DEUXIÈME PARTIE
9 le puissant Jupiter^ et se plaint à (ui de Tinjustice des » hommes, afin que le peuple paie pour les forfaits de » ses roîs^. » Mais que les rois y prennent garde ^ qu'ils réforment leurs jugemew iniques ; le peuple se lassera d'être victime inAOcente« Pour désarmer la colère du ciel, il finira par se soulever contre ses injustes maîtres^ et se faire sur eux le ministre de la vengeance divine. Telle est l'issue que nous laissent pressentir les graves avertissemens du poète, aussi bien que ses invectives réitérées; peut-être même cette issue n'est-elle pas éloi-« gné& n faut se souvenir que nous sommes dans cette Béotie si agitée de tout temps par les luttes de Faristo'' cratie et de la démocratie , et qu'au milieu du viii® siècle Philoiaûs, venu de Corinthe pour établir la concorde entre les deux partis et donner à Thèbes une constitution, s'en retournera sans avoir pu accomplir son desssein. L'^opposition populaire est^ dans le poème des Œuvres et des Jours, un caractère du pays aussi bien que de {'époque; c'est de la Béotie que devait partir le premier s^al de la révolte du peuple.
Si de la politique nous passons à la morale, nous retrouvons toujours la même gradation, le même rapport, entre les trois poèmes qui sont le sujet de notre compa^ raison. Loin en avant nous apparaît l'Iliade ; l'Odyssée et le poème des Œuvres et des Jours se suivent presque immédiatement, quelquefois même ils sont près de se
1 ŒuYT. et J. ▼. S30-Sâ3 ▼. S59-S6U
confondre. Si Ton veut se faire une idée de ia monde de riliade y que f on examine seulement quels sont les crimes punis par les dieux , et les mérites qu ils récompensent : c'est par des sacrifices qu'on obtient leur fiiveur^. De toutes les villes qui sont sous le soleil et ie ciel étoile Troie est la plus chère à Jupiter, non pas à cause de la justice de ses babitans ou de la bonté de son roi^ mais parce que les autels du dieu n y furent jamais privés de nombreuses victimes, de libations et d encens^. II est touché de compassion pour Hector, non parce que ce héros défend son père et sa patrie^ mais parce que , sur les sommets de rida ou dans les murs élevés d'Ilion^ii fit souvent brûler en son honneur la chair des taureaux^ A la vérité, Jupiter protège les supplians et punit les parjures ; mais , dans sa protection comme dans ses chàtiméns^ il est plus occupé de lui-même que des hommes. Ce n'est point le mal lui-même qu'il punit^ ni le tort que Ton fait à ses semblables^ c'est sa majesté violée qu'il venge. Telle est la religion de Tlliade; et comme dans les temps de foi la religion est toujours la plus haute expression de la morale^ on peut se figurer ce qu'était la morale aux époques représentées par Tlliade. Comment d'ailleurs pouvait-elle naître au milieu du fatalisme qui pesait alors sur l'homme? et celui-ci devait-il se regarder comme vraiment responsable de ses actions, lorsqu'il
^ li. 6)^ Y. 4â5-4S8. — rbtr sur cette partie B. Constant , De la religion, tome III.
5 Ihid, y y V. 48-49.-3 Ibid. ^\ v. 170-172.