ANALOGIES D’APPAREILS
La recherche des analogies d’appareils ou de dispositions matérielles entre les machines du physicien et l’organisation des animaux, est un objet de recherche du plus grand intérêt.
L’appareil locomoteur et ceux des organes des sens présentent des exemples très frappants de ce genre d’analogie j mais les similitudes ne doivent être adoptées qu’avec la pl us grande circonspection : les erreurs commises en ce genre ont le grand inconvénient de discréditer tous les genres d’application d’une science à l’autre. C’est pourquoi des con" naissances physiologiques très particulières et très étendues sont indispensables pour se livrer sans danger à de pareilles comparaisons. C’est ainsi que l’œil a toujours été regardé comme une chambre noire, et qu’on a toujours attribué à la couleur foncée de la choroïde un grand degré de perfection dans la vision, en tant quelle éteint les rayons lumineux après qu’ils ont une fois traversé la rétine, et arrête toute lumière vague qui pourrait se mouvoir dans la cavité de la sclérotique. Néanmoins le phénomène observé de plus près, il paraît résulter des recherches de M. Desmoulins que les animaux
dont la vue est plus parfaite ont une choroïde éclatante qui force la lumière à passer plusieurs fois à travers la rétine.
On ne serait pas tombé dans cette application si spécieuse des usages de la choroïde foncée, si l’on avait tenu compte de ce fait physiologique bien établi que le sens de la vision est toujours affecté dune image nette, nonobstant faction detoute autre lumière vague, ou la présence de toute autre image indécise.
Le système nerveux compliqué de l’homme offre un grand exemple d’analogie de structure avec les appareils galvaniques. Les rapports des nerfs avec les muscles portent même cette analogie jusqu aux appareils d’électromotion; mais ce ne doit être qu’avec le plus grand scrupule que cette analogie passe comme un fait dans la science, et on ne saurait trop multiplier les expériences propres à la constater ou à la combattre, avant d’adopter des idées qui paraissent si séduisantes.
Nous ne pouvonsinous refuser ier à citer un exemple , qui montre àla-fois jusqu’à quel point des phénomènes de Physique sapprochent des phénomènes de la vie, et combien il est essentiel de bien choisir la méthode de raisonnement qu’on emploie xlansles deux sciences.
Si fon prend une cuve prismatique d’une forme alongée, et qu’on
la remplisse d’un liquide acidulé; si l’on plonge dans ce; liquide un certain nombre de plaques de cuivre et de zinc se succédant alternativement, et si l’on fait communiquer par un conducteur métallique la i'? plaque de cuivre avec la dernière plaque de zinc, on aura toutes les conditions matérielles d’une pile galvanique, cependant on n observera aucun des phénomènes decette pile;'mais si Ion vient a mettre en contact chaque plaque de cuivre avec chaque plaque-de zinc, en isolant les bords de* ces*eouples,'li S'établira aussitôt un courant dans le conducteur; il se dégagera de l’oxide d’azote si 1 acide employé est de 1 acide nitrique; cet oxide d’azote pourrait régénérer f acide nitrique décomj>osé en s’unissant à l’oxigène del’air; et si feau et le zinc étaient inces- ^amment renouvêlés , on aurait, si nous^osons nous exprimer ainsi, un
appareil vivant, c’est-à-dire exécutant une fonction ou une série de phénomènes non discontinués moyennant l’influence de l’air, un véhicule aqueux et une: sorte d’alimentation dans le remplacement du zinc dissous, pendantquele nitrate de ce métal, s’écoulant sans cesser formerait le produit excrémentiel de rappareil.
Il est évident que dans les suppositions que nous venons de faire, la circonstance particulière du contact des deux métaux représente assez bien l’organisation, que cet arrangement spécial est la condition du phénomène, mais qu’en bonne physique il faut en chercher las cause dans la force électromotrice'qui se développe au contact et seulement au contact des deux métaux différents.
C’est ainsi que nous considérons les animaux comme des appareils complexes, qui rétablissent et entretiennent eux-mêmes les conditions de leur action en s’emparant d’éléments pris à l’extérieur et rejetant les produits devenus inutiles, l’organisation n’étant dans ces appareils que la condition nécessaire de l’exercice de la fonction, pendant que des puissances développées dans ces mêmes appareils doivent en être considérées comme les causes actives.