DEUXIÈME PARTIE
nétait que f instrument aveugle d une volonté supérieure et irrésistible?
Dès le commencement de l'Odyssée^ la liberté humaine proteste contre cette autorité despotique à laquelle elle est si long-temps restée soumi3C^ et c'est par la bouche même des dieux qu elle s'exprime : u Hélas ! » (dit Jupiter en rappelant ie souvenir d'Égisthe tué par Oreste en expiation du meurtre d'Âgamemnon ), '< les » mortels accusent sans cesse les dieux : ils disent que , n seuls ^ nous sommes la cause de leurs maux; et pour- » tant c'est par leur propre folie qu'ils souffrent tant de n douleurs^. » L'homme marche à son perfectionnement : en devenant capable de faire le mal , il Test devenu de faire le bien. Ses vices comme ses vertus lui appartiennent maintenant, et on lui tiendra compte également des uns et des autres. « Le méchant est chargé » d'imprécations pendant sa vie , et tous le maudissent p après sa mort; mais pour f homme vertueux, les étran- » gers répandent sa gloire par toute la terre, et chacun » célèbre sa bonté *. » Leç dieux eux-mêmes deviennent moraux à Fexemple des mortels: Minerve, pour toucher en faveur d'Ulysse le cœur de Jupiter, lui rappelle bien encore les nombreux sacrifices que lui offrit ce héros dans les champs d'IIion^; mais elle rappelle aussi sa bonté^ sa douceur pour ses peuples, qu'il traita toujours en père^; et si ce motif est d'abord le moins puissant des
< Odyss. a y v. 32^4. — « Ibid. r\ v. 389-334. 3 Ibid. àL\ V. 6t. — * Ibid. c^ V. 10-18.
âS DES ŒUVRES Ô'HÉSIQDE.
deux^ on prévoit qu il ne le sera pas ior^-temps. Les dieux> dit plusieurs fois le poète de FOdyssée , détestent les œuvres impies; ils honorent au contraire la justfceet les bonnes actions des hommes. Enfin les plus cm^ pirates eux-mêmes, après avoir dévasté les terres étramgères, rentrés dans leur patrie et chargés dericheases-, éprouvent aussi dans iein* cœur ia crainte terribie de lâ vengeance céleste*. On reconnaît dans cette protestation contre le brigandage une preuve des progrès de la civilisation aussi bien que de la morale. Les temps se passent déjà oîi, comme le dit Thucydide^, on deman» daitaux navigateurs s*ils étaient des pirates, non pas pour les insulter, mais pour connaître leur profession.
Toutefois la morale ne fait que de naître dans FOdyssée ; elle est encore indécise et timide, et quelquefois
i Odyss. ^', V. 83-86.
3 Thucydide , liv. i , ch. v. Nestor fait une semblable questnm à Tëléniiique et à Mentor, qu'il ne connaît pas encore (Odyss. y \y^ 74).; mais le poète a déjà Fair , même, dans cette question , de |>Iâmer la piraterie. II ne serait cependant pas impossible de rencontrer dans rOdyssëe plusieurs traits qui parussent appartenir tout-à-fdt à fo jeunesse des temps héroïques , de même que , dans niiade, quelquesuns qui parussent appartenir à leur vieillesse. Bien dVtonnant pour rOdyssée : les anciennes ide'es et les anciennes mœurs , en faisant place aux nouyelies y ne disparaissent pas tout de suite , sans laisser aucune trace. Quant à l'Iliade , outre qu'il est nécessaire d^abord de faire la part des modifications successives qu'ont dû subir à diverses époques les chants dont elle est composée , on ne peut, de quelques contradictions, conclure rien de trop positif contre le système tout entier qu'elle représente. Si l'Iliade et l'Odyssée expriment quelquefois