‹ Dissertation sur les œuvres d'HésiodeChapitre 19 sur 26 · DEUXIÈME PARTIE. 4S · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. 4S

bianoe entre Hésiode et le Tieux Caton ^. Le premier laissé bien encore percer çà et là quelques sentimens de générosité, légués peut-être par Fâge précédent ; mais ce n'est qu'une rare exception, et il ne faudrait pas en conclure rien de trop positif.

L'homme doit être juste, son intérêt îy oblige ; car, s il commet une feu te, tôt ou tard il en portera la peine ^. Mais, pour être juste , pour ne point attaquer la propriété d autrui ^ soit par la violence, soit par tout autre moyen illégitime , il faut que lui-même ait une subsistance assurée, et il ne peut f avoir que par le travail. Telle est l'unité du poème d'Hésiode, et l'idée qui le domine tout entier. Le fondement de la nouvelle société, c'est donc le travail substitué à Femploi delà force comme moyen d'existence : de là ces nombreuses exhortations adressées par le poète à tous les hommes dans la personne de son frère. La religion elle-même est appelée par lui à l'appui de ses conseils. « Les dieux, dit-il, » détestent l'homme oisif*. » Il affirme aussi qu'il n'y se aucun déshonneur à travailler, et que f oisiveté seule est honteuse*. Cette assertion constate à-la-fois et Fancien d^ordre et l'ordre nouveau qui commence. Le guerrier

t Œuvr. et J. V. 349. Hésiode dit : a Emprunte à ton voisin , sans » rien perdre , et rends-Iuf fidèlement avec la même raesnre , et Ast- «vantage, si ta peux, afin que, dans le besoin, ta ie trouves prêt V à t'obliger. v Caton, De re rustica, dit qu il faut vendre à ses voisins ^ et bon marche, pour leur vendre aisément Chez Tun , comme chezs Tautre , c'est de TëgoTsme bien entendu.

2 Ibid, V. 333-334. — a Ibid. V. 303. ^ ^ /&tV/. v. 31 1 .

des temps héroïques^ accoutumé à vivre de piflage, laissait aux esclaves qu il avait conquis ces travaux indignes de i*homme fort qui peut lancer la javeline et manier répée. Lorsqu'il ne combattait pas^ il chassait ou se reposait^ et alors même c'était encore la guerre qui le nourrissait: ses esclaves travaillaient pour lui. Ainsi la guerre et le repos s'ennoblirent, tandis que les occupations agricoles furent entachées de servilité. Lorsque la paix, succédant à la guerre , fit une loi du travail , ce préjugé dut subsister encore long-temps, et c'est lui qu'Hésiode attaque à-Ia-fois par la raison et la religion. . Après avoir dit qu'il faut travailler, le poète parle du genre de travail auquel on doit se livrer ; et c'est, comme on le pense bien, celui qui fournit à f homme les moyens de vivre les plus immédiats et les plus réels , Fagriculture. Viennent alors des préceptes qui forment la plus grande partie du poème, et qui embrassent toute Fan* née du laboureur, depuis les semailles jusqu'à la récolte et le battage des grains. Ces préceptes sont, comme ceux de morale, toujours accompagnés de menaces. L'homme doit être actif sous peine de mort : la misère, avec toutes ses horreurs, lui est présentée sans cesse comme la suite nécessaire de sa paresse. D'abord on cédera à ses prières; mais bientôt il aura beau supplier, il n'obtiendra plus rien *. Que le laboureur négligent ne compte pas sur les services d'autrui , et qu'il ait toujours soin d'avoir tout

1 Œuvr. et J. v. 402-403.

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