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(1) Voyage de Gui Tachard.
province de Chan-Si marient quelquefois les morts , et Navarette le
raconte sur le témoignage d’un jésuite qui avait passé plusieurs an-
nées dans cette contrée. Deux familles qui perdent un garcon et une
fille après avoir formé le dessein de les unir, conviennent de célébrer leur hyÿmen, tandis que leurs cercueils sont encore dans la maison paternelle. Elles s'envoient des présens, remplissent toutes les formalités qui sont d'usage pour les vivans, placent les deux cercueils auprès l’un de l’autre, font un festin nuptial, et déposent la dépouille mortelle des deux époux dans un seul tombeau (1). — La piété filiale, base du gouvernement chinois, asservit ce peuple à accomplir avec un soin extrême toutes les cérémonies funèbres, qui sont d’ailleurs très-multipliées, ce qui est un des principaux préceptes de la morale de Confucius. Après minuit, tout le monde est obligé d'ouvrir
sa porte par respect pour les morts, qu'ils croient venir leur rendre
. e / Là f * visite au renouvellement de l’année. Navarette assure qu’on lave les
corps des morts avant de les mettre dans le cercueil; le P. du Halde
prétend qu'on les lave fort rarement, mais qu'après les avoir revêtus des riches habits et des marques de dignité dont ils avaient joui pendant leur vie, on les place dans les cércueils qu'eux-mêmes avaient fait construire de leur vivant : un cercueil est pour un Chinois le plus précieux des meubles. — S'il faut croire, à cet égard, le P. du Halde, on a vu des enfans se louer ou se vendre pour procurer un cercueil à leur père. L’heureux jour où un Chinois à pu se procurer un cercueil est célébré par uhe fête, et celui qui meurt sans en avoir un est brûlé comme un Tartare. Les cercueils des riches sont en planches qui ont un demi-pied d'épaisseur et presque indestructibles; en dedans ils sont enduits de bitume et de poix, et en dehors vernis- sés, dorés ou élégamment sculptés. On y dépose un matelas, un oreiller, du charbon, de petits ciseaux pour que le mort puisse ro gner ses ongles; et on y mettait encore, dit-on, avant la conquête des
(1) Relation de la Chine par Navarette.
(21) Tarlaves, un peigne pour qu'il püt arranger et nettoyer ses cheveux; quatre petites bourses placées à chacun des coins du cercueil contiennent des fragmens des ongles du mort; de petits guichets pratiqués dans l'épaisseur sont destinés à contenir des lampes; le corps est placé sur le matelas, la tête sur l’oreiller, et du coton remplit tous les vides. — Les tombeaux des Chinois sont placés hors de l'enceinte des villes, et presque tous sur des collines couvertes de pins et de cyprès. On voit, à la distance d’une lieue, de petits villages, des hameaux, des maisons dispersées entourées de bois, des éminences entourées de murs, la plupart en fer à cheval, qui sont autant de cimetières. Les pauvres couvrent les cercueils de terre à six ou sept pieds de hauteur, en forme de pyramides ; les grands font construire des voûtes destinées à les renfermer, et élever sur ces voûtes un amas de terre en forme de bonnets hauts d'environ douze pieds sur huit où dix de largeur, et enduit de mortier, pour qu’il puisse résister à l'action des eaux. — Près de ce monument, l'architecte chinois construit une salle dans laquelle il place une cassolette, deux vases et deux chandeliers en marbre, et beaucoup cle figures diversement sculptées. — Du Halde et le petit nombre de voyageurs qui ont visité la Chine décrivent avec de grands détails les cérémonies funèbres de cette contrée; ils apprennent qu’un Chinois est libre de conserver chez lui plusieurs années le corps d’un parent ou d'an ami, et on voit, d'après leurs récits, que ce peuple, l'une des plus anciennes des nations civilisées, porte trop loin son respect pour les morts et les honneurs qu’on leur doit rendre. Des voyageurs assurent que la mort, aux yeux du peuple de Tonquin, est un objet d'horreur extrême , et qu'ils reculent souvent les funérailles douze, quinze jours et même des années après le décès. Plus la sépulture est retardée, et plus les frais qu’elle exige sont considérables ; car la famille du mort, obligée de venir se lamenter plusieurs fois dans le jour devant son cercueil, lui apporte diverses espèces d’alimens , et entretient dans le lieu du dépôt des flambeaux allumés et des cassoleties qui brûlent continuellement des parfums. Ces mêmes voyageurs disent qu'on revêt les
corps des riches d’habits magnifiques , et qu'on place dans leur bouche de petites pièces d’or et des fraginens de perles. Les cercueils sont enduits avec uñe sorte de ciment et construits sans clous. Les tombeaux sont placés dans différens aldeas où chaque famille a quelques parens (1): d’ailleurs, comme les Chinois, dont il est tributaire, ce peuple suit la morale de Confucius, la piété filiale étant une des bases de son gouvernement.
Kampier assure que les Japonais brülent les corps des grands, et recueillent ieurs cendres dans des urnes qu’ils recouvent d’un voile précieux. L’inhumatiou est le mode de sépulture du peuple. — À Siam , les usages sont analogues. Les cercueils sont en bois vernis ou dorés en dehors, ou en plomb doré. On les place sur une éminence, un bois de lit, par exemple, pendant qu’on dispose tout pour la .cé- ‘rémonie funèbre; et pentiant cé temps-là des bougies et des parfums brülent, et les chants des talopins retentissent dans les airs. Le lieu choisi pour brûler le corps est entouré de bambous qui sont ornés de figures diverses en papier doré; le bûcher occupe le centre, et il est composé de bois odoriférans; on lui donne beaucoup d’élévation, non pas en entassant beaucoup de bois, mais en dressant de grands échafaudages qu’on recouvre de terre, et sur lesquels on construit le bûcher. Beaucoup de cérémonies accompagnent le transport du cadavre ; ilest placé non sur le bûcher’, car le cercueil re doit pas être brülé. On le laisse peu d'heures au milieu des flammes, et on l’en retire à demi consumé pour le renfermer daus le cercueil qu'on dépose sur des pyramides élevées autour des temples. Les malheureux exposent les corps de leurs morts sur des éminences et les abandonnent aux oiseaux de proie (2). | ù
Dans l'île de Ceylan, le vulgaire inhume fort simplement ses morts au sein des forêts ; mais les homwes riches ou puissans brûlent les leurs avec beaucoup de pompe. On vide d'abord l'abdomen du mort desintes-
3 (1) Baron, Description du Tonquin, Recueil du Churchill , t. 5. (2) La Loubère , Description du royaume de Siam.
tins, et on les place dans un tronc d'arbre qui a été préliminairement creusé. Le bûcher, placé sur un lieu élevé, ést composé d’une pile de bois de trois à quaire pieds de hauteur, au-dessus de laquelle on a déposé une sorte d'arcade parée de toiles peintes et de branches d’arbre. Lorsque le corps est consumé, on rassemble les cendres en un monceau, et on les entoure d’une haïe pour les garantir des outrages des bêtes féroces. Knox a été témoin de cette cérémonie. Si le mort a été d'une qualité médiccre, on le brûle dans un tronc d'arbre, et le bücher n’est composé que de branches et de feuilles (1). — Au Bengale on attend à peine le moment où le malade est près d’expirer ; on s’empresse alors de le jeter dans le Gange : ce peuple regarde comme le plus grand malheur pour le moribond de ne pas rendre le dernier soupir englouti dans les flots de ce fleuve sacré.
Depuis un temps immémorial, les peuples de l'Indoustan sendent de grands honneurs aux morts. Ils pleurent leur trépas pendant trois jours, et ce temps écoulé, le corps, lavé et cousu dans me toile blanche qui contient aussi des parfums, est déposé dans un petit caveau en maconnerie du côté droit, les pieds tournés vers le midi et le visage vers Yoccident, Quand un parsis, où croyant de la morale de Zoroasire, est au moment de mourir , on le transporte de son lit sur un banc de gazon où il expire, et son corps , enveloppé d’une pièce d’étoffe, est couché sur une grille de fer en forme de civière et conduit, ainsi placé, au lieu de la sépulture commune, qui est toujours à une certaine distance des villes. Ce lieu , destiné aux inhuinations, est divisé en trois parties ; l’une pour les hommes , l’autre pour les femmes, la troisième pour les eufans, et eniouré d’une muraille de douze à quinze pieds de hauteur. Chaque fosse a sur son ouverture des barres qui forment une autre espèce de grille sur laquelle on dépose les cadavres, que rien ne défend des insultes des bêtes féroces.
Personne n'ignore cette coutume barbare de plusieurs peuples de
(1) Voyage de Robert Knox aux indes orientales,
l'Inde qui obligeait les femmes à se précipiter dans les büchers de leurs époux, et on a vu même depuis le commencement du dix-neuvième siècle des exemples de ce fanatisme. Sans doute que l'empire des Anglais dans les Indes finira par délivrer ces belles contrées d’un usage qui outrage la nature. Au reste, dès les âges les plus reculés . on immolait autour du bücher d’un roi ou d’un grand capitaine plusieurs esclaves, des prisonniers, ou ses plus affectionnés serviteurs; et ces malheureux, et quelquefois les femines, regardaient comme le plus grand des honneurs la permission de périr sur son bûcher.
Les Turcs enterrent indifféremment leurs- morts hors des villes,
dans les villes et dans les mosquées. Quec assure qu'ils ne jettent point la terre immédiatement sur le corps du défunt, mais qu'ils forment d’abord au-dessus du cadavre une espèce de voûte en pierre. Mais écoutons M. de Châteaubriand décrire les tombeaux des mahométans. «J'avais une consolation en regardant les tombes des Turcs, dit l’éloquent auteur du Génie du Christianisme; elles me rappelaient que les barbares conquérans de la Grèce avaient aussr trouvé leurs derniers jours dans cette terre ravagée par eux. Au reste, ces tombes étaient fort agréables; le laurier-rose y croissait auprès des cyprès, qui ressemblaient à de grands obélisques noirs; des tourterelles blanches et des pigeons bleus voltigeaient et roucouiaient dans ces arbres ; l'herbe floitait autour des petites colonnes funèbres que surmontait un turban; une fontaine bâtie par un chérif répandait son eau dans le chemin pour le voyageur. On se serait volontiers arrêté dans ce cimélière, où le laurier de Grèce, dominé par le cyprès de l'Orient , semblait rappeler la mémoire des deux peuples dont la poussière reposait dans ce lieu (1). » | #
En Afrique , dès qu’un nègre de la côte d’Or est mort, ses parens et ses amis se rassemblent autour de son corps, se lamentent long-
( 1) Itinéraire de Paris à Jérusalem.
temps , et lui adressent différentes questions : Pourquoi t'es-tu laissé mourir? Quelles ont été tes raisons? Te manquait-il quelque chose? Püis ils placent le cadavre sur une natte d’écorce d’arbre, l’enveloppent dans quelque étoffe de coton, et, suivant divers voyageurs, dans un. tissu d’écorce de roseau , mettent sous sa tête un bloc de bois, couvrent le visage d’une peau de bouc, jettent sur le corps quelques poignées de cendre, étendent ses extrémités, et l’exposent à l’air pendant la moitié d’un jour. Cependant les parens et les amis continuent leurs gémissemens ; des femmes choisies exprès font un bruit horrible en poussant des cris lugubres et en frappant fortement des chaudrous de cuivre. On fait plusieurs processions autour de la demeure du défunt, et enfin son corps est porté avec diverses cérémonies au lieu destiné pour la sépulture. On le dépose dans une fosse de quatre. pieds de profondeur, entourée de pieux fort serrés, et recouverte d'un toit; et enfin on élève un monument en terre. sur lequel on place les meubles, les habits et les armes qui avaient servi au défunt.
Barbot assure que les Nègres de Tres-Puntas ensevelissent leurs morts dans un coffre de quatre pieds et demi , et que pour les y faire entrer, ils coupent la tête ou fléchissent le corps. Après l'inhumation, toutes les personnes du cortége boivent abondamment du vin de palmier dans des Cornes de bœuf, et jettent sur la fosse ce qu’elles ne peuvent avaler à chaque coup. Il est bien probable que les Nègres
ne laissent sur la fosse des morts que des objets de peu de valeur.
Barbot dit que les corps des rois nègres sont conservés quelquefois ua an sans sépulture ; mais on commence par les soumettre à l’action d’un feu lent qui les dessèche. Ces inhumations des rois sont accompagnées de beaucoup de cérémonies et de sacrifices d'esclaves. — Le
; lieu de la sépulture des grands du royaume de Juida est une galerie que les enfans font construire pour leurs pères. On place le corps au milieu , et on dépose dans ce lieu vénéré le bouclier, le sabre, l'arc, les flèches du mort, entouré de ses fétiches et de ceux de sa famille. Moore, invité à l'enterrement d’un seigneur du pays, décrit ainsi
( 26 ) cette cérémonie : « On creusa unefosse de six ou sept pieds de long sur deux de large et trois de profondeur; et le corps, enseveli dans un drap de coton blanc, y fut déposé. On mit en croix sur le corps grand nombre de bâtons qui furent couverts de paille pour soutenir la terre ; enfin l’excavation fut comblée, et le sol foulé sous les pieds pour le raffermir. Dans plusieurs cantons nègres, les cabanes imortuaires sont protégées par des haies contre les insultes des bêtes féroces ; dans d’autres, le corps est enterré dans une fosse qui est comblée aussitôt, et sur laquelle on élève une hutte de forme arrondie ; enfin, dans quelques autres encore, à la mort d'un nègre, on peigne ses cheveux, on lave son corps, on le revêt d’un habit neuf, et on le porte dans une espèce de caveau ; là on le place sur un petit siége de terre et on l'entoure de colliers , armes, instrumens et ustensiles qui lui avaient servi pendant sa vie (1).» — L'intérieur de l'Afrique a échappé aux regards des voyageurs; des tentatives récentes pour le connaître viennent d’échouer encore, et il est diflicile ou plutôt im-. possible de savoir quelles cérémonies accompagnent les funérailles des peuples qui l'habitent. — Lorsqu'un Hottentot est mort, dit Kolbe, on l'enveloppe dans son kross, les jambes repliées vers les fesses comme celles d’un fœtus humain, et on le couvre si bien, qu'on n’aperçoit aucune partie. Lorsque le lieu convenable pour la sépulture a été découvert, tous les habitans du kraal, ou village, assemblés, l'y conduisent en cérémonie. Ce lieu est tantôt une fente de. rocher, tantôt une caverne, et ordinairement tout autre trou naturel. Les inhumations de ce peuple sont fort précipitées ; au bout de six heures, on transporte le mort à sa dernière demeure. Les hommes et les femmes s’assemblent , s'accroupissent en cercle au devant de la hutte, frappent des mains, poussent un cri particulier ( bo, bo, bo, qui signifie père), nie font point sortir le corps par la porte de la hutte, mais par un de ses côtés, et enfin le transportent au lieu destiné pour l’inhu-
(3) Voyages de Moore, Bosme et autres. Dapper dans Ogilby.
mation, en poussant des hurlemens , et en faisant mille contorsions pendant la marche funèbre. La fosse est couverte de pièces de bois pour la défendre contre des animaux carnassiers. — Kolbe dit que les Hottentots laissent périr sans défense et abandonnent aux bêtes féroces les vicillards qui sont tout à fait débiles; mais, suivant l’auteur de l'article sur les Inhumations du Dictionnaire des Sciences Médicales , il a peut-être calomnié ce peuple; car, dit le même auteur, Levaillant, observateur bien plus digne de foi, a prouvé qu’un grand nombre de ses observations étaient inexactes.
On vante beaucoup le stoïcisme des Indiens de l'Amérique septentrionale. Un malade étant sur le point de mourir, donne un grand festin et reçoit de sa famille les prières qui doivent l'accompagner au tombeau. Les femmes du Canada vont exprimer le lait de leurs mamelles sur la terre qui renferme les restes de leurs enfans. Ces peuples ont un soin extrême de leurs morts; ils les parent de belles robes, peignent leur visage, et les exposent à la porte de la cabane avec leurs armes et tout ce qui leur a servi pendant leur vie, dans l'ordre où ces objets seront placés dans le tombeau. Ils louent des pleureuses ; cet usage étraiige a élé commun à d’autres peuples. Les fosses sont revêtues de peaux ét couvertes avec précaution pour que la terre ne touche pas le cadavre; enfin ils dressent sur la tombe un pilier de bois auquel on suspend tout ce qui peut marquer l'estime que l’on fait du mort. — Quelques nations exposent les morts sur un échafaud, et ils sont emportés ainsi en cérémonie. Leurs guerriers morts sont brûlés, et on emporte les cendres aux tombeaux de leurs familles. — Les nations qui ne sont point errantes ont des cimetières situés à quelques distance de leurs hameaux; les autres enterrent les cadavres dans les bois au picd d’un arbre. — Ce n'est point ici le lieu de parler de la fête des morts, cérémonie étrange, dont la description se trouve dans l'Histoire générale des Voyages. — Au Pérou, on choisit pour les sépultures des plaines, des collines, des montagnes, situées près des villes et des bourgades. Les cadavres, transportés dans ces lieux, sont recouverts d'un amas de pierres et
de briques qui devient une sorte de mausolée et la base d’une colline artificielle à laquelle on donne le nom de guape, et dont les dimensions sont proporlionnées sur le rang et les richesses du défunt (U!tœa). — Des voyageurs ont vu les Péruviens déposer les corps des morts dans des cercueils qu'ils plaçaient debout contre les murailles ou couchés sur des roseaux. Ils entouraient les cadavres d’une laine fine, les liaient avec une sorte de courroie, et tournaient leurs visages vers l'orient.
Beauchamp assure que les Brésiliens celébraient leurs funérailles par des pleurs et par des chants lugubres qui contenaient ordinairement l'éloge du mort. Lorsque le mort est un chef de fanille, on enfouit avec lui ses armes, ses plurnes, ses colliers, etc. Ils enterrent leurs morts debout, élèvent quelquefois sur la fosse, comme marque d’une distinction honorable, des pierres couvertes d’une certaine plante qui se conserve long-temps sèche, et ils ne s’approchent pas de ces monumens funéraires sans pousser des cris et sans répandre : des larmes (r). Mius, |
Grantz assure que les Groënlandais ont une horreur,extrème des morts. Ils les enveloppent des plus belles fourrures, attachent les jambes aux hanches, et les font sortir par la fenêtre de la hutte. Leurs tombeaux, ordinairement en pierres, sont situés loin des bourgades et dans un lieu élevé. Ces peuples mettent un peu de mousse dans la fosse , la recouvrent d’une peau, et ont soin de la garantir contre les . insultes des bêtes féroces. — D'autres habitans des climats glacés de la Laponie et de la Sibérie, quelques nations kamtschadales ou samoïèdes enterrent les cadavres dans la neige, ou les exposent, soit au fond des cavernes , soit sur les lieux élevés. Ces cadavres, gelés en peu d’instans, se conservent long-temps sains avant d'éprouver la fermentation putride. |
11 faudrait plusieurs volumes pour décrire avec exactitude les céré-
oo
” (1) Beauchamp, Histoire du Brésil.
monies funèbres des peuples anciens et modernes. Les voyageurs modernes ont fait connaître beaucoup de détails intéressans sur les modes de sépulture adoptés par divers peuples de l'Amérique, de l'Asie et des terres australes. Un philosophe ne peut sans étonnement voir ce sentiment qui nous fait chérir les lieux où sont déposés les restes de nos ancêtres, aussi vif dans le cœur du sauvage que dans celui de lhomine civilisé. Qui n’a pas admiré cette réponse d’un chef indien, dont parle Marmontel, à des Européens avides qui lui proposaient de leur céder le territoire habité par sa nation : « Dirons-nous aux os de « nos pères : Levez-vous, ct suivez-nous aux terres étrangères!...»
Sur l'usage de brûler les morts.
Les anciens, en brûlant les morts, voulurent rendre plutôt ce qu'ils ‘ regardaïent comme la partie la plus subtile de l'homme au feu, l’un de leurs élémens, et, dans leur système, le principe de vie de tous les êtres. Aussitôt que les corps sont consumés par les flammes, ils se répandent en vapeurs dans les airs, ils sont transportés par les vents , et se combinant avec d’autres principes, ils forment de nouveaux êtres qui se décomposeront un jour pour subir de nouvelles métamerphoses. Cette idée philosophique est parfaitement juste : aussi l’idée de l'immortaliié de l’âme a fait élever des bûchers pour les morts chez plusieurs peuples civilisés de l'antiquité. D’autres, en les livrant aux flammes, voulaient rendre la profanation des tombeaux moins facile et soustraire avec plus de sûrelé ces restes précieux aux insultes de leurs ennemis. Mille coutumes, mille cérémonies se joignirent à l'usage de brûler les morts; là, on exécutait devant le bûcher des jeux funèbres pompeux; ici, on précipitait dans les flammes de riches vêtemens, des meubles précieux , de l'or, des pierreries, des prisonniers ; et les esclaves, les amis, les femmes des morts se disputaient l'honneur de périr sur leur bûcher. Les bûchers furent d’abord trèssimples ; c'étaient des amas de bois disposés sans élégance et sans art : mais bientôt le luxe présida à leur construction ; ils furent composés
(30 ) de bois odoriférans et chargés d’ornemens divers et des parfums lés plus précieux.
Ditantur flamme : non unquäm oputentior ille Antè cinis : crepitant gemmæ atque immanè liquescit Argentum , et pictis exsudat vestibus aurum. Srar.
Quoi qu'il en soit, comme nous n’avons à nous occuper que du mode de sépulture le plus usité chez les peuples modernes, l’inhumation , ce sera particulièrement sur ce sujet que nous insisterons dans le cours de cette thèse. |