DEUXIÈME PARTIE. S
Avec la propriété qui s établit, se fait sentir vivement le besoin d'une sécurité plus grande ^ qui ne fasse plus de cette propriété une illusion, et permette à chacun de jouir du travail de ses mains. Alors naît aussi la morale sociale, qui, cherchant un appui dans la refigion, règle les devoirs des hommes les uns envers les autres , et protège le faible contre i oppression du puissant : car ce que f homme demande surtout à cette morale naissante, c'est de le défendre, non de laider. Ainsi la vie civile , agricole et industrielle a remplacé la vie uniquement guerrière , et les peuples sont maintenant entrés dans une voie de progrès.
A cet état nouveau doit répondre une poésie nouvelle comme lui , et 'telle est la poésie des Œuvres et des Jours. Les enchantemens d une existence remplie tout entière par les combats , les fêtes et les chants , ont fait place à un sentiment profond du désordre qui r^ne dans la société; à la peinture idéale dune vie tout empreinte de merveilleux a succédé le portrait réel de la vie telle quelle est, pénible, laborieuse, hérissée de mille dif&cultés, traversée de mille obstacles. Le poète ne va plus au milieu des festins célébrer devant les rois et les puissans les exploits des héros, ou charmer leurs oreilles par ses récits : il s'est fait l'écho du peuple , qui réclame contre l'injustice de ses chefs, et en même temps il dirige ses premiers pas dans cette carrière de travail où il vient de s'engager. Son langage est rude quelquefois, comme celui de ce peuple dont il est l'interprète ;
mais la ferme conviction qu il a de Tutilitë de ses chants leur imprime un caractère de vérité et de force qui a bien aussi sa poésie : d'ailleurs, ces images que lui fournit en abondance la vie agricole, viennent souvent relever par leur vive et naïve peinture ses sévères enseignemens, et avec d'autant plus de charme, quelles sont moins attendues.
Le poème des Œuvres et des Jours a été, comme la Théogonie, soumis à lexamen de la critique allemande ^, qui en a contesté Tunité et décomposé les diverses parties. Je suis loin de croire qu'un poème transmis par le chant^ ait pu nous parvenir dans toute sa pureté primitive; je ne doute même pas qu'il nait dû souffrir d'assez fortes interpolations. Cependant je ne craindrai pas d'affirmer qu'une unité première a présidé à l'arrangement de ses parties, et que même nous le possédons presque dans la forme où il a été composé. C'est là véritablement le poème d'Hésiode, si, comme tout porte à le croire , il y a eu un Hésiode ; et c'est là le fondement de sa gloire , la source de cette vénération dont l'a
^ Fréd. Thiersch, Mémoires de racadémîe de Munich , 1813. Voir la note sur ie poème des Œuyres et des Jours à la fin de la thèse. — Ang. Twesten, Commentaire critique sur les Œuyres et les Jours; Keil , 1815 : Schœïl donne 1805 ; c'est une faute d'impression.
^ Les poésies d'Hésiode , ainsi que nous favons déjà vu , étaient chantées y et par parties que les anciens grammairiens citent quelquefois sous le titre de Aa/yMOKOÀo>4flt , Tlcu/^f^Aj JIidtiyiAy An^eiÇy &c. Eustath. II. ©', p. 1601.