vie, sa définition participe nécessairement à la fois de l’obscurité de la définition de toutes les idées simples qu’elle renferme.

faudrait Ja connaissance même des causes fondamentales ou de Ja nature intime de ces pliénomèues. Il s’est vainement consumé pendant des siècles dans la recherclie de cette espèce de pierre philosophale ; toutefois, il ne se tient pas encore pourvaincu, du moins à en juger par les travaux de quelques modernes.

Quant à nous qui n’avons pas le bonheur de croire à la possibilité d’une telle découverte, nous allons simplement exposer ici les tentatives qui ont été faites pour ramener à un certain nombre de causes ou Ae, forces les phénomènes dont l’ensemble constitue la vie. Après un libre et rapide examen des opinions des auteurs , sur un sujet placé à de telles profondeurs, que l’œil de notre intelligence ne peut percer nettement jusqu’à lui et l’apercevoir que d’une manière incertaine et confuse, ce ne sera pas sans quelque défiance de nous-même que nous proposerons notre propre sentiment.

Quelques philosophes hardis , dès la plus haute antiquité, conçurent la pensée de rapporter à une seule et même cause tous les phénomènes du monde inorganique et du monde organisé , de la vie et de la non vie , pour me servir de l’expression favorite de quelques modernes.

l^Jais on ne tarda p&shpluraliseren quelque sorte cette cause, et l’on voitdéjà dans Hippocrate une distinction formelle entre les forces qui président aux phénomènes des corps inorganiques et celle qui régit les phénomènes des corps organisés. Il se servit du mot fum pour indiquer cette dernière, mot qui signifie nature, et qui, plus tard, fut remplacé par ceux d’evo/s/tov, de vis insita, A’impetuni faciens. Ces divers mots n’expriment évidemment rien de précisj ce sont des espèces de signes analogues aux X, Y et Z dont se servent les algébristes, pour représenter des valeurs inconnues. Restait donc toujours à déterminer la valeur de ces signes physiologiques. Van-Helmont inventa un nouveau signe pour exprimer l’inconnue; mais il ne fit aucune des operations nécessaires pour avancer la solution du problème. L’archée (c’est Je signe employé par Van-Helmont ), principe immatériel distinct de l’âme, avait sous son empire tous les phénomènes de la vie, soit normale, soit anormale. Non-seulement chaque être vivant avait son

archée ou son génie propre, mais encore chacun des,organes d’un même individu avait son archée particulier, lequel toutefois était d’un ordre inférieur à l’archée suprême, sorte de Jupiter olympien, qui, de l’orifice cardiaque où il siégeait, gouvernait tout l’ensemble.

On ne crut pas long-temps, si jamais on y crut, à la fable de Van-Helmont. Il était réservé à Siahl de renverser cotte espèce de paganisme physiologique. Quant à lui, revenant, sous un autre nom , à la force unique d’HippQcrate, il considéra Vame comme le seul moteur de l’économie vivante(i).

Le principe vital de Barthez ne, paraît guère être autre chose que le naturisme d’Hippocrate ou Vanimisme retourné. Néanmoins, Barthez eut soin de déclarer que le mot de principe vital n’était pour lui qu’une espèce de X algébrique; heureux si, dans le cours de son ouvrage, malgré cette déclaration expresse, il n’eût point parfois personnifié, à son insu, peut-être, l’abstraction ou l’hypothèse qu’il avait imaginée!

Considérant que « rien n’é'st plus vague, plus incertain que ces mots : vitalité, action vitale, influx vital, e.tc,, quand on n’en précise pas rigoureusement lè sens, » notre immortel Bichat, rejetant le mot forces .vitales, conçut lUdée de rapporter tous les phénomènes des corps vivants à un certain nombre de propriétés distinctes de celles des corps inertes j imitant, en cela , disait-il, les physiciens, les chimistes et les astronomes, qui attribuent tous les phéno mènes du ressort des sciences astronomique et physicochimiques, à la gravité, l’élasticité, l’affinité, etc. On sait que les deux propriétés fondamentales admises par Bichat, étaient la sensibilité et la contractilité. Toutefois, comme ce

qi) Sauvages fut un des partisans de l’animisme, si nous devons en croire le panégyriste de cet illustre nosologiste. Ce panégyriste se garde bien de considérer comme décisives les réponses de Sauvages aux objections qui lui furent faites,; mais , considérant l’obscurité du sujet, il ajoute ; « L’in- » certitude des coups portés pendant la nuit, est souvent une ressource heu- » reuse pour les éviter ; on est vivement pressé, et l’ôn échappe à la faveur » des ténèbres. » ( Eloges des académiciens de Montpellier, abrégés et publiés „ parM. Desgenettes, pag. i54.)

beau génie sentait bien qu’il était impossible de rapporter a deux seules propriétés , la variété immense des phénomènes qui se manifestent dans les corps vivants, il partagea ces propriétés en plusieurs autres. (Sensibilité animale, sensibilité organiquej contractilité animale, contractilité organique sensible, contractilité organique insensible; outre ces propriétés vitales, Bichat admettait des propriétés de tissu , indépendantes de la vie, savoir , Y extensibilité et la contractilité de tissu. )

Adoptée d’abord avec un enthousiasme presque général, comme le sont la plupart des conceptions des hommes supérieurs, la séduisante doctrine de Bichat a beaucoup vieilli aujourd’hui; mais on ne saurait s’empêcher,, sans une criante injustice, delà considérer comme un immense progrès, comparée à celles qui avaient précédemment régOé dans les écoles. Certes, c’était beaucoup que d’avoir secoué le joug de ces vitalistes, qui (je me sers des propres expressions de Bichat)» ont tout rapporté, dans l’économie vivante, à uii principe unique, principe abstrait, idéal et purement imaginaire, quel que Soit le nom à'ame, de principe 'vitale d’art/jée, été., sous lequel on le désigne ( préface de l’Anatomie générale), vt Ainsi dose, gloire éternelle à Bichat, pour avoir fait subir à la physiologie cette heureuse révolution, qui ébnsiste à analyser avec précision les phénomènes des eoip.S vivants,et à les classer suivant leurs analogies et leurs différences ! Mais la part de l’éloge étaul faite, vient ensuite celle du blâme. Oui y sans contredft , Bichat a commis une très grave erreur, en regardant tous les phénomènes des corps vivants comme ne pouvant se rapporter à aucun de ceux que nous offrent les corps inorganiques , en les rapportant loUS indistinctement, pour parler son langage , à des propriétés vitales y essentielle-' ment différentes des propriétés physiques et chimiques.'Les expériences ont, en effety surabondumment démo-ntré , ainsi qu’on le verra dans un des articles dé cette dissértatro^ y que plusieurs des phénomènes atCribuét par fiichai à sa sensibilité organique, à sa contractilité organique insensible, ne diffèrent point essentiellement de ceux-que nous observons dans

les corps non vivants : tels, par exemple, l’exhalation et l’absorption qui sont pour ainsi dire les analogues de Yimhibilion et de la transsudation qui s’opèrent dans certains corps privés de la vie. D’un autre côté, les propriétés que Bichat désigne sous les noms de contractilité et de sensibilité animales, comme l’a très bien vu M. Magendie, sont moins de véritables propriétés que des fonctions. En effet, la première suppose à la fois l’action des muscles, des nerfs, et du cerveau comme centre de volition ; la seconde, de son côté , exige le concours des organes qnireçoivent les impressionssensoriales, des nerfs conducteurs de ces impressions, et du cerveau comme centre de perception.

Le moment nous semble arrivé où il faut renoncer à cette doctrine barbare qui nous représente les lois dites vitales comme constituées, sous tous les rapports, dans un éternel état de guerre avec les lois physiques. Ou a beau accuser d’hérésie ceux qui proclament la nécessité de cette nouvelle révolution physiologique, les véritables hérésiarques seront bientôt ceux qui auront employé tous leurs efforts à prévenir cette inévitable régénération. Mais ne tombons pas d’un excès dans un autre, et reconnaissons que les phénomènes de volition, de perception, d’intellection, tous ceux, en un mot, qui sont l’apanage des différents systèmes nerveux en général, et sur-tout des centres de ces systèmes nerveux en particulier, constituent réellement des phénomènes sans analogues dans les corps inorganiques et qu’il faut ranger par conséquent dans une catégorie distincte.

Le prince de la chirurgie moderne analysant l’anatomie de Bichat, disait: « on ne saurait douter que l’anatomie, sur » laquelle on a déjà publié un grand nombre d’ouvrages , » sur-tout depuis quelques années, sur laquelle on en attend » plusieurs encore, ne soit parvenue à une de ces périodes » remarquables , où l’esprit humain ne trouvant plus de » progrès à faire dans la direction qu’il avait long - temps » suivie , cherche dans des méthodes nouvelles des moyens » nouveaux d’arriver à des rapprochements , à des résultats, » ou même à des découvertes qui, peut<étre, resteraient sans

» elles pour toujours ignorés. » ( Journal de médecine , t. 3, pag. 65 et 66 , an x. )

La physiologie ne serait-elle point parvenue à l’une de ces grandes périodes où elle doit changer de direction ? N’atlendrait-elle pas enfin l’avénement d’un nouveau Bichat ?

Il importe donc aujourd’hui d’appliquer dans toute sa rigueur la méthode d’observer et de philosopher suivie dans les sciences physiques , à l’étude de la physiologie. Constatons, analysons les phénomènes physiologiques , rattachonsles aux organes qui en sont les instruments, et sous {'espèce desquels se révèlent à nous , si l’on peut ainsi parler, ces forces mystérieuses des anciens physiologistes. S’il est \in bon nombre de ces phénomènes (je fais, pour le moment, abstraction des actes purement moraux dont le siège seul est connu) que nous ne puissions pas encore complètement expliquer, ce n’est point une raison suffisante pour les retrancher tous indistinctement du cercle immense des faits régis par les lois mécaniques, physiques et chimiques , attendu que nous sommes bien éloignés de l’époque où tous les faits de ce genre seront susceptibles d’une rigoureuse explication.

Que si nous conservons les mots' de forces physiques, chimiques , mécaniques et vitales , n'oublions pas que ces mots ne présentent rien qui puisse être conçu comme absolument distinct de la matière soit inorganique, soit organisée, et que ces expressions ne sont pour ainsi dire qu’un artifice employé par l’esprit pour désigner d’une manière abrégée les différents genres de phénomènes que nous observons dans cette matière. Il ne nous est, d’ailleurs, pas plus donné de |)énétrerla nature intime ou l’essence dece qu’on appelle les forces physiques, telles que la gravitation , l’affinité , etc., que celle des forces dites vitales, lesquelles, d’après ce qui a été dit plus haut, animeraient uniquement les centres nerveux encéphaliques. (Car rien ne nous autorise, si nous procédons logiquement, à placer les autres phénomènes des corps vivants hors du re«or< de ceux qui relèvent des lois physiques, mécaniques et chimiques ).

En dernièreanalyse, et pour nous borner à notre sujet spécial , nous ne pouvons donc en physiologie, connaître autre

chose que tes phénomènes et les Jois qui les régissent. Quant aux forces qu’on imagine pour expliquer les phénomènes divers de cette science, ce n’est réellement que par une espece deJfoiphysiologique, et non d’après l’expérience, qu’on peut en admettre l’existence.-Mais ce qu’il -y a de bien certain, c’est qu’elles ne se manifestent à nous que sous l’apparence de l’organisatipn , et que la destruction de celle-ci entraîne celle de tous les actes dits vitaux (i).

Arrêtons-nous ici, car nous ne pourrions avancer davantage sans porter un pied téméraire sur le sol sacré de la Jbi proprement dite. Là, ce que chacun de nous doit faire, c’est de réclamer pour lui comme pour les autres le droit imprescriptible de la liberté de conscience.

ARTICLE TROISIÈUE.

Parallèle entre les corps organisés^ d les corps inorganisés.

1 “ Phénomènes e( caractères que les êtres organisés possèdent en commun avec les êtres inorganisés. Je ne dirai pas que, sous le rapport de la composition chimique, il existe d’incontestables analogies entre les deux classes

(0 Qu’Importe à Newton de connaître la nature de l’altraclion ? Quelle qu’elle toit, en a.!.-!! moins de'montré que cette attraction a lien dans les corps, en raison directe de la masse et inverse du carré des distances ? La’ nature intime des voûtions, des sensations, de l’intellection, de toutes les actions des centres nerveux enGn, se dérobe complètement à nos moyens d’investigation; mais nous savons très bien que ces fonctions ont pour organes spéciaux ces centres nerveux, et que toutes choses égales d’ailleprs, elles se développent en raison directe de la masse de leurs organes.

Quelle que soit la nature de rélcclricilé , ne sufStil pas au physicien de savoir dans quelles conditions les phénomènes qu’on lui rapporte, se manifestent, et de pouvoir lui-même faire naître à volonté ces conditions , telles que le frottement, le contact des substances hétérogènes, etc. ?

Après avoir rappelé toutes les hypothèses émises sur la force vitale, Béclard n’a-t il pas raison d’ajouter : « Il aurait mieux valu , sans doute, se borner dans une science physique, comme la science de l’organisation et de la vie, à l’observation des corps et des faits? » (Anal, génér., p. i io.]l

de corps dont nous nous occupons; que, par exemple, on trouve dans les uns et dans les autres du carbone, de l’oxygène, de l’Jiydrogènc, etc. Ce qu’il m’importe sur-tout ici de faire ressortir, ce sont les traits de ressemblance que le flambeau de l’observation peut nous faire saisir entre les corps organises, conside'rés sous le rapport de leurs phénomènes et de leurs actions.

Or, 1 ° les corps organisés ne sont-ils pas soumis , ainsi que les corps inorganisés , aux lois suprêmes de la gravitation ou de la pesanteur? Faut-il invoquer les expériences de M. Bourdon, pour prouver que les liquides et le sang ont une tendance à se porter et se portent réellement vers les parties les plus déclives; et une foule de faits pathologiques connus de tous les observateurs nous permettent-ils de révoquer en doute la proposition que nous examinons ici ? 11 est vrai qu’il existe dans les corps vivants des fonctions, au moyen desquelles sont plus ou moins neutralisés les effets dont il s’agit ici, mais c’est une preuve déplus que la gravitation étend son empire sur les corps organisés eux-mêmes. Ne pouvons-nous pas, au moyen du jeu de certaines machines, vaincre aussi dans le monde physique les efforts de la pesanteur?

a“Des phénomènes d’aflvnité chimique, tels que des combinaisons, des réactions, des compositions et des décompositions,, ne s’opèrent-ils pas incessamment dans le laboratoire desêtres organisés, comme il s’en manifeste dans les corps non-organisés? La respiration ou la transformation du sang noir en sang rouge (hématose), la conversion des aliments en chyme et en chyle, sont-ce là des phénomènes qu’il faut rigoureusement et sans autre forme de procès, retrancher de la liste des opérations chimiques? Les sécrétions elles-mêmes supposent-elles absolument l’absence de l’intervention des puissances qui président aux opérations chimiques? Les premiers rudiments de l’acte sécrétoire u’apparaissent-ils pas, en quelque sorte, dans la décomposition de l’eau au moyen de la pile voltaïque? £n effet, de même que dans les sécrétions, nous voyons' chaque organe sécréteur séparer du sang, par une sorted’élec-

tion, des principes déterminés j ainsi dans la décomposition de l’eau, nous voyons l’oxigène' de l’eau se porter vers l’un des pôles de la pile, tandis que l’hydrogène se rend au pôle opposé; nous voyons, si j’ose m’exprimer ainsi, l’un de ces pôles sécréter l’oxigène de l’eau, et l’autre, sécréter son hydrogène (i). Mais, direz-vous, il nous est impossible expliquer intégralement parles lois connues de la chimie, les fonctions dont vous venezde parler plus haut. Je conviens delà vérité de cette assertion, pourvu, toutefois, que vous admettiez de votre côté,qu’il est dans ces opérations ou fonctions quelques phénomènes sur lesquels nos connaissances chimiques ont déjà répandu quelques lumières. Mais quoi ! de ce que dans l’état vraiment naissant de la chimie organique, vous ne pouvez pas rendre un compte entièrement satisfaisant de la respiration , de la digestion, des sécrétions, etc., vous iriez en conclure que ces fonctions ne rentrent pas dans la catégorie des opérations chimiques! uçe telle conclusion violerait toutes les règles d’une saine logique. Pour spécialiser ces fonctions, dites, si vous le voulez, avec un illustre professeur de cette école, qu’elles constituent une espèce de chimie vivante, à la bonne heure; mais de ce qu’un phénomène de réaction moléculaire qui s’opère dans les corps organisés, n’est pas explicable, du moins actuellement, c’est sortir des limites d’une rigoureuse induction,que d’affirmer qu’un tel phénomène est en opposition avec les lois de la chimie. Du reste, je serai des premiers à faire l’aveu que les opérations de chimie vivante sont tellement compliquées, que tant d’élémentss’y trouvent en présence, qu’en vérité on ne parviendra peut-être jamais à nous dévoiler tous les mystères qu’elles renferment.

3“ Ne voyons - nous pas, dans les corps organisés comme dans les corps non organisés, des changements d’état? Ne voyons-nous pas, dans l’acte de la nutrition, par exemple , les

(i) Des recherches récentes sur le sang, et entre autres celles , trop peu connues, de M. le docteur Denis, tendent à faire croire que la plupart des cléments de nos solides et de nos liquides existent tout formels dans le sang. Ne'anmoins celte question re'clame de nouveaux travaux.

molécules des solides se liquéfier, et les molécules liquides du sang se solidifier et cristalliser, pour ainsi dire, en s’assimilant à nos tissus? Des phénomènes hygrométriques, des actes de capillarité, ne s’ohservent-ils pas dans les corps organisés comme dans les corps inorganisés? Parce que vous aurez donné à ces phénomènes le nom à'absorption, faut-il en conclure qu’un arrêt éternel de la nature les exile de l’empire de la physique? Quoi ! les belles expériences de MM. Magendie et Fodéra sur l’imbibition et la transsudation ; celles non moins belles de M. Dutrochet sur l’endosmose et l’exosmosc, nous autoriseraient à renier toute application des lois physiques à l’étude des phénomènes ou fonctions organiques , e t nous croirions avoir donné le dernier mot de la physiologie, en répétant à la fin de l’étude de chaque fonction : cette fonction n’est ni mécanique, ni physique , ni chimique', donc elle est organique et vitale ! {i)

4" Ne seraient-elles pas soumises aux éternelles lois de la statique, de la mécanique et de l’hydrodynamique, ces machines vivantes, dans la construction desquelles la nature a fait éclater un luxe de science que l’on chercherait vainement dans celles que l’art a, pour ainsi dire, organisées de ses propres mains? Voyez les phénomènes de la circulation , et dites si vous n’y remarquez rien qui puisse être rapporté aux lois de l’hydraulique. Nierez-vous que les valvules des veines du cœur remplissent des fonctions analogues à celles des soupapes de certaines machines? Le mouvement du sang dans le sys-

(i) J’espère que cette phrase ne sera pas prise en mauvaise part par l’un de MM. les juges du,concours : je ne crois pas qu’elle s’écarte des bornes d’une discussion loyale et vraiment academique. S’il en était autrement, je la désavouerais hautement, bien convainen qu’en physiologie plus encore qu’en aucune autre science, il faut avoir toujours présente à l’esprit cette généreuse maxime de l’éloquent orateur romain : JVos qui probahilia sequimur et refeUere sine pertinacia et refelli sine iracundia parati sumus. Pour ne pas adopter aveuglément et sans discussion les opinions de l’auteur de la Physiologie de Vhomme, je n’en rends pas moins justice à son vaste et profond savoir. Discuter librement, comme je le fais ici, les opinions d’un savant qu’on a pour juge, c’est d’ailleurs lui donner une preuve d’autant plus flatteuse de son estime qu’elle est, peut-être, plus rare.

tème artériel, toutes choses égales d’ailleurs, ne sera-t-il pas proportionnel à la force des ventricules, parce que cette puissance motrice est vivante et non inorganique? Demandez auxBorelli, auxBarthezet à tant d’autres, si la station, la marche, la course, le saut, le nager des poissons, le vol des oiseaux, la reptatro» des reptiles, etc., s’expliquent par des lois en opposition aux lois générales de l’équilibre et du mouvement, dans les corps solides.

Mais c’en est assez sur ce point, puisque, grâce au Ciel, parmi les vitalistes les plus purs, il ne s’en est encore trouvé aucun qui ait eu le courage de soutenir que , considères sous le point de vue de leur station et de leurs diverses fonctions locomotrices, les animaux luttaient contre les lois générales qui president à l’équilibre et au mouvement, où, si l’on veut, à la station et à la locomotion des corps inanimés, (i)

Le mécanisme de la contraction musculaire, instrument immédiat des mouvements, a dans tous les temps vivement excité la curiosité des physiologistes. Il serait trop long de mettre sous les yeux des lecteurs les diverses hypothèses qui ont été imaginées pour expliquer cet important phénomène. Mais je ne dois point oublier dedire que les belles expériences des Yolta et des Galvani, celles plus récentes de MM. Prévost et Dumas tendraient à démontrer que la contraction musculaire, cet acte si essentiellement vital selon les vitalistes, tient au moins quelque chose de la nature des phénomènes physiques. Ayant examiné avec un microscope grossissant de dix à quinze diamètres, la manière dont les nerfs se distribuent dans

(i) On sait assez, sans qu’il soit besoin de le rappeler ici, que la principale force motrice des animaux re'side dans les systèmes nerveux, soit volontaire,, soit involontaire, que la nature leur a donnés en partage. Quant aux impulsions qui peuvent être communique'es aux corps organises en général, et aux animaux en particulier, par les moteurs extérieurs, ou bien ils y cèdent, à l’instar des mobiles inertes, ou , s’ils y résistent, c’est tantôt simplement en raison de leur masse , et tantôt, au contraire', en leur opposant, par le déploiement des actes mécaniques qui sont en leur possession , un obstacle plus ou moins invincible.

1fismuscles, MM. Prévost et Dumas ont vu que toujours leurs rameaus s’y portaient dans une direction perpendiculaire aux fibres musculaires, et qu’aucun nerf ne se termine réellement jans les muscles ;' mais que les ramifications dernières embrassaient en forme d’anse les fibres musculaires, puisretournaient au tronc qui lesavaitfoürnies,oU allaient s’anastomoser avec un tronc voisin, de telle sorte que les nerfs, jpartant de la partie antérieure de la moelle, iraient au musdlé pour s’y comporter ainsi qu’il vient d’ôtre dit,et se rendraient ensuite à la partie postérieure de la moelle. Observant ensuite avec le même microscope les muscles dans l’état de. contraction, MM. Prévost et Dumas ont vu les fibres parallèles qui les composent se fléchir tout à coup eu zig zag , et présenter uhgi’a'nd nombre d’ondulations régulières. Ces flexions donnaient'lieü à de.s angles dont les Sinus variaient, selon le degré de contraction (ces angles, toutefois, n’étaient jamais au-dessous de 5o“); et cè qui est digne de remarque, c’est que les flexions avaient toujours leur siège aux mêmes points de la fibre. C’est aux flexions indiquées qu’est dû le raccourcissement du muscle, ainsi que l’ont démontré MM. Prévost et Dumas, en calculant les angles produits par elles. Ces habiles observateurs ont constaté que les sommets de ces angles correspondaient toujours aux points où passent et où sont fixés les filaments nerveux destinés aux muscles. Ils ont enfin attribué le phénomène de la contraction muscniaire au rapprochement de ces filaments nerveux, et ils expliquent ce rapprochement Itiimême en disant que parcourus par un courant galvanique, et étant parallèles entre eux et peu distants lès Unsdes autres, ces filaments ont dû s’attirer, en raison de cette loi de M. Ampère, que deux courants s’attirent quand ils se dirigent dans le même sens.

Ainsi, MM. Prévost et Dumas, considèrent les muscles comme de.s espèces de galvanomètres vivants , galvanomètres très sensibles, à cause de l’extrême ténuité des filets nerveux et de la très petite distance à laquelle ceux-ci sont les uns des antres. Celte sensibilité est telle que les muscles accusent des quantités d’électricité trop faibles pour affecter Je galvano-

métro de M. Schwei[îer,. quelque irri table soit, si Ion

peut ainsi dire, cet instrument.

Enfin, pour rendre plusséduisanteencore leur lliéovie de la contraction musculaire, après avoir fait remarquer les dispositions anatomiques à la faveur desquelles le nerf conserve invariablement dans le muscle la position que nécessite son emploi , MM. Prévost et' Dumas ajoutent que la matière grasse^ qui enduit les fibres nerveuses, d’après la découverte du célèbre Vauquelin, constitue un moyen d’isolement et prévient le passage du fluide galvanique de l’une de ces fibres dans les autres.

Sans doute, plusieurs physiologistes, avant MM. Prévost et Dumas , avaient rapporté à l’électricité les phénomènes de la contraction musculaire. Les uns avaient comparé la colonne vertébrale et la moelle à une pile de Voila ; d’autres, et à leur tête cet ingénieux. Rolando , dont la médecine et la physiologie déplorent la perte récente, d’autres, disons-nous,avaient considéré le cervelet comme le véritable appareil électromoteur qui anime le système musculaire de la vie de relar lion(i). Mais il fautconvenir que le travail de MM. Prévost et Dumas laisse bien loin derrière lui tous ceux qui avaient été antérieurement entrepris sur le même sujet. Avouons, néanmoins , que la matière est loin d’être épuisée, et que la mine féconde exploitée par les ingénieux physiologistes que nous avons si souvent nommés, promet encore d’abondantes richesses è ceux qui sauront y fouiller de nouveau.

. (i) La plu» profonde ob-scurilé règne encore snr le mécanisme du cervelet; mais les expériences deHolando, celles de MM. Flourens et Magendie;, et, s’il m’est permis de me cher en cette occasion, celles que j’ai faites moi-même, ne permettent pas de douter que ce centre nerveux ne joue un rôle important dans les actes de la station , de l’équilibration et de la locomotion. Ajoutons que plusieurs observations recueillies sur l’homme semblent appuyer les résultats obtenus par lés vivisections. Au reste, nous ne nous dissimulons pas tout ce qui reste encore à faire sur la physiologie du cervelet *.

. * Tout le monde sait, du reste , que certains animaux, la torpille , par exemple , possèdent de véritables appareils électromoteurs.

5° La pression de l’air ne s’exerce-t-elle pas sur les corps organisés, comme sur les corps qui ne le sont pas? N’est-ce pas par elle que s’explique le phénomène de l’entrée de l’air dans les poumons pendant l’inspiration, dans une veine qui n’a pu s’affaisser après la section qui en a été faite dans certaines opérations et dans certaines expériences sur les animaux vivants? Si l’air ne pesait pas sur les corps organisés, les fluides qu’ils contiennent en si grande abondance, ne s’échapperaientils pas à travers les vases organisés qui les contiennent? Saussure ne nous a-t-il pas appris, d’ailleurs , ce qui arrive à l’homme qui , après avoir gravi de hautes montagnes, se trouve tout à coup déchargé d’une quantité plus ou moins considérable du fardeau atmosphérique qui pesait sur lui? L’évaporation cutanée et pulmonaire est-elle la même selon que l’air est plus ou moins chaud, plus ou moins dense et plus ou moins humide? Et, sans commettre un crime de lèse-physiologie, ne peut-on pas, avec l’illustre Franklin, considérer l’évaporation comme un des moyens qu’emploie la nature pour opérer le refroidissement des corps organisés, et comparer , sous ce rapport, les corps organisés à ces vases poreux connus sous le nom d’alcarazas[?

6° Le calorique ne dilate-t-il pas les solides et les liquides organiques, comme il dilate les corps inorganiques. Vainement on viendra nous.dire que les corps vivants luttent contre les lois de ce calorique. Nous montrerons la vie incompatible avec les températures extrêmes. Les forces vitales triomphèrent-elles des lois physiques dans la désastreuse retraite de Moscou? et si la vie générale ne fut pas immédiatement vaincue, au contraire, par les influences physiques, dan.s combien de cas, au moins, la vie partielle ou de certains organes, tels que le nez, les membres, ne s’éteignit-elle pas sous l’action du froid, loin de résister à cette irrésistible influence? '

rjo Enfin ^ des phénomènes d’optique et d’acoustique rif s’opèrent-ils pas dans le mécanisme des fonctions de i’çBil, de l’ouie et de la voix?

Les réflexions précédentes, quelque raj)ides et générales qu’elles soient, me semblent suffisamment démontrer qu’il

existe, et en granJ nômbi-'e , dans les corps organisés ou . vivants, des phénomènes que possèdent également les corps |r<organisés ou non vivants, et que, par conséquent, celui-là commettrait un étrange contre-sens physiologique , pour me servir d’une expression de Bichat, qui prétendrait que les lois mécaniques, physiques et chimiques ne régissent aucune des actions que nous observons dans les corps vivants (i).

Reconnaissons hautement-, au contraire, que, les faits dits' de conscience exceptés , tous les phénomènes physiologiques, accessibles à l’observation et à rexpériencé viennent se ranger naturellement dans l’immense catégorie de ceux qu’on appelle mécaniques ou physico-chimiques; et cessons de nous étonner de l’exUéme difficulté que l’analyse expérimentale et rationnelle rencontre dans, leur explication , en réfléchissant auxinnorabrablesconditionsdont ils se composent. Dans les sciences naturelles en général, il y a, nous le répétons, comme dans les sciences mathématiques, des problèmes à nombre variable d’inconnues; les plus faciles à résoudre, ce sont ceux de la mécanique , de la phvsiqueet de la chiraiedescorps inertes, vu le petit nombre de leurs inconnues. Ceux dont la solution offre le (dus de difficulté, ce sont les problèmes de physique, de chimie et de mécanique vrVa/t/es, attendu le grand nombre d’inconnues qu’ils présentent, du moins pour la.plupart.

11 y a donc, si j’ose m’exprimer ainsi , sous le rapport des phénomènes, des liens d’une assez proche parenté entre les deux grandes familles de corps admises par les naturalistes.

(i) Il s’en faut beaucoup , à notre avis, que la question que nous venons d’examiner soit une chose oiseuse. Si nous avons cru ilevoir la prendre an sérieux, c'est que le système que nous combattons, savoir que presque toutes tes fonctions dont il a e'ié l'ail meolioa dans les pre'ce'denles considc'rations, nccopslituenlnl des pliéiiomènes physiques,ni des phénomènes mc'eaniques, ni des phénomènes cliimiques; c’est que ce système, répétons-nous, ne tend à rien moins qu’à frapper d’une iiullilc anticipée toutes les recherches, toute.s les expériences physiques, mécaniques ou chimiques que les physiolosisles pourront entreprendre pour expliquer ces fonctions. Or, nous le demandons, quel serait le sort de la physiologie, sur quel progrès pourraitelle compter si l’on interdisait à ceux qui la cullivenl le champ dés expériences de ce genre . •

Mais ce n'est pas assez que d’avoir signalé les traits de ressemblance ou d'analogie qui existent entre ces deux classes de corps, il importe de présenter maintenant le tableau des différences qui les distinguent j ce n’est qu’alors qu’on peut déterminer jusqu’à quel point la division proposée par les naturalistes est légitime} jusqu’à quel point elle se trouve sanctionnée par la rigoureuse observation et la saine raison.'

2 ° Dijférences fondamentales qui distinguent les corps organise's des corps inorganiques. Si l’on ne peut disconvenir que tous les corps de la natureont en commun certaines propriétés, telles que la pesanteur (i), l’étendue, la mobilité, etc., il n’en est pas moins incontestable qu’en les examinant d’un œil attentif , on ne tarde pas à reconnaître qu’il existe entre eux des différences plus ou moins tranchées, èt que par cons équent on peut et l’on doit les classer.

Les physiologistes ont consacré d’épais et nombieux articles à l’énumération des différences sur lesquelles repose cette classification. Pour nous, qui n’attachons pas un grand prix au rôle de copiste, et qui regardons comme un devoir de ménager le temps de nos juges, nous nous bornerons au résumé suivant, danslequel M. Duméril a, pour ainsi dire, concentré les principales différences dont i| est question.

Les corps organisés doivent leur origine à la,ge'ne'ration ( 2 ), les corps inorg.anisés à une sorte à’attraction ; les premiers

(1) On fait ici' abstraction de ces agents, connus sous le nom de corps imponàérahles, et qui, en raison de la part éminemment active qu’ils prennent à plusieurs des phénomènes de la nature, sont souvent désignés sous le nom de forces. En considérant les impondérables sous ce point de vue, on a quelque raison de soutenir que souvent la matière proprement dite , ou pondérable, est inerte oa.passive. Malheureusement il ne faut pas oublier que nous ne connaissons ces agents actifs, ces forct^ , ces causes , que par les effets observés dans les corps proprement dils,'?t qu’ils n’ont, jusqu’ici, de rMUé que dans notre esprit qui,les conçoit, ce qui en a fait nier l'existence à plusieurs physiciens modernes,

(1) Plusieurs modernes, entre autres Lamarck et M. Frey, ressuscitant une opinion des anciens , soutiennent que certains végétaux et animaux,, placés aux extrémités de l’échelle végétale et animale ., se forment quelquefois de toutes pièces , par un mécanisme analogue à celui qui donne l’èlre à un minéral. ( Phjrsiol. Je M. Adelon, tom. 1", p. 18. )

croissent, se développent, par intus-susception ; les seconds croissent, augmentent pAV agrégutioa ouJuxtà-position : les uns sont des individus d’une /orme constante (i), d’une composition compMciuée, et ne peuvent être régénérés quand ils ont été analysés ou séparés dans leurs principes ; les autres, au contraire, sont des masses de figure variable, d’une composition très simple , et peuvent être réintégrés ou reproduits, quand leurs éléments se trouvent de nouveau convenablement rapprochés. ( Duméril, Eléments des sciences naturelles, 1.1, pag. 12 . Édition 4% i83o.)

Linnée avait caractérisé d’une manière plus laconique encore, mais trop laconique, les trois règnes de la nature: Mineralia crescunt, dit-il, vegetabilia crescunt et vivant, animalia crescunt, vivant et sentiunt.

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