‹ Dissertation sur les œuvres d'HésiodeChapitre 17 sur 26 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

même elle semble disparaître tout4-fait pour faire place aux anciennes croyances : mais , dans le poème des Œuvres et des Jours 9 eUe s établit d^une manière définitive ; et SI ses principes sont encore loin d'être parfaits^ du moins elle ne se trompe pas dans ses conclusions. Depuis que les diverses peuplades de la Grèce ne sont plus en guerroies unes contre les autres, l'activité qui sepandiait au -dehors s est reportée au -dedans ; et cette société nouvelle qui cherche à setablir est troublée par k violence et Finjustice : mais elle réclame avec force contre les perturbateurs, et met le ciel lui-même dans ses intérêts. Les dieux, qui dans l'Iliade et même dans f Odyssée ne s'inquiétaient que d'eux-mêmes, semblent maintenant ne plus exister que pour les hommes: «Ds sont là près d'eux, les yeux sans cesse ouverts sur 9 le méchant qui, par d'injustes arrêts, écrase ses sem- » blables. Trente mille divinités ,' ministres de Jupiter, » sont préposées à la garde des mortels, pour observer » leurs oeuvres; et, enveloppées d'un nuage, elles par- » courent toute la face de la terre*.» L'injustice est fatale à tous, au puissant comme au faible; toujours elle

les mêmes idées , il ne faut pas s*eD e'tonner , puisqu'elles appartiennent toutes deux aux temps héroïques : mais elles diffèrent !e plus souvent ; et , la différence étant , pour l'Odyssée , toujours en faveur du progrès , et même d'un progrès fort marqué , on doit en conclure que rOdyssée est postérieure. D'ailleurs, ainsi que je Tai déjà dit^ non seiflement ies mœurs et les idées , mais encore la poésie a dans TOdy»sée un caractère plus moderne que dans f Iliade. ^ Œuvr. et J. v. 250-255.

4o DES ŒUVRES D'HJÉSIODE.

finit par retomber sur son auteur et I écrasera Que le coupable impuni ne lève pas la tête avec trop d'orgueil ; son crime pèse toujours sur lui^ et il retombera sur ses enfans^ : f opprimé nen aura pas appelé vainement à la justice divine. Plus tard , si les châtimens de ce monde ne suffisent pas, il en inventera un autre pour y punir son tyran ; et ia mort même ne le sauvera pas de sa vengeance. Mais ce n est pas seulement sur ses enfans que le méchant attire la colère des dieux. « Souvent, dit le » poète, une ville entière porte la peine des iniquités d'un n seul homme; du haut des cieux, Jupiter fait tomber » sur elle de grands fléaux, la famine et la peste, et les » peuples meurent^. » Ainsi la société devient solidaire des crimes de f individu : maintenant c'est vraiment ellemême que Ton attaque dans chacun de ses membres; elle est intéressée aux actions de tous , et de ce moment seul elle est définitivement constituée. Le progrès est grand depuis l'Odyssée et surtout depuis Tlliade, et pourtant cette morale n'a pour tout fondement que l'égoïsme, et l'égoïsme le plus franchement avoué. « Non, dit Hé- )) siode, je ne voudrais plus être juste parmi les hom-r }> mes, ni moi, ni mon fils, si la justice devait faire notre >» malheur, et que le plus injuste dût l'emporter*. »

1 Œuvr. et J. t. 314-316, et 366.

2 Ibid, y. 284. Hésiode est le premier des gnomiques. Les mêmes idëes se représentent dans Solon, e', 31-33 , édit. de M. Boissonade.

3 Ibi'd. V. 340-943.

* Ibtd. V. 270-372.

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