‹ Dissertation sur les œuvres d'HésiodeChapitre 18 sur 26 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Mais ii a confiance dans les dieux ^ et cette confiance est déjà une haute preuve de sa moralité. L'homme a senti enfin la force du bon droit; il a reconnu que tôt ou tard la justice devait toujours triompher; et en attendant qui! apprenne à laimer pour eile-méme^ il laime pour les biens qu elle lui procure.

Ce qui caractérise principalement cette époque, ainsi que nous lavons déjà dit, cest le passage de la violence à finjustice. Les plaintes reviennent sans cesse contre celui dont la langue dépouille le faible, et qui par de faux témoignages profane la sainteté du serment. Cest déjà rendre hommage à la justice, que de se croire forcé de la tromper. Il y a toujours guerre entre les hommes, et tyrannie du fort; mais la guerre est engagée maintenant dans les limites du droit, et la tyrannie ellemême a senti le besoin de se faire ïégitimer.

Si l'on veut pénétrer dans le cœur de cette société, et connaître le mal dont elle est et sera long-temps encore travaillée, il faut voir les divers préceptes par lesquels Hésiode règle les relations particulières entre les hommes. «Trop de défiance, trop de confiance, nuisent égale- M ment » j dit-il ; et un peu auparavant il avait dit : « ^ » tu joues avec ton frère, ne le fais pas sans témoins. » La manière dont il s'exprime sur les voisins, et la différence qu'il établit entre les bons et les mauvab, prouve combien les hommes sont sur leurs gardes et toujours prêts à s'accuser l'un l'autre. « Un mauvais voisin est un fléau » autant qu'un bon est un trésor Ton

4t DES ŒUVHE& D'HÉSIODE.

9 bœuf serait- il mort, si tu n avais eu un mauvais » voisin *? »

Quelquefois on serait tenté de regretter les anciennes mœurs ^ tant un esprit cTëgoïsme et d'intérêt mesquin domine dans les nouvelles ; maiâ ce caractère même est un signe de perfectionnement. Dans les temps héroï* queS; rien de plus ordinaire^ rien de plus facile ^ que la générosité. D'abord les relations amicales étaient assez peu communes entre les hommes; ainsi Foccasion de f exercer devait se présenter plus rarement : et puis il en coûte peu au possesseur de se défaire d'un bien la plupart du temps acquis sans beaucoup de peine; ce qu il donne à f un » il le reprend à {autre : on est voioii*' tiers généreux à ce prix. Mais, lorsque le travail est une cohdition indispensable d'existence , quand ce n est que par les plus rudes fatigues qu'on obtient les choses les plus nécessaires à la vie, alors Fhomme devient avare, regardant, et toutes ses actions, même les plus génér reuses, ont un but d'intérêt. C'est alors qu'il dit : « In-

» vite à un festin ton ami mais invite surtout

» celui qui habite près de toi ; car, s'il te survient quel- M que travail pressé , tes voisins accourront la robe flot- » tante, tandis que tes parens noueront leur ceinture*. » Le laboureur béotien est aussi âpre que le romain ; et, sous ce rapport, on trouverait plus d'un point de ressem-

^ Œuvr. et J. v. 346-348. Hésiode dit encore plus ïoin, v. 714 : « Que ton visage ne trahisse jamais ta pensée. »

2 Œuvr. €tJ.v. 342-345.

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