‹ Dissertation sur Les Inhumations en General no.220Chapitre 7 sur 11 · LR RE RE RE D · texte numérisé non relu

LR RE RE RE D

L'ANGIENNETÉ d’un usage, a dit Maret , le rend en vain respectable au vulgaire, toujours nécessairement subjugué par les préjugés. Si cet usage donne lieu à des abus, celui qui les aperçoit doit s'attachér à les démontrer, et lorsque ces abus compromettent la santé des hommes, il est du devoir des médecins de s'élever contre eux. Au nombre des abus dangereux et capables d’altérer la santé, sont ceux qui entraînent l'usage où l'on est au Brésil d’enterrer dans l'enceinte des villes, et surtout dans les églises (1). Des faits multipliés déposent contre cet usage. La raison, continue le même auteur, se réunit à l'expériencé pour en faire sentir le danger. Si des préjugés respectables empêchent de le reconnaître , essayons de le combattre par l’exposé des effets que produisent les sépultures et des circonstances dans lesquelles ces effets sont redoutables. — Aucun médecin n'ignore que les sépultures faites dans les lieux peu aérés sont dangereuses , et ce n’est point à eux que l’on cherche à le prouver. Éclairer nos concitoyens sur cet objet important est le but que je me propose, el pour mettre les personnes les moins instruites en état d'apprécier les motifs qui doivent les engager à proscrire l'usage d’inhumer dans l'enceinte des villes et dans les églises , je commencerai , à l'instar de Maret , par poser des principes sur lesquels seront appuyés tous les raisonnemens que j'emploierai dans ce chapitre. Buffon et de Marin

(1) En France, cet usage pernicieux ne commença à être proscrit que sous le règne de Louis XV , en 1765.

ont dès long-temps établi l'existence d'un mouvement qui s'opère dans les corps renfermés dans le sein de la terre, et dont l'action, agissant sur les diverses substances , détermine ce qu’on a désigné de nos jours sous le. nom de fermentation putride, et occasionne une exhalation des molécules les plus mobiles de ces différentes substances et des parties constitutives des animaux. Cette exhalation est d'autant plus grave que la cause expulsive a plus d'énergie ; que les substances qui peuvent se volatiliser sont en plus grande quantité, et que l'humidité dispose davantage leurs parties constituantes à céder au mouvement inteslin qui doit en opérer la division. — L'air se charge de toutes les matières que leur ténuité ou leur expansion rend plus légères qu’un égal volume de ce fluide, et par ce moyen favorise l’exhalation , mais toujours proportionnellement à ses qualités acciden- ‘telles. ni | . La chaleur de l'atmosphère rend l’exhalation facile, à raison du peu de résistance que la raréfaction de l'air oppose aux émanations. Sa condensation , au contraire, déterminée par une température basse, gêne l'exhalation , soit en condensant la surface de la terre et resserrant les pores exhalans des animaux, soit en déprimantles émanations

par l'augmentation de la pesanteur de l'air. | La sécheresse féconde cette exhalation par l'énergie que la An des parties aqueuses donne à la faculté absorbante de l'air, L’humidité la rend, au contraire, fort difficile, parce que l’air, plus ou moins chargé de molécules aqueuses, n'absorbe point ou n’absorbe que très-peu de matières exhalées, et ne pouvant point les dissoudre à cause de son état de saturation, les concentre dans un petit espace, et augmente la densité des vapeurs qui en sont formées, — L’agitation et le peu de mouvement de l'air influent encore sur la quantité de cette exhalation et sur l'état des vapeurs qui en sont le produit. Si l'air est mu avec beaucoup de vitesse , la masse aérienne qui rase la terre et qui environne les corps exhalans se renouvelle fréquemment, - et absorbe une grande quantité de matières exhalées, qu'il disperse au loin en suivant la direction des vents. “on peu de mouvement et

(35) son immobilité font , au contraire , que lescorps exhalans ne sont environnés que par un volume d’air déterminé et très-lentement renouvelé ; d'ou il arrive que cette portion d’air retient toutes les émanations qu'il lui est possible d’absorber , et que les vapeurs sa résultent de cette absorption deviennent très-épaisses.

L'intensite de ces différens états de l'air et leur combinaison produisent des effets qui leur sont proportionnés. Si la chaleur est forte, l'humidité considérable et l’immobilité absolue , l’altération de l'air est à son plus haut degré. Elle est un peu moindre, mais toujours très-sensible, si, l’une de ces conditions manquant, les deux autres se trouvent réunies. Cette altération décroît à raison de la diminution d'intensité des unes et des autres. Dans le premier cas, les vapeurs, très-abondantes et très-épaisses, s'élèvent à peu de hauteur, et peuvent par un coup de vent être portées en masses plus ou moins denses à des distances plus ou moins grandes. Dans le second cas, comme la quantité de ces vapeurs est moindre, comme elles sont un peu moins condensées , disposées dans un grand volume d’air et portées à une plus grande hauteur , le courant d'air les divise en les entraînant. et rend leur transport moins sensible. — La sécheresse. réunie au froid et au grand mouvement de l'air, fait que les vapeurs sont si subtiles, qu'elles ne sont plus sensibles, parce que les molécules exhalées sont en petit nombre et rapidement absorbées ei dispersées. Il résulte de là : 1°. que l’exhalation est relative à la qualité et à la quantité des substances, dont le jeu des affinités et le mouvement fermentescible (Tr) peuvent volatiliser les molécules constituantes; que l'air est souvent chargé de molécules minérales, végétales ou animales , acides, alcalines, sulfureuses , phosphorescentes ; enfin l’air peut être chargé de miasmes formés par les combinaisons diverses des différentes substances exhalantes ; — 2°. que pendant le froid et la sécheresse , l’air est plus pur que pendant l'humidité et la chaleur ;

(1) J'entends par là ce que les anciens comprenaient sous les noms de feu central, l’action vitale, mouvement putride, etc.

— 4. que le calme de l'atmosphère augmente l'infection de l'air; — 4°. queles vents plus ou moins violens la diminuent; — 5°. cependant, que cet effet des vents est proportionné non-seulement à leur degré de force, mais encore à leur qualité particulière ; que pendant le règne des vents du nord et de l’est (1) , ordinairement secs et froids , l'air est plus pur que pendant celui du sud et de l’ouest, qui sont presque toujours chauds et humides ; — 6°. enfin, que la pureté de l'air est facilement altérée dans les mines, dans les lieux marécageux qui sont remplis d'un grand nombre d'animaux vivans ou de cadavres, et que les aspects différens des lieux y favorisent encore l'infection ou s’y opposent ; ainsi que l’aspect du sud et de l’ouest est plus contraire à la pureté de l’air que celui du nord ou de l’est (2). Cette disposition de l’air à être altérée par le mélange de substances plus ou moins volatilisées auxquelles il s’unit, et à s'en charger proportionnellement aux différens états de l'atmosphère et des lieux qu’il occupe , rend souvent ce fluide la cause des événemens les plus funestes, parce qu’il est absolument nécessaire à la vie de tous les animaux (3), et parce que les molécules volatilisées adhèrent'aux mojécules aériennes; de manière à s’en détacher très-difficilement et à faire en quelque sorte par cette adhésion un seul et méme corps.

On sait que la EVE et l’élasticité de Bai Fayoriséiit la circulation en forçant le poumon à se développer, et en contre-balançant par leur action sur la surface du corps la tendance des humeurs à la raréfaction , et augmentant la résistance des vaisseaux. L'air péètre nos humeurs, soit en se mêlant avec nos alimens, soit en s’in-

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(1) Au Brésil, à raison du pôle ‘antarctique, l'air sera plus pur sous le règne des vents du sud et de l’est que sous ceux du nord et de l’ouest.

(2) Par la même raison, au Brésil, l'air sera plus chaud et humide sous Je règne des vents du nord et de l’ouest.

(3) Rostan , Traité d'hygiène, article concernant les professions dans lesquelles les ouvriers sont exposés à l’action pernicieuse de quelques gaz délétères. Orfila , Traité de toxicolugie générale, article Asphyæiés.

troduisant par les pores de la peau, et par ceux de la membrane qui revêt entièrement les poumons; et par le moyen de cette combinaison , nos humeurs acquièrent des qualités nutritives et une consistance qui les rend capables de résister au principe intestin de putréfaction. C’est à raison de ces différentes propriétés et de leur nécessité que l'air devient funeste lorsqu'il est altéré et qu'il a plus ou moins perdu de sa pureté naturelle. |

Le mélange du calorique (phlogistique des anciens, et surtout de Stahl) enlève à l'air son élasticité ou la diminue en la raréfiant, et prive les hommes des avantages que cette élasticité devait leur procurer sous un volume donné. La raréfaction peut êlre portée à un tel point, qu’elle équivale à une densité absolue, suivant la remarque de Guyton-Morveaux (1),et que l'air extérieur, s’opposant en cette circonstance à celui qui a été aspiré, occasione une suffocation mortelle. La quantité et la nature des matières exhalées et absorbées par l'air peuvent encore produire le même effet, en s'emparant, en quelque sorte, de toutes les molécules aériennes et s’y unissant intimement ; de façon qu'il en résulte un corps analogue aux vapeurs délétères qui s'élèvent de la grotte du Chien à Naples, et d’une densité assez considérable pour faire équilibre avec l'air contenu dans les poumons, ou plutôt. comme s'explique Maret, il fait également obstacle à la sortie de Fair contenu dans les poumons (2).

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(1) On avait cru, d’après les expériences et les réflexions de Hales, que les vapeurs sulfureuses absorbaient l’air. Mais en rendant raison des phénomènes de l'air dans la combustion, Guyton-Morveaux a fait sentir que toutes les fois que l'air raréfié ne peut s’étendre, il acquiert un ressort qui équivaut à la plus grande densité (Mémoires de l’académie de Dijon, 1°. vol., p. 427), et qu’ainsi ce qu’on attribue au défaut de l’air dépend d’un excès de raréfaction. Or, comme rien n'est plus raréfiant que le calorique, il s’ensuit que c’est à la raréfaction qu'il produit qu'est due en partie la propriété suffocante des vapeurs sulfureuses et autres.

(2) Maret cite à l'appui de cette explication la Dissertation de M. Bigne sur l’action des vapeurs qui diminuent la force répulsive de l’air en se mêlant avec

Les exhalaisons qui se mêlent à l'air n'ont pas toujours une densité as-

sez forte pour donner aussi promptement la mort ; mais, en s’y dissol-

vant, en adhérant intimement à ses molécules, elles lui font contracter des propriétés assez délétères pour devenir souvent la cause de différentes maladies pernicieuses. L'air ainsi altéré, venant à se combiner avec les fluides qui servent à la nutrition, porte alors dans le torrent de la circulation des principes qui infectent l'organisme lors de l'assimilation, dépravent les fonctions les plus essentielles à’la

vie, et conduisent l’homme au tombeau (1). Mais, conne il n'est

lui, et sur l’adhérence des exhalaisons animales aux molécules aériennes, qui sont tellement unies à l’air, que l’on n’a pas encore pu les en détacher : c’est à un mélange des vapeurs formées par cesexhalaisons animales qu'il attribuait la mort

des animaux renfermés dans un endroit dont l'air n'est pas renouvelé , et quiles

tue , selon ses observations, d'autant plus promptement que les vapeurs sont

plus denses. (Mémoire sur l’usage où l’on est d’enterrer dans les églises et dans

l'enceinte des villes , par Maret, 1773.)

(1) Je ne puis me dispenser de sh ne ici ce passage du célèbre Paré, concernant la viciation de l’air à la suite d’exhalaisons animales. « De fait qu’il n’y a si petit chirurgien qui ne sache qu’estant l’air chaud et humide, faciilement les plaies dégénèrent en gangrène et pourriture. Et quant à l'expérience , ie luy bailleray bien famillière : ce qu’en temps chaud et humide, et lorsque le vent austral souffle, les viandes pourrissent en moins de deux heures, tant soientelles frayches, de façon que les bouchers en ce temps-là ne tuent leurs bestes qu'à mesure qu’ils les vendent. Aussi n’y a-t-il doute aucune que les corps hu-

mains ne tombent en affection contre nature quand les saisons peruertissent

leurs qualités par la mauuaise disposition de l’air, dont on a veu certaines anuées que les navrez estoient très-difficiles à guarir, êt souvent mouroient de fort petites playes, quelque diligence que les médecins et chirurgiens y pussent faire. Ce que Jj'ay bien rémarqué au siége qui fut ruis devant Rouen. Car le vice de l'air altéroit et corrompoit tellement le sang et les humeurs par l'inspiration et transpiration , que les playes en estoient rendues si pourries et puantes qu’il en sorloit une féteur cadauéreuse. Et si d’aduenture on passoit vn iour sans les panser , on y trouuoit le lendemain grande quantité de vers avec une puanteur ‘inerueilleuse dont se leuoient vapeurs putrides que par leur communication avec le cœur causoient fièvre continue ; avec le foye, empeschoient la bonne généra-

is, +

(37) question dans cette thèse que d'apprécier les effets des sépultures, je me bornerai : l'examen de Faction des exhalaisous fournies par les substances animales. Elles sont en général si pernicieuses, que l’haleine, la transpiration et les excrétions des animaux vivans suffisent pour vicier Fair; mais les émanations des substances animales décomposées par la putréfaction sont celles qui l'altèrent d’une manière plus funeste; tantôt elles enlèvent à l'air ses qualités physiques qui les rendent respirables, et de leur mélange résulte un fluide essentiellement délétère ; tantôt elles font contracter à ce fluide, par leur combinaison, ou au moins par leur adhérence à ses molécules, des propriétés génératrices de plusieurs affections de très-mauvais caractère, et presque toujours mortelles Ce serait le cas d'appuyer cette assertion par des détails physiologiques et pathologiques ; mais des faits puisés dans l'histoire en prouveront mieux la vérité, et les preuves en seront plus facilement saisies, d'autant mieux que tout ce que je pourrais dire en ce sens-là le serait toujours trés-superficiellement. C’est à la corruption des cadavres laissés sans sépuliure, ou recouverts de trop peu de terre, que Jean Cuspin (1) et Diodore de Sicile attribuent la peste dont ils font le récit. Saint Augustin rapporte (2) qu’une grande quantité de sauterelles, noyées dans la mer et rejetées sur les côtes où elles se pourrirent, occasionèrent une peste des plus cruelles. Jean Folf (5) et Forestus 4) assurent que des poissons morts et abandonnés par la mer sur le rivage ont causé dès maladies pestilentielles. Celle qui dévasta la Toscane du temps

tion de sang, avec le cerueau, produisoient aliénation d’esprii , resuerie, convulsions, vomissemens, et par conséquent la mort, » ( Paré, liv. 11, chap. 15, p. 284.)

(1) Dans la vie de l’empereur Henri 1*.

(2) Dans le chap. 31 du liv. 3 de la Cité de Dieu.

(3) Dans la centurie 10°. du 1“. volume des Choses mémorables.

(4) Dans la scholie de la 9°. observation du 6°. liv.

dt: 1010 d'Ambroise Paré eut pour cause la putréfaction d'une baleine qui avait échoué sur les côtes de ce duché (1).

Si l'Égypte est presque tous les ans ravagée par la peste, et est regardée comme le foyer d’où plusieurs fièvres malignes éruptives, et notamment la petite-vérole, se sont répandues par tout l'univers, c'est que le Nil, lorsqu'il se retire, laisse dans les campagnes qu'il avait couvertes une infinité d'insectes aquatiques ct de poissons qui, se corrompant, exhalent dans l'air des miasmes délétères (2).

La France fut nombre de fois exposée aux ravages de la peste dans les dixième, onzième, quatorzième, quinzième et seizième siècles, et l’histoire nous apprend (3) que, dans ces temps malheureux, des guerres iutestines et des famines jonchèrent de cadavres la surface du royaume ; que l’agriculture, négligée, avait transformé la plupart des provinces en marécages, et que l'obligation de se mettre en défense amoncelait les peuples dans les villes, ce qui en rendait le séjour infect et d'autant plus dangereux, que la pol'ce, méconnue ou impraticable, ne pouvait prévenirles inconvéniens de la malpropreté {4) Tous les siéges longs et meurtriers ont été accompagnés de maladies pestileniielles, qui augmentaient l'horreur de la position des assiégés. Toutes les fois que des armées nombreuses ont séjourné long-temps dans le même camp, et se sont trouvées postées dans des pays narécageux pendant de grandes chaleurs, on a vu régner des fièvres pestilentielles qui avaient sensiblement pour cause des émanations putrides animales qui s'élevaient des latrines, des boucheries, des cloaques de toute espèce. La

(1) Dans le 3°. chap. du 22°. liv. de ses Œuvres, qui ont pour objet la description de la Peste.

(2) Mead , dans son Traité de la peste.

(5) Anquetil , Histoire de France.

(4) D'après Maret, lous les historiens frauçais en font mention, et surtout ceux dont les Bénédiclins ont fait la collection rapportent des faits de cette espèce très-décisifs. Le même auteur en a parlé dans le rapport avec la santé dans son Mémoire sur l'influence des mœurs, p. 19, 121 el 122.

maladie connue sous le nom de fièvre hongroise, de fièvre maligne des camps, qui fut observée pour la première fois en Hongrie dans l'année 1566, pendant les campagnes de Maximilien IT contre Soliman, empereur des Turcs, et s’'étendit, par contagion, presque dans toute l'Europe; qui régna encore pendant les guerres de 1626, et qui se déclara en 1656 à Thorn en Hongrie, où l'armée de Charles-Gustave s'était réfugiée après sa défaite (1), s’est plus d’une fois manifestée dans les armées françaises et dans celles de leurs ennemis, par l'effet des mêmes causes (27. On l’a vue se développer également dans les hôpitaux trop remplis et dans les prisons surchargées de prisonniers ; ce qui lui à fait donner encore le nom de fievre d'hôpital, des prisons. Les événemens des grandes assises tenues à Oxford en 1577, et renouvelés en pareilles circonstances à Tauton l'année 1750, ne permettent pas de douter que l'infection animale ne soit la cause de cette maladie (3).

Les ouvrages d’Ambroise Paré offrent des faits non moins concluans sur les effets des exhaläisons animales. On y lit que, dans l’Agenois, en 1562, ilrégnaune fièvre pestilentielle qui porta ses ravages sur un éspace de dix lieues de diamètre, et qui avait été occasionée par des vapeurs putrides animales élevées d'un puits du château de Pêm, dans lequel on avait jeté deux mois atparavant beaucoup de corps morts. Le même auteur a vu, au faubourg Saint-Honoré à Paris, cinq homumes jeunes et robustes morts dans une fosse qu’ils s'étaient chargés de curer (4), et qui depuis long-temps servait d’égout au fumier des pourceaux. Le docteur Georges Haunay rapporte un fait

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(1) Voyez Sennert, liv. 4, chap. 14, du 2°. volume. Ramazzini; dans son Traité des maladies des armées, chap. 30, des maladies des artisans.

(2) Pringte, dans ses Observations sur les maladies des armées, tom. 1"., chap. 2, 3, et dans plusieurs autres chapitres du même ouvrage.

(3) Huæhain , t. 2, p. 83 de ses Observations sur l’air et sur les maladies épidémiques. 3

(4) Voyez le chap. 3 du 2°. volume des ouvrages de ce chirurgien célèbre.

| (4) analogue à celui-ci, qui s'est passé à Rendsbourg, daus le duché de Holstein : quatre personnes périrent pour être descendues dans un puits qui avait été bouché très-long-temps, et dont le voisinagé*d'une étable à pourceaux avait altéré l’eau (1). Un enfant étant descendu , à Florence, dans un puits presque rempli de fumier , y mourut surle-champ , ainsi qu’un jeune homme qui y accourut pour le secourir etun chien qu’on y jeta (2). b:

L'abbé Rosier (5) dit qu’un particulier de Marseille fit, vers l'année 1760, ouvrir des fosses pour planter des arbres dans un endroit où en 1720, lors de la peste, on avait enterré un grand nombre de cadavres. À peine eut-on donné quelques coups de bêche que trois des ouvriers furent subitement suffoqués, sans qu’on püt les rappeler à la vie. Je n'ai pas la prétention de pouvoir rassembler ici tous les faits connus; le temps ne me permettant pas de faire les recherches nécessaires, je ne ferai que signaler ceux que j'ai trouvés dans Maret, Haguenot et Vicq-d'Azyr, qui s’en sont occupés avec tant d'utilité pour leurs pays : heureux, si je puis remplir le but que je me propose par rapport au mien! Je me permettrai donc tle citer des faits d'une grande publicité dans le temps, et qui pourront mieux remplir mon objet. Ramazzini raconte qu’un enterreur étant descendu , pendant Ja nuit, dans un charnier, pour dépouilier le cadavre d’un jeune homme qui y avait été déposé avec tous ses habits, y fut suffoqué , et tomba raort sur le cadavre dont il violait la sépulture: Le même auteur fait observer, que les fossoyeurs sont MAD ve toujours pâles et vieillissent rarement (4). 1 Haguenot , doyen de la Faculté de médecine de Montpellier, dans

(1) Observation 253 de la troisième décurie de la deuxième année des Éphémérides d’Allemagne. Collect: acad., t. 6, p. 529. (2) Observation 33 de la première décurie, 1". année. Collect. acad., t. 4, p: 25. ; (3; Observations physiques, année 1973, t. 1, p. 109. (4) Traité des maladies'des différens ouvriers , chap. 15, p. 45.

| NCA) un Mémoire sur les dangers des inhumations dans les églises (1), rapporte que le 17 août 1544, trois hommes moururent dans un cavéau de l’église Notre-Dame , à Montpellier, où l’inhumation d'un pénitent blanc les avait engagés à descendre, et qu’un quatrième n’échappa à ce danger que par la fuite la plus prompte. Celui-ci éprouva des vertiges, des lipothymies, qui firent craindre pour sa vie; ses habits et son corps même exhalèrent pendant plus de quinze jours uné odeur cadavéreuse. Du reste , voici comme il s'exprime, en rapportant ce malheureux événement. — « Le 17 août 1744, vers les six « heures du soir, on fit inhumation du sieur Guillaume Boudou, « pénitent blanc, dans une des caves communes de l’église paroissiale « de Notre-Dame, à Montpellier. Pierre Balfagette, porte-faix, qui « n'avait jamais servi dans cette église, fut employé ce jour-là par « l'enterreur de la confrérie des pénitens. À peine fut-il descendu « dans la cave, qu’on le vit agité par des mouvemens convulsifs et + bientôt étendu sans mouvement. Alors un frère pénitent, nommé « Joseph Sarrau, eut la générosité de s'offrir pour retirer ce misé- « rable. 11 se fit tenir, en descendant, par le bout de son sac et de « son cordon qu’il donna à un frère pénitent. À peine eut - il saisi « J'habit du porte-faix qu'il perdit la respiration. On le retira à deini- « mort; bientôt il reprit ses sens, mais il lui resta une espèce de « vertige et des étourdissemens, avant-coureurs des mouvemens con- « vulsifs et des défaillances qui se manifestèrent un quart d'heure « après. Îl éprouva pendant toute la nuit des faiblesses, des trem- « blemens dans tout le corps, et des palpitations qui disparurent par « le moyen d’une saignée et de quelques cordiaux. Il fut long-temps «+ pâle et défiguré, et il porta depuis dans toute la ville le nom de « Ressuscité. Ce triste événement n’empêcha pas Jean Molinier, péni-

am

(1) Ce mémoire fut lu le 23 décembre 1746 dans une séance de la Société royale des Sciences de Montpellier, en présence de l’assemblée des états de Languedoc ; il a été imprimé en 1745 à Montpellier chez Jean Martel, avec ses autres ouvrages, dont on fit lecture dans cette séance.

tent de la même confrérie, de s’exposer avec le même zèle pour sauver le porte-faix; mais à peine fut-il à l’entrée de la cave, que, se sentant suffoqué , il fit signe qu’on le retirât et qu'on lui donnât la main. Il en sortit si faible et si défait, qu'un instant de délai lui aurait certainement coûté la vie. Robert Molinier , frère de celui-ci '

plus robuste et plus vigoureux , se fiant sur sa force, crut pouvoir braver le danger et suivre le mouvement que la charité lui inspi-

rait; mais il en fut la victime, et il mourut presque aussitôt qu’il

fut descendu au fond de la cave. Cette scène tragique fut terminée

par la mort de Charles Balfagette, frère du porte-faix qui était resté dans la cave. Comme il fut obligé de ranger le corps de Robert

Molinier, il resta plus long-temps qu'il n'aurait dû , et l'impression

qu’il sentit le força de se retirer et de sortir. Il crut qu'à la faveur

d’un mouchoir imbibé d’eau de la reine d'Hongrie et mis entre les

dents il se garantirait du danger en descendant une seconde fois.

Celte précaution fut inutile; on le vit bientôt gagner l'échelle en chancelant, faire des efforts pour remonter, et au troisième échelon tomber à la renverse sans donner aucun signe de vie. Tout le monde comprit alors que c'était s'exposer à une mort certaine que de descendre dans cette cave, ét malgré les exhortations les plus pres-. santes faites par les prêtres à ceux qui assistaient au convoi, il n’y eut personpeni parmi eux, ni parmi ceux qui étaient présens , qui osât faire de nouvelles tentatives. On se servit de crochets pour retirer les trois cadavres. Leurs habits exhalaient une puanteur horrible , et ils étaient couverts d’une matière verte-jaune et semblable à de la rouille. » | 14 |

Haguenot se chargea, à l'invitation de M. Le Nain , alors intendant

du Languedoc , d'examiner la nature et les qualités de cette vapeur

meurtrière. Pour remplir cet objet , il se transporta à différentes reprises dans l'église Notre-Dame, et il y tenta les expériences qu’il ayait Céjà faites au puits de Perols, dont la vapeur tue les animaux et

éteint la flamme.

; (4) « Première expérience. Haguenot fit ouvrir la cave; il en sortit une vapeur très-fétide qui imprégna le linge, la ficelle, les bouteilles ,; même le verre et les habits, d’une odeur cadavéreuse. »

« Deuxième expérience. La flamme d’un morceau de papier, d’un sarment et d’un flambeau de poix allumé, présentés à l'ouverture de la cave, s’éteignit sans laisser aucun vestige de feu. C'est le propre des vapeurs méphitiques d’éteindre les corps enflammés qu'elles environnent comme s'ils ayaient été plongés dans l’eau. »

« Troisième expérience. Les chats et les chiens introduits dans cette cave ont expiré, après avoir éprouvé des convulsions, en une ou deux minutes, et les oiseaux en quelques secondes. Ces derniers sont moins vivaces ; la même différence s'observe soit qu’on essaie de les noyer; soit qu’on les expose dans la machine pneumatique. »

« Quatrième expérience. La vapeur méphitique de la cave, conservée dans des bouteilles et soumise aux mêmes épreuves un mois et demi après avoir été renfermée, n’a pas été moins meurtrière. » ,

Ces expériences, bien conçues et tentées en présence de témoins dignes de confiance , dit Vicq-d’Azyr (1)', tels que MM. Sauvages , Goulard et Lamoirier ,auraient suffi sans doute pour prouver le danger des vapeurs cadayéreuses , et par conséquent celui de l’usage où l'on est d’enterrer dans les églises. M. Haguenot (c'est encore Vicgd'Azyr qui parle } a voulu, dans le dessein de convaincre ceux qui pouvaient encore tenir à de pareils abus, ajouter les considérations suivantes :

« L'air, pour servir à l’entretien de la vie des animaux, doit jouir

(1} Vicq-d’Azyr, Discours sur les ouvrages et les réglemens qui ont paru en France sur les dangers des inhumations dans les églises et dans les willes, ‘1778. Il y passe en revue les ouvrages faits à ce sujet par Haguenot, Maret, Scipion Piattoli, etc.

Le

(44) de toute son activité d’être respirable, C'est aux émanations des cadavres qu'il attribue la malignité de la petite-vérole, qui fit. pendant cette même année des ravages assez considérables à Montpellier ; il désapprouve l'usage scandaleux et dangereux en même temps de transporter les restes des corps inhumés, les os souvent environnés de chairs en partie dissoutes , sous les toits des églises , et dans les lieux que l’on nomme réservoirs , pour faire place à de nouveaux cadavres, et pour rendre ainsi les caveaux la source d’un lucre perpétuel. » Aurti sacra fames ; ad quid mortalia pectora

non cogis l...

« Un homme trés-gros fut enterré, dit Maret, il y a environ

trentc-cinq ans, dans l’église paroissiale de Talant , ancienne ville,

située à trois quarts de lieue de Dijon. On n’avait pas proportionné

l'évasement du fond de la fosse au volume du cadavre, et l’on ne

put faire descendre le cercueil qu'à un pied au-dessous du ni-

veau du sol, de sorte qu’on ne le recouvrit que d’un pied de terre et de la tombe , qui avait sept à huit poucés d'épaisseur. Quelques

jours après, la putréfaction étant devenue considérable, des éma-

nations cadavéreuses infectèrent l'air, et trois semaines s'étaient à

peine écouléés que l'infection obligea de déserter l’église. Pour y

remédier, on résolut d’exhumer le cadavre et de l’enterrer dans

une fosse plus profondément creusée à peu de distance de celle où

il avait été déposé. Trois fossoyeurs entreprirent cette translation ;

deux d’entre eux ne purent résister à la fétidité des vapeurs , eu-

rent des nausées suivies de vomissemens considérables, et, étant sortis de l’église, refusèrent d'y rentrer. L'espoir du gain soutint le courage du troisième , qui acheva l'ouvrage; mais à peine eut-il assez de force pour se rendre chez lui; il vomit à plusieurs reprises, prit Ja fièvre , se mit au lit et mourut au bout de dix jours. »

« Le 15 janvier, 17793, dit encore Maret, au rapport du père Cosse , prêtre de l’Oratoire, un fossoyeur, creusant une fosse dans le cimetière de Montmorency, donne un coup de bêche sur un, cadavre enterré un an auparavant ; il en sortit une vapeur infecte

qui le fit frissonner, et lui fit dresser les cheveux sur la tête. Comme il s'appuyait sur sa bêche pour fermer l'ouverture qu'il venait de faire , il tomba mort, et les secours qu'on lui donna furent inutiles (1). » |

« M. Hecquet , médecin à Dunkerque , s'étant chargé, en 1785, de diriger les exhumations dans l’église Saint-Éloi de cette ville, rapporte, dans son Journal sur les opérations à cet effet, l’événement suivant : 18, 19, 20 mars. J’ai fait procéder pendant ces trois jours à l'enlèvement de nouveaux cadavres dans la grandé fouille dont j'ai parlé ci-dessus. Je me bornerai àdire que l’on en a exhumé cent trente-trois, dont dix-neuf entiers, vingt-sept en lambeaux, et quatre-vingt-sept en ossemens plus ou moins desséchés; les cercueils toujours accumulés les uns sur les autres depuis cinq jusqu’à huit rangées. Pendant le cours de ce travail, deux jeunes gens. at- : tirés par la curiosité vinrent , voir l'enlèvement des cadavres. L'un d'eux fut tout à coup frappé d’une douleur violente de tête; trois à quatre jours après , la petite-vérole se déclara , et il mourut. Je ne veux rien conclure ; mais il est à observer que , parmi le nombre de ces cadavres, une partie avait été enlevée par des fièvres putrides, malignes, des dysenteries et des petites-véroles confluentes , maladies contagieuses qui, en différens temps, ont fait des ravages à Dunkerque ; et si l'on se donnait la peine de lire l'histoire de cette ville, on verrait qu’elle a été maltraitée par des épidémies qui y ont régné à différentes époques, circonstances qui rendaient nos précautions-particulièrement indispensables (2). »

Il est donc certain que les exhalaisons animales putrides ont plus

d’une fois, en-infectant l’air, occasioné les plus funestes accidens; qu'elles ont plus d'une fois donné subitement la mort, ou causé des maladies mortelles , et toujours proportionnellement à leur densité.

en 0e

(1) Observation de l’abbé Rosier, année 1773, vol. 1, p. 109. (2) Lisez le Jourual des opérations de M. Hecquet, lors des exhumations dans

l’église Saint-Éloi à Dunkerque, 1783.

Enfin, rien n’est plus démontré que la qualité pernicieuse des exha- Jaisons animales putrides. Pour se convaincre que l’usage d’enterrer dans les églises e t dangereux, il ne faut donc qu’examiner si cet usage n'expose pas à une infection animale : mais pourra-t-on en douter?.....— Un nombre infini de cadavres sont livrés à la putréfaction dansles églises du Brésil, soit dans la terre et recouverts d’une tombe , soit dans des caveaux qu’on est souvent obligé d'ouvrir, dont l'entrée est fermée par une pierre presque toujours mal scellée, et dont les voûtes , pour la plupart, très-anciennes, sont rendues perméables par la réunion de l'humidité et des exhalaisons cadavéreuses ; soit enfin dans des charniers, sorte de caveaux pratiqués dans l'épaisseur des murs deséglises, et qui, de même que ceux-ci, sont rendus perméables par l’action réunie de l'humidité et des exhalaisons . cadavéreuses , et infectent les corridors qui les limitent, malgré le faible courant d’air qui peut y pénétrer pendant que les églises sont ouvertes. |

Les miasmes qui partent de tous ces cadavres, plus ou moins putréfiés, se répandent et se mêlent à l’air qui remplit les églises ; il en résulte une infection d'autant plus redoutable, que tout contribue à y concentrer les vapeurs infectes, à en porter la densité au point de les rendre très-pernicieuses. On a vu que l'humidité et l’inertie de l'air favorisent cette densité; que la sécheresse et le renouvellement fréquent de la masse aérienne pourraient seuls la diniinuer. Mais dans les églises du Brésil, il règne presque toujours une humidité sensible ; l'air y est presque toujours sans mouvement; si quelquefois il y est fort agité, jamais sa masse entière n’y est renouvelée : d’ailleurs la forme et la disposition de nos temples s'y opposent.

La figure, en effet, de la plus grande partie-de nos églises, surtout de celles qui servent de paroisses, est une croix latine (1) formée par deux bâtimens d’inégale longueur, dont les murs parallèles entre eux

(1) J’emprunte cette description au mémoire de Maret, parce que la figure des temples brésiliens est analogue à celle des temples français.

sont fort élevés et surmontés par une voûte qui les réunit. Le plus long de ces bâtimens est dirigé de l’ouest à l’est, et l’autre du nord au sud. Celui-ci coupe le premier à angles droits à peu près aux deux tiers de sa longueur ; on le nomme la croisée, tandis que l’autre est désigné par le nom de nef. L’extrémité orientale de la nef est terminée par une ligne courbe, et une grande porte est ouverte à l'extrémité occidentale. Des portes plus étroites et plus basses sont ordinairement pratiquées au sud et au nord de la croisée ; mais souvent cette croisée n'est point percée. Dans beaucoup d’églises règne le long de la nef, de droite et de gauche, un ou plusieurs rangs de portiques en manière de galeries voûtées, avec des chapelles dans leur pourtour. Ces galeries collatérales ont leurs voûtes beaucoup moins élevées que celles de la

nef et de la croisée. De grandes fenêtres percées de côté et d’autre à :

de grandes élévations, y portent la lumière, mais sont rarement ouvertes pour y donner entrée à l'air. Il résulte de cette construction que les vents de l’ouest, du sud et du nord, sont les seuls qui puissent souffler dans les églises; mais que le premier n’y peut jamais établir de courans capables d'y renouveler l'air, parce que, n’y trouvant aucuneissue par d'extrémité orientale, ilest forcé à se réfléchir sur luimême. La disposition des portes ouvertes dans la croisée est plus favorable à l'établissement d’un courant; mais pour qu'il s’en forme à l’aide de ces portes, il faut.qu'elles se correspondent, qu’elles soient toutes deux ouvertes en inême temps. Ce courant est alors si rapide, qu'il ne déplace que la portion d’air qu’il a rencontrée dans son passage, et que n'ayant guère plus de largeur que les portes mêmes, il est incapable de renouveler Ja masse d’air contenue dans l'église.” D'ailleurs, pour que la formation de ce courant ait lieu, il faut que des rues aboutissent directement à la croisée, ou que les églises soient situées au milieu d’une place un peu spacieuse, ce qui est très-rare. La plupart des églises de Bahia, ville dont la population se monte à cent cinquante mille âmes, sont environnées de rues étroites, et qui leur sont parallèles ; et, ce qui est encore plus, il y en a qui sont engagées dans des quartiers très-peuplés. 11 y a même peu d'’églises dont

la croisée soit percée par des portes, ou dans lesquelles les portes se correspondent. Des cinquante et quelques églises que l’on compte à Bahia et dans sa banlieue, qui desservent les paroisses de cette ville, il n'y en a qu'un petitnombre qui soient dans ce cas-là ; encore, dans la plupart, ces portes sont masquées par des tambours; et dans les autres, des maisons très-rapprochées du côté austral s'opposent à ce que le vent du sud y aborde avec facilité. J'ajoute à ces considérations que, des trois vents qui peuvent pénétrer dans les églises, deux toujours très-humides et fort chauds, ceux du nord et de l’ouest, sont plutôt capables d'augmenter la densité des vapeurs infectes que de la diminuer (1). J'ajoute encore que, dans le cas le plus favorable, l'air du chœur, des chapelles, et des différens angles rentrans formés par la rencontre des murs, ne peut jamais être renouvelé, et conséquemment reste toujours infect ; il l’est même d'autant plus, que les courans d’air sont plus rapides dans l’église, parce qu’alors sa vitesse, équivalant à sa densité, s'oppose au mélange que l'agitation naturelle de l'air aurait produit d'elle-même. — Qu'on ne croie pas, dit Maret, que la grande élévation des voûtes supplée à la circulation qui devrait se faire entre l'air extérieur et l’intérieur; tout l'avantage que cette éléation procure est celui d'offrir aux émanations cadavéreuses une masse d'air considérable ; mais cette masse, très-rarement renouvelée

ne peut échapper à l'infection. S'il faut long-temps pour la corrompre, parce que les vapeurs grossières ne s'élèvent que difficilement ; Jusqu'à la voûte, il s'en suit que la hauteur de la colonne d'air ne diminuant point, la densité des vapeurs qui s'élèvent du sol n'empêchera pas qu'on ne respire dans les églises un air infecté des miasmes cadavéreux. La réalité de cette infection est si peu problématique, qu’elle se rend sensible à l’odorat de ceux qui entrent dans les temples au moment où l’on vient d'ouvrir les portes, surtout dans les saisons hu-

(1) I ne faut pas oublier, lorsqu'il est question des vents, que le pôle du Brésil est l’antarctique, opposé à celui de la France et du reste de FEU RES qui est le pôle arctique.

mides et chaudes, dans les lieux où les maladies épidémiques, en multipliant les morts, forcent à remplir les églises d’un grand nombre de cadavres, à en ouvrir souvent la terre, les charniers et les caveaux. L'infection de la cathédrale de Dijon, qui a fait déserter cette église, d'après Maret, est encore une preuve de l'effet que produisent les sépultures dans les temples (1). Si les miasmes putrides fournis par

fa) Cet événement est d'autant plus concluant qu’il a sensiblement pour cause l’usage d'enterrer dans les églises , et qu’il se reproduira nécessairement tant que subsistera cet usage. Comment , en eflet , l’église la plus vaste pourrait-elle suffire aux inhumations , si de temps à autre on ne vidait pas les charniers communs ; si l’on n’en tirait pas les cadavres à demi pourris, pour en transporter ailleurs les ossemens, et faire place à d’autres ? M. Haguenot, dans sa dissertation citée, note 2, p. 19, raconte qu'on prend ce parti à Montpellier dans les paroisses de Sainte-Anne et de Notre-Dame. Il n’est aucune des paroisses de cette ville ( Dijon } où l'on re procède de même; une translation de cette espèce a donné lieu à l'infection de la cathédrale. Depuis la destruction de l'église Saint-Médard, en fait le service paroiïssial dans cette église , et le peu d’étendue de son cimetière forçant à y inhumer la plus grande partie des morts de la paroisse qu’elle dessert, on se voit obligé d’en vider les caveaux communs tous les quatre ou cinq ans; ef'e*est ce que l'on fit le 5 février : mais jusqu’à présent on ayaitfait dans les caveaux des fosses où l’on enterrait les restes des cadavres; l’on se contentait d'enlever les planches des cercueils, qui étaient employées ou vendues au profit des fossoyeurs et des bedeaux. L’élévation du sol produite par les enfouissemens multipliés ne permettait pius d'employer ce moyen. Pour y suppléer, on à cru qu'il suflirait d’y amonceler les débris des cadavres, et qu’on parviendrait à hâter leur destruction en les couvrant de chaux, sur laquelle on jetterait de l'eau. Ce projet, mal raisonné, a été exécuté. Les cadavres ont été tirés de leurs cercueïls et ensuite entassés les uns sur les autres. On les a couverts de chaux, et cette chaux a été humectée par plusieurs sceaux d’eau. Cette substance calcaire, qui retarde la putréfaction quand elle est sèche, l’accélère lorsqu'elle est humide et qu’elle entre en fusion. Elle a produit cet effet en cette occasion-ci; de manière qu’il s’est développé rapidement un alkali volatil chargé d'une huile fétide , et qui s’est échappée sous la forme de vapeurs. En vain les fossoyeurs se sont-ils empressés à fermer l'entrée du caveau et à en sceller la pierre, les vapeurs se sont fait jour par les joints de cette pierre; elles ont même percé la

f 50 ) les cadavres ne sortent pas toujours en assez grande quantité pour se rendre aussi sensibles qu'ils l'ont été en cette occasion, ils ne s’échappent pas moins constamment de dessous les tombes, ils ne s’en font

pas moins jour à travers les voûtes mêmes des charniers , et l'air, qui

ordinairement croupit dans les églises sera toujours plus ou moins infecté, et d'autant plus, que les translations indiscrètes de l'espèce de celle qui a empesté la cathédrale de Dijon seront nécessitées par le peu d'étendue des cimetières autour des églises, et des caveaux, tant que l'on continuera d’enterrer dans celles-ci.

Cet usage, essentiellement pernicieux, expose donc réellement à une infection animale putride; et dès qu'il est démontré par des

faits constans que cette infection peut occasioner les plus funestes

événemens, n'est-il pas évident que cet usage est dangereux, et qu'il

- doit être proscrit chez un peuple libre, et qui fait des progrès im-

menses dans la carrière de la’civilisation? La superstition et les préjugés trouveront-ils au Brésil plus d'écho que les conseils nés de l'expérience des hommes les plus recommandables par leur savoir et leur patriotisme? Peut-être croira-t-on que le danger de cet usage est exagéré, parce que s’il était aussi grand que je le représente, et qu'on doit le présumer par les réflexions contenues dans ce chapitre, et que j’appuie des écrits des Haguenot, des Maret , des Vicq-d’Azyr èt des Piattoli, des malheurs plus multipliés l’auraient rendu plus sensible

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voûte , et se sont répandues dans l'église. On est parvenu, par un moyen ingénieux, à corriger l'infection de l’air er saturant par l’acide marin l’alkali volatil qui soutenait l'huile fétide : mais le foyer d’où les vapeurs s’exhalaient en fournissant toujours de nouvelles, il a fallu combler le caveau pour en tarir la source. Si le peuple, trop peu clairvoyant pour les conséquences d’un usage dont l’événement qu’on vient de décrire prouve si bien le danger, s’obstinait donc à désirer que cet usage se perpétuât, peut-être pensera-t-il autrement quand il verra qu’il est impossible que le repos des morts soit toujours respecté tant que l’on fera les inhumations dans les églises et dans l'enceinte des villes. (Maret , Mémoire sur l’usage où l’on était d’enterrer dans les églises et dans l'enceinte des villes. )

depuis long-temps que l’on enterre dans les églises du Brésil et dans

l'enceinte des villes respectives, et qu’il ne serait pas nécessaire au-

jJourd’hui d’y revenir ou de travailler à le prouver. Cette objection a

été réduite à sa juste valeur depuis plus d’un demi-siècle par lillustre Maret, si l'on fait attention que les effets pernicieux des vapeurs putrides ne se manifestent que sur les lieux mêmes, à moins qu'elles n’aient acquis une densité assez grande pour être assimilées à des vapeurs méphitiques, ou qu’elles ne soient très-rapprochées de

leur nature; que d’ailleurs elles doivent trouver des dispositions parpar-.

ticulières dans les sujets pour qu'elles puissent les affecter sensiblement , et que la plupart d’entre elles agissent sur nous sourdement et à la longue. Qui pourrait d’ailleurs assurer que les fièvres malignes putrides ou adynamiques qui dévastent quelquefois les plus grandes villes, les armées les plus nombreuses, et dont la cause éloignée n’est pas toujours connue et appréciable, ne sont pas occasionées par l'infection des églises, soit qu’on s'imprègne des miasmes cadavéreux dans les églises mêmes, soit que des circonstances particulières permettant à ces miasmes de se répandre au-dehors, on ait le malheur de se trouver dans la direction du courant d’air qui les charrie? Haguenot présumait qu'il fallait attribuer à cette même cause les fièvres malignes qui régnaient fréquemment à Montpellier, et la malignité qui compliquait souvent les plus simples (1). Il n’est aucun médecin clinique auquel l'expérience n'ait donné la même idée, dit Maret. Pour s'assurer que l'usage d’enterrer des morts dans les églises a souvent produit les effets pernicieux qu’on est en droit de lui reprocher, il suffit qu’on ait souvent vu des malades attaqués des maladies que les vapeurs animales putrides sont capables de donner.

« Plusieurs fossoyeurs, plusieurs ecclésiastiques attachés à des « paroisses de Dijon, au rapport de Maret, sont morts de maladies « pareilles à la fleur de leur âge. Il appuie cette assertion de l’evéne-

ne eh ete ne

(1) Mémoire d'Haguenot, déjà cité, pag. 16, n°. 11.

(52) meéëht suivant, qui la prouve d'uñe manière assez concluante. La petite ville de Saulieu vient d’essuyer une épidémie, sur les événemens de laquelle des émanations cadavéreusés ont sensiblement influé. M. Bauxon, doctéur en médecine, a bien voulu me donner à ce sujet des détails qui ne pérmettent pas de penser autrement. I régnait dans cette ville, depuis la fin de février, une fièvre catarrhale épidémique, principalement du genré putride-bilieux, dont les symptômes n'étaient point alarmaus, et dont l'issue était rarémént fâchéuse. Maïs on avait inhumé le 5 mars, dans l’église paroissiale, qui est sous le vocable de Saïnt-Saturnin, le cadavre d’un homme d’une grosse corpulence, et qui était mort de la fièvre désignée. On fut dans le cas d’y enterrer le 20 avril uné femme morte en couches, et attiquée de la même maladie. On ouvrit la fosse près de celle du mort qui avait été inhumé le 3 mars. Ce fut dans la matinée que se fit cette ouverture, et la fosse resta ouverte pendant plus de dix heures. Le curé, qui disposait cent dix-sept enfans À faire leur première communion le dimanche suivant , les rassemblait dans cette église le matin et le soir, et les y rétenait deux à trois heures chaque fois. Ils $&’ÿ trouvèrent le matin dans lé temps dé l'ouverture de la fosse, et le soir lors de l’enterrement. Plusieurs de ces enfans se plaignirént ce jour même à leurs parens de ce que l'on sentait frès-mauvais à l’église, et leurs plaintes continuèrent les jours suivans. Cette odeur fétide était surtout très-sensiblé le matin, quoique là fosse eût été fermée. Ce qui avait encore contribué à rendre cette infection plus considérable, c'est qu’en descendant le cercueil dans la nouvelle fosse, une corde avait glissé; cé qui avait donné une secousse au cadavre, et déterminé un écoulement désanie qui avait répanda une odeur affreuse, dont tous les assistans furent vivement affectés. On avait fait le même jout, dans l’église Saint-Saturnin, deux mariages, l’un dans le moment où la tombe venait d'être levée, l’autre pendant qu’on creusait Ja fosse. Ainsi en réunissant aux cent dix-sept enfans instruits par le curé lenombre des assistans aux deux mariages et à l'enterrement,

(5 « on peut compter que le jour de l'ouverture de cette funeste fosse , il y eut cent soixante-dix-neuf personnes exposées à respirer et à ava-

ler les miasmes qui s’exhalaient dans l'église; et de ée nombre, cent « quarante-neuf ont été attaquées d’une fièvre nerveuse-putride-ma- « ligne, qui participait de la qualité de la fièvre catarrhale régnante, « mais qui en différait par l'intensité des accidens et par fa nature des

« éruptions qui avaient enfin le caractère de la fièvre hongroise, de « la fièvre d'hôpital, maladie qui est reconnue avoir pour cause lin- « fection animale putride, Le curé, le vicaire, un des chantres, les « deux fossoyeurs, cent lreize coômnitinians, trois assistans au pre- « miér mariage, dix-sept de ceux qui étaient présens au second, « deux des personnes qui entendirent la messe qu’on dit lors de cette « Cérémonie, et neuf de celles qui assistèrent au convoi, ont eu cette : « maladie , ce qui prouve sensiblement que les émanations cadavé- « reuses contribuèrent à la répandre. Une autre preuve non moins « sensible, c'est qu'au 6 mai on ne comptail parmi les malades que « quinze personnes qui ne se fussent pas trouvées à l’église le 20 avril ; « qu'il n'est mort aucun de ceux-ci, êt que leur maladie ne différait « pas de celle qui régnait avant l'infection de l’église. Malgré la gran- « deur du mal.et la durée du règne de la waladie, qui, le 24 juin, « n'avait pas encore cessé, il n'était mort à cette date que vingt-cinq « malades. De ce nombre ont été M. Bonnet, curé de la paroisse (1', « M. Soleau, vicaire, un chantre, un fossoyeur, et un des enfans « qui ont fait leur première communion. Le curé est mort le 5 mai.

CR

(1) Le curé se plaignit d’un mal-être dès le soir du 20 avril. et le 25, faisant ses adieux à ses élèves, il leur dit : « Mes chers enfans, j'ai fait tout mon possible pour vous instruire ; je n’ai pas craint d’altérer ma santé; je l’ai fait en vue de Dieu, dont j'attends ma récompense, et ma situation actuelle me fait espérer que je la recevrai bientôt. Je vous demande, pour toute reconnaissance, de prier pour moi si Dieu m'appelle à lui.» I] se mit au lit le lendemäïn , et mourut Lreize jours après. (Maret, Mémoire sur lusage où Von est d’enterrer dans les églises et dans l’enceinte des villes )

À PRÉ AS ET APPUI M ENV D le 2, L ss

(54) de - « Dans le courant de ce mois, il y a eu quinze morts et dix en juin (1). .« Dans le temps où, pour assainir les maisons bâties en face de « l’église Saint-Pierre, on transféra le cimetière ailleurs, après avoir « vidé en quelque sorte celui qui existait, il régna dans la paroisse une « fièvre maligne dont plusieurs personnes moururent. »

Est-il hors de vraisemblance, dit Maret, que le remuement de terre de ce cimetière et les exhumations aient contribué à faire naître cette fièvre? Les exemples suivans donnent bien de la force à cette conjecture. En travaillant , l’année dernière (1773), à quelques embellissemens dans la ville de Riom, en Auvergne, on fouilla les terres du cimetière ; le terrain fut à peine ouvert, qu'il se répandit une infection considérable , et peu de temps après il se déclara dans la ville une maladie épidémique dont il mourut un nombre prodigieux de personnes , surtout parmi le peuple, et dans le quartier qui était le plus voisin du cimetière dont on avait remué le terrain. Cinq ou six ans auparavant , une petite ville de la même province, qu'on nomine Ambert, avait été dévastée par une épidémie qu'on attribua aux fouilles faites dans le cimetière, dont une partie fut'transformée en

grand chemin {2). ‘

(1) « A la date du 5 juillet, dit le docteur Bauxon, la maladie continuait; et comme l’église Saint-Saturnin ,; Surtout aux environs de la tombe qui recouvre la fosse cause de l'infection , était remplie d’insectes ailés de l’espèce de ceux que produit la corruption des cadavres, le bailliage a rendu une ordonnance qui défend de faire aucun office dans l’église infectée , et aucune inhumation dans les autres églises de la même ville pendant le cours de l’été. À la fin de juillet, le nombre des morts était de trente. » (Maret , ouvrage cité.)

(2) « J'avais oui parler confusément , dit Maret, des faits que je viens de citer; j'écrivis à ce sujet à M. Micolon de Blainval, grand-vicaire du diocèse de Clermont, secrétaire perpétuel de l'académie de cette ville et associé de la nôtre (Dijon) , et c’est de la réponse de cet académicien que j’ai extrait ce que j'en ai dit. Il ajoutait dans sa lettre qu’on ne gémissait pas moins à Clermont que dans notre patrie sur un abus contre lequel réclament également l'humanité, la politiqueet la religion. » (Maret, ouvrage cité.)

Après de pareils faits, et qui ont déterminé l'établissement des cimetières, dans toute la Fréhèé! hors des enceintes des églises et de l'intérieur des villes, que devient l’objection prise de la rareté d’événemens malheureux auxquels l'infection de l'air dans les églises peut donner lieu ?

Le danger des enterremens faits dans les temples est donc une vérité contre laquelle il n’est pas permis de former le doute le plus léger, danger connu dès les temps les plus reculés en France, dans toute l'Europe, et même de tous les Brésiliens éclairés, puisque des catastrophes non moins déplorables ont eu lieu au Brésil (1), et que la force d'une habitude formée insensiblement et fortifiée par des préjugés. respectables à beaucoup d’égards, a pu seule déguiser trop longiemps aux yeux. è

Les Romains, dans les premiers siècles de la république, prirent les : précautions les plus sages pour prévenir l’altération de l'air, que les exhalaisons animales putrides pourraient causer : on les voit éloigner de la ville ou reléguer dans les endroits les plus écartés tous les artisans qui travaillaient sur des substances animales (2) ; une loi des Douze Tabies, pour soustraire les vivans à l’action des vapeurs exhalées par les cadavres, défendait d’enterrer et même de brüler dans la ville aucun corps mort (3).

Cette loi , déjà fort en usage chez les Athéniens, long-temps suivie avec la plus grande exactitude par les Romains, fut renouvelée par plusieurs empereurs, et même sous des peines pécuniaires (4). Si le

Ge

(1) Les bornes de cette thèse ne me perméttant pas de m’étendre davantage sur des exemples, j’évite de rapporter ici plusieurs événemens qui ont eu lieu au Brésil, et particulièrement à Bahia en 1824, lors de l’exhumation et de la translation des os du commandant militaire Gomes Caldeira , translation qui occasiona une infection générale dans la ville et qui fit des victimes.

(2) Paul Zachias, dans ses Questions médico-légales , liv. 5 , tit. 4, quest. 7.

(3) Hominem mortuum in urbem ne sepelito neve urito : tels sont les termes

de la loi.

@)1 La loi XII°. du code De re ct sumpt. funer., br : « Mortuorum re-

(56) désir de conserver les reliques des saints a fait renoncer à brüler les morts ; si, dans nos mœurs , la destruction des cadavres par le féu est une marque d’infamie, et si nous sommes accoutumés à regarder comme un devoir 4e livrer les corps morts à une décompositiou lente opérée dans la terre par la putréfaction , que le danger d’empester les vivans nous engage à ne plus enterrer dans les églises, et d'autant plus que cet usage, comme on l’éprouve dans toutes les paroisses du Brésil, oblige à faire des exhumations de temps à autre , et des translations au moins indécentes et indiscrètes, D'ailleurs, le respect dû aux temples exige la proscription de cet-usage; et l'esprit de l'Église, qui a maintenu pendant plusieurs siècles des lois qui défendent cette profanation, ne peut avoir changé et ne le tolère qu’à regret. — On a long-temps enterré les chrétiens en plein air, hors des villes , dans les lieux consacrés aux sépultures, et désignés sous le nom ” de cimetières, et dans lesquels il n’était pas même permis d'élever des oratoires. On ne se relâcha sur ce point qu'en faveur des martyrs, dont les reliques furent déposées dans les chapelles que l’on construi-

LA

diguias , ne sanctum municipiorum jus polluatur, intra civitatem condi « jam pridem vetitum est. Godefroi, dans son Commentaire sur cette Idi, dit : « Corpus in civitülem inferri non licet, ne sacra civitatis funestentur; qui contrà fecerit extra ordinem punitur. Cicéron, cité par Sulpice, en parlant de Marcellus dans sa quatrième épître ,rapporte la loi des Douze Tables et « ajoute : Zdem servatum apud Athenienses. On lit dans Van-Spen, tom. 2, « pag. 2, sect. 4, tit. 7, chap. 2’, quatrième et dernière édition , Louvain, 17592: « Adrianus imperator edicto pœnam quadraginta aureorum statuit in eos « qui in civilate sepeliunt ; renovatum est rursüs hoc jus per constitutionem « Diocletianti et Maæimiani in lege XII codicis de religione et sumpt. « f'unerum. Théodose -le-Jeune renouvela cette loi en 381, et ordonna de por-

Lo

« ter les cadavres hors des villes et de les enterrer près des chemins : U£, disait-il, « ct humanitatis instar exhibeant et relinquant incolarum domicilio sancti- « tatem. Van-Spen, tom. 2 de l'édition citée, pag. 2, sect. 4, tit. 7, Chap. 2, « n°. 2,pag. 147, col. 1. Ce même auteur ajoute : Ceterkm imperalores chris- ‘ « fianti sanctilatem civilatum violari credebant per corpora mortuorum « quod nimio suo civitates inficerent. »

(57) sit, à cet eflet, au milieu des cimetières; et l’on regardait ce point de discipline comme tellement important , que, dans toutes les permissions données par saint Grégoire pour bâtir des églises, ce saint père mettait toujours : Pourvu que dans l'emplacement il ne se trouve point de sépultures (1).

Plusieurs conciles défendirent expressément d’enterrer dans les églises , et permirent seulement, encore comme grâce particulière , de faire les inhumations près des murs (2).

Constantin-le-Grand , qui s'était acquis tant de droits à la reconnaissance des FRE fut inhumé seulement sous le portail der léglise des Apôtres, qu'il avait fondée (53).

Théodosius, Arcadius et Théodosius-le-Jeune furent enterrés in templi porticu ; plusieurs papes , tels que Benoît IIT et Nicolas Is., le furent devant la porte du Vatican; Pépin, aïeul de Louis-le-Débonnaire, devant celle de l’église Saint-Denis.

Il me serait impossible de fixer l'époque ( Maret lui-même ne l'a pas fait) où s’est introduit l'usage d’enterrer dans les églises, le temps ne me permettant point de me livrer à des recherches à cet effet; et il est à présumer, d’après le même auteur, ce que je crois, que cette époque est postérieure à l'an 309, puisque l’usage dont il s’agit n’a pu s'établir qu'après celui de former des cimetières dans les villes, et que c’est seulement en cette anuée-là que le pape Marcel obtint du sénat la permission d'en faire un dans l’enceinte de Rome. Mais puis-

SE

(1) S2 nullum corpus ibi constat humatum. (Menagiana, deuxième édition de Paris, pag. 208.) à

(2) Le canon 18 du concile de Prague, tenu en 563, porte : « Item ptacuit ut corpora defunctorum nullo modo intra basilicam sanctorum sepediantur; sed si nécesse est, de foris circa murum basilica usque aded non abhorret. » (Collect. des conciles du P. Labbé, tom. 5, pag. 842; — du P. Hardouin, tom. 2 , pag. 352.)

(3) Voyez la lettre de saint Chrysostôme aux Corynthiens, tom. XXVI de l’édition in-12; le Traité de l’abus, par M. Fevret, édit. in-folio, pag. 180.

que Clovis fut enterré en 518 dans l’église de Saint-Pierre et Saint- Paul, à Paris, aujourd’hui le Panthéon , et Dagobert à Saint-Denis en 638 (1), il est certain que l’on enterrait dans les églises avant Charlemagne. — La défense que Charlemagne fait, dans ses Capitulaires, d’enterrer désormais les morts dans les églises (2), et les canons des conciles d'Arles en 813, et de Nantes en 850, qui contiennent la même défense (3), sont encore une preuve de l’ancienmeté de cet usage. Il est à présumer cependant qu’il n’était pas généralement répaudu , et que la loi de Charlemagne, au sujet des enterremens, fut respectée long-temps encore après le règne de ce monarque.

Le mausolée de Renaud I[., comte de Bourgogne, mort en 1057, que l’on voit dans le parvis de l'église Saint-Étienne, à Besançon (4), et celui d'Eudes I". , duc de Bourgogne de la première race, mort en 1102, qui est sous le portail de l’église de l’abbaye de Citeaux, dont il était le fondateur, prouvent que cette loi était encore eu vigueur dans le onzième siècle et dans le commencement du douzième (5).

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