‹ Dissertation sur les œuvres d'HésiodeChapitre 13 sur 26 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

environné la postérité. Autour du poète populaire se sont groupées toutes les œuvres, en lui se sont confondues toutes les gloires dune époque; et parce qu Hésiode avait le premier instruit les hommes, il n'y eut point d'instruction qui ne dût remonter à lui, point de science dont on ne retrouvât chez lui les premiers principes.

Mais entrons dans un examen plus détaillé de cet important ouvrage, et, après avoir signalé l'époque de sa composition , les caractères principaux de cette époque , voyons-les se développer en eux-mêmes et dans leurs rapports avec ceux des temps qui les ont précédés.

L'âge héroïque n'est plus; il a fini avec les derniers chants de l'Odyssée , et Hésiode nous en fait l'histoire. Cet âge est même si loin de la mémoire du poète , qu'il le célèbre et le vante ici, sans se douter que c'est lui qu'il attaque dans ses invectives contre les rois, et même dans ses exhortations au travail et à la justice. Les hommes des temps héroïques sont devenus pour lui des demidieux qui, « l'ame dégagée de tout soin, habitent dans » les îles des bienheureux au-delà des gouffres profonds » de l'océan^.» L'Odyssée, au contraire, nous montre Ajax, Achille, Agamemnon, confondus encore avec la foule des autres ombres dans le ténébreux Hadès; Ménélas seul, entre tous les héros, obtient par une faveur spéciale le privilège d'habiter les Champs Elysées^, et ce

i Œuvr. et J. v. 156-173. — ^ Odyss. <r', v. 561-569.

n'est encore que de loin qu il est permis de pressentir la future apothéose de Fâge tout entier.

Trois caractères dominent dans le poème d'Hésiode : Fopposition du peuple contre les rois, l'établissement de la morale sociale, et l'utilité du travail.

« Le grand nombre de chefs ne vaut rien ; qu'il n'y M ait qu'un seul chef, un seul roi^ » , avait dit le poète de riliade, et la première apparition du peuple avait été flétrie par lui dans le personnage de Thersite , ce harangueur insolent qui attaque les rois nés de Jupiter. Quant au peuple, masse bourdonnante et stupide, il ne comprend pas encore son représentant , et applaudit aux indignes traitemens qu'il reçoit*. Les rois, dans Flliade, sont maîtres absolus, comme il convient à des chefs guerriers ; l'oppression n'est pas sentie , parce que l'état de guerre fait une loi de f obéissance passive, et que d'ailleurs , le soldat se dédommageant sur le vaincu de la tyrannie de son chef, il là tolère parce qu'il en jouit.

Dans l'Odyssée, qui peint un état plus tranquille où déjà la paix succède à la guerre, la tyrannie, devenue un privilège et pesant sur la multitude sans aucune compensation, commence à sembler plus odieuse et plus insupportable. Déjà quelques murmures ont dû se faire entendre, et peut-être plus que des murmures. La voix du peuple est devenue celle de Dieu : « Est-ce que tes

1 H. Ç\ V. 804-905. — 2 Ibid. v. 972-277.

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