‹ Dissertation sur les œuvres d'HésiodeChapitre 14 sur 26 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

» peuples te haïssent^ instruits par les oracles des » dieux*?» demande Nestor à Télëmaque, lorsque celuici lui raconte les injures des prétendans et son propre abaissement. Les chefs sentent quelle est leur faiblesse, privés du secours de cette foule d'abord dédaignée. Ils s inquiètent de ce quelle dira, de ce quelle pensera^; ils vont même jusqu'à craindre que, dans sa colère, elle ne se porte contre eux à quelque violence et ne les chasse de leur patrie^. On voit percer çà et là les signes d une fermentation qui n ira qu en croissant. Toutefois les chefs sont encore assez puissans pour réprimer toute tentative trop manifeste de secouer leur joug. Le peuple lui-même a conscience de sa faiblesse; et lorsque Mentor, indigné de ce qu'il approuve par son silence la conduite des prétendans, s'écrie, « Quoi! malgré votre grand nombre, » vous n'osez pas, même par vos discours, attaquer » et réprimer celte faible troupe d'audacieux^ » ! le peuple, par la voix de Léocrite, gourmande l'orateur dont la chaleur imprudente veut l'entraîner à une lutte encore trop forte pour lui.

Chez Hésiode, Fopposition populaire se montre avec un caractère bien plus marqué : ce ne sont plus quelques passages épars oii se trahissent de temps en temps le mécontentement de la multitude et sa haine secrète contre les puissans; les deux partis sont en présence, et

^ Odyss. y\ y. 915. Ulysse fait la même demande à son fils^ t', ▼. 95.

« Ibid. \\ V. «39.— 3/Wrf. t', V. 375-382.— 4 ihid, Ç* v. 240.

la lutte est commencée. Long-temps le peuple opprimé a gémi en silence, et le poète le rappelle aux rois dans {antique apologue de i*épervier et du rossignol^: mais cest pour lui rappeler en même temps que. le âible oiseau peut enfin élever la voix , lorsqu'il est déchiré par les serres de son tyran ; lui aussi maintenant a des seires terribles, et malheur à qui, comptant trop sur sa force -, osera fattaquer!

Mais ce n est pas tant le despotisme des rois que kur injustice , qui soulève parmi le peuple de si vives récla* mations. Le règne de la force est fini dans cette société nouvelle qui vient de naître; un acte de violence ouverte serait aussitôt puni par une révolte générale : mais il est encore une autre voie ouverte à Farbitraire. Les rois sont juges des peuples en même temps que chefs des guerriers ; et ce qu'ils ne peuvent plus enlever par les airmes , ils se le font donner pour prix de leur injustice. Ib vendent leurs sentences, et leur faveur achetée par des présens tient lieu de tout droit dans les jugemcns« Toutefois on ne se laisse pas dépouiHer sans se plaindre. « Alors , dit Hésiode, se font entendre les clameurs de » la Justice indignement traînée par les rois, dévorateurs w de présens. Enveloppée d*un nuage, elle traverse en n pleurant les villes et les demeures des mortels , et p répand des calamités sur ceux qui la chassent et jugent » sans équité .... Elle va s'asseoir auprès de son père ,

1 Œuyr. etJ.y. 80S-S13.

Page 1